100ème anniversaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor

Hommage au chantre de la négritude

21 mars 2006

Le Conseil général, la Bibliothèque départementale, l’Artothèque, l’Université de La Réunion, la DRAC et l’UDIR célèbrent le 100ème anniversaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor - poète, politicien et humaniste noir sénégalais et français - en cette semaine de la Langue française. Cette flamme du 20ème siècle voit le jour le 9 octobre 1906 à Joal, une petite ville côtière du Sénégal. Elle s’éteint le 20 décembre 2001 à Verson en France. Le jour où des milliers de Réunionnais fêtent l’abolition de l’esclavage. Hier à la Bibliothèque départementale à Saint-Denis, les artisans de cet hommage en dévoilaient les temps forts. Ils débutent aujourd’hui.

À l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor et de la semaine de la langue française - du 17 au 26 mars - le Conseil général, la Bibliothèque départementale, l’Artothèque, l’Université de La Réunion, la DRAC et l’UDIR s’associent pour dévoiler aux Réunionnais la vie, l’œuvre du poète, de l’homme politique et de l’humaniste noir sénégalais et français. Hier, en fin de matinée, dans un décor tapissé de poèmes à la Bibliothèque départementale à la rue Roland Garros à Saint-Denis, ils dévoilaient les temps forts de ce souvenir. Ils commencent aujourd’hui pour se terminer le 24 mars (voir programme).
Les intervenants expliqueront les thèmes de la négritude (1) et de l’homme noir dans les îles de l’océan Indien lors de rencontres interactives. Les voix réunionnaises liront les textes de cet homme au regard profond et lumineux. Cet hommage arrive au moment même où "les Réunionnais célèbrent le 60ème anniversaire de la départementalisation", note Catherine Chane Kune de la direction de la promotion culturelle du Conseil général. "On ne peut pas l’identifier et le confondre avec ses pairs", relève Gwenhaël Ponnan, chargé de mission à la francophonie à l’Université de La Réunion car "son combat politique ne se dissocie pas de sa poésie engagée".
L’artiste Jack Beng Thi présentera les photographies d’une performance réalisée à Joal en 2003. Après des cérémonies ancestrales, il habilla des poèmes de Léopold Sédar Senghor un baobab sacré en présence de nombreux villageois. C’est la première fois qu’un tel hommage est rendu à une perle de la littérature.

Jean-Fabrice Nativel

Ensemble des valeurs culturelles et spirituelles des noirs.


Léopold Sédar Senghor : poète, politicien et humaniste

9 octobre 1906 : Léopold Sédar Senghor naît à Joal, une petite ville côtière du Sénégal (1). Il est le fils de Basile Senghor et Gnilane Bakhoum.
1928 : Il obtient son baccalauréat, quitte le Sénégal pour La France. Grâce à une bourse, il étudie au Lycée Louis Le Grand. Il rencontre Georges Pompidou.
1932 : Il développe en compagnie d’Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, le concept de la négritude.
1934 : Il fonde le journal “l’Étudiant noir”.
1935 : Il est le premier noir à recevoir l’agrégation de grammaire.
1940 : Il est fait prisonnier et reste durant 2 ans dans un camp de détention.
1945 : Il commence à s’intéresser aux relations franco-africaines. Il enquête au Sénégal sur la poésie sérère (2). Il est député à l’Assemblée constituante. Il participe à la rédaction de la Constitution de la quatrième République.
1955-1956 : Il est secrétaire d’État alors qu’Edgar Faure est président du Conseil (l’équivalent de Premier ministre).
1958 : Le Sénégal devient une république autonome.
1960 : Le Sénégal est indépendant. Léopold Sédar Senghor en devient le premier président. Il fonde avec Mamanou Dia l’Union progressiste sénégalaise. Il s’efforce de favoriser le dialogue entre les cultures.
1963 : La naissance de l’OUA.
1966 : Il organise à Dakar le premier festival mondial des Arts nègres.
1967 : Le 22 mars, il est l’objet d’une tentative d’attentat.
1970 : Il nomme Abdou Diouf Premier ministre.
1973 : Il est réélu président de la République.
1976 : Il instaure le multipartisme limité à trois composantes : socialiste, communiste et libérale.
1978 : Il entame un 5éme mandat présidentiel.
1980 : Il quitte la vie politique sénégalaise.
1984 : Il devient membre de l’Académie française. Il est intronisé par Edgar Faure.
1990 : L’Université internationale de langue française Léopold Sédar Senghor est inaugurée à Alexandrie (Egypte).
1995 : Il inaugure un espace culturel qui porte son nom à Verson, dans la région de Caen.
20 décembre 2001 : Léopold Sédar Senghor s’éteint à Verson (France), sa commune d’adoption.

J.-F. N.

(1) De 1879 à 1890, la France achève la conquête du Sénégal. En 1895, le Sénégal intègre l’AOF. En 1958, par référendum, ce pays devient république autonome.
(2) Serer ou sérès, peuple du Sénégal (environ 950.000). Les serer formèrent jadis deux royaumes dans la région du Siné et du Saloum.


Ses écrits

1945 : Chants d’ombre, poèmes (Le Seuil)
1947 : Les plus beaux écrits de l’Union française (en collaboration) ( La Colombe)
1948 : Hosties noires, poèmes (Le Seuil)
1948 : Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, précédée d’Orphée noir par Jean-Paul Sartre (PUF)
1949 : Chants pour Naëtt (Le Seuil)
1953 : La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (Hachette)
1956 : Éthiopiques (Le Seuil)
1961 : Nocturnes, poèmes (Le Seuil)
1962 : Pierre Teilhard de Chardin et la Politique africaine (Le Seuil)
1964 : Liberté 1 : Négritude et Humanisme, discours, conférences (Le Seuil)
1971 : Liberté 2 : Nation et Voie africaine du Socialisme, discours, conférences (Le Seuil)
1973 : Lettres d’hivernage, poèmes (Le Seuil)
1977 : Liberté 3 : Négritude et Civilisation de l’Universel, discours, conférences (Le Seuil)
1979 : Élégies majeures, poèmes (Le Seuil)
1980 : La Poésie de l’action, dialogue (Stock)
1983 : Liberté 4 : Socialisme et Planification, discours, conférences (Le Seuil)
1986 : Black Ladies, photos Ommer Uwe (Jaguar)
1988 : Ce que je crois : Négritude, francité, et civilisation de l’universel (Grasset)
1990 : Oeuvre poétique (Le Seuil)
1992 : Liberté 5 : Le dialogue des cultures (Le Seuil)


Femme nue, femme noire

Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Extrait de "Oeuvres Poétiques" - Le Seuil


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