Culture et identité

Hommages aux ancêtres morts sans sépulture

Date importante dans le calendrier réunionnais

Manuel Marchal / 31 octobre 2017

Ces 31 octobre et 1er novembre, deux hommages sont prévus aux ancêtres morts sans sépulture : aujourd’hui à Sainte-Suzanne et demain à Saint-Louis. C’est le résultat d’une initiative de l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, poursuivie par le PCR.

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Monument du cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis.

C’est en 2009 qu’a eu lieu le premier hommage aux ancêtres des Réunionnais morts sans sépulture. C’était une initiative de l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. La date choisie était le 31 octobre, veille du 1er novembre qui est la journée où de nombreux Réunionnais vont saluer la mémoire d’un défunt en se rendant sur sa tombe.

En 1998, La Réunion commémorait le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Paul Vergès avait alors soulevé la question des nombreuses personnes qui ont vécu et sont mortes à La Réunion sans avoir eu droit à une sépulture.

Plus de la moitié de notre histoire

Poser cette question amène à rappeler qu’il fut un temps où la majorité de la population n’était pas considérée comme humaine dans notre île. C’était le régime de l’esclavage. Or, cette période recouvre la majorité de l’histoire de La Réunion. L’initiative de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise avait donc pour but de rendre hommage à ces ancêtres qui n’étaient pas considérés comme des humains. Dans Les cimetières de La Réunion, paru en 1994, Prosper Eve rappelle que les conditions étaient réunies pour mener à l’oubli : « Jusqu’en 1824, les fosses sont creusées par les esclaves. Un dérèglement contraire à la morale et à la salubrité publique prévaut lors des inhumations. À Sainte-Rose, au début du 19e siècle, les propriétaires proches du cimetière se plaignent de sentir les exhalaisons émanant du cimetière. En fait, les Noirs chargés de la corvée d’inhumation d’une personne morte, laissés à eux seuls sans aucune surveillance, s’en débarrassent au plus vite. Ils enterrent les cadavres à fleur de terre, dans le chemin qui mène au cimetière et les livrent presque en pâture aux chiens »

Inscrire la présence dans la pierre

En 2009, une stèle est donc érigée dans le cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis. L’équipe de la MCUR la présente ainsi :

« Ce monument inscrit dans la pierre la présence de centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants inhumés sans que leur nom et la trace de leur présence sur notre île aient été enregistrés comme l’aurait fait toute société civilisée. Mais la barbarie de l’esclavage les a traités comme des gens sans nom et sans présence en les enterrant comme les y obligeait le Code Noir de manière anonyme, pour éviter maladies et épidémies. Nous n’acceptons aucun révisionnisme historique : l’esclavage est un crime contre l’humanité et ses victimes ont droit à un monument qui leur rende hommage. Les sociétés construisent des monuments pour honorer leurs morts, même quand ceux-ci ont disparu dans la tourmente des guerres, des épidémies, des massacres ».

Depuis, cette cérémonie s’est reproduite tous les ans, non seulement à Saint-Louis mais aussi à Sainte-Suzanne. Elle donne l’occasion de se pencher sur un passé dont il reste encore beaucoup à apprendre.

M.M.