Le 31 octobre à Sainte-Suzanne et le 2 novembre à Saint-Louis

Hommages aux ancêtres morts sans sépulture : date importante du calendrier réunionnais

31 octobre 2025, par Manuel Marchal

Le 31 octobre à Sainte-Suzanne et le 2 novembre à Saint-Louis se tiendront les cérémonies d’« hommage aux ancêtres morts sans sépulture », initiées par le PCR et des militants culturels. Nées d’une idée portée par Paul Vergès et la MCUR, elles rappellent la mémoire des esclaves privés de tombe et la résistance des royaumes malgaches de l’intérieur qui obligèrent Paris à renoncer à maintenir l’esclavage français à La Réunion. Ce devoir de mémoire vise à réhabiliter les oubliés de l’histoire et à affirmer la fierté d’une identité réunionnaise issue de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme français.

Ce 31 octobre à 9h au Jardin du Souvenir à Sainte-Suzanne, puis le 2 novembre à 9h au cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis, se tiendront deux cérémonies d’« hommage aux ancêtres morts sans sépulture ». Organisées par le Parti communiste réunionnais (PCR) et des militants culturels, ces commémorations s’inscrivent dans un moment symbolique : la veille de la Toussaint, lorsque des milliers de Réunionnais se recueillent dans les cimetières à l’occasion de la Fête des morts.

Ces cérémonies trouvent leur origine en 2009, sous l’impulsion de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), créée lorsque Paul Vergès présidait la Région. Il s’agissait alors de mettre en lumière une page occultée de notre histoire : les 183 années d’esclavage imposées par le régime colonial français. Cette période, marquée par la négation de l’humanité de la majorité de la population, a vu naître une résistance farouche dans les « royaumes de l’intérieur », où des Marrons, essentiellement originaires de Madagascar, avaient recréé une société libre et combattante.

L’histoire officielle a voulu faire croire que la liberté venait de la France

Ces royaumes résistèrent jusqu’à forcer Paris à abolir l’esclavage en 1848. Pourtant, l’histoire officielle a voulu faire croire que la liberté venait de la France, effaçant la lutte des Réunionnais et la responsabilité du système colonial. C’est pour redonner voix à ces oubliés qu’a été inaugurée, le 31 octobre 2009, la stèle du Père Lafosse.
Ce jour-là, Paul Vergès soulignait la portée historique de l’instant : « Pour la première fois, on célèbre officiellement ce que l’on a caché pendant 183 ans. » Le Code noir, rappelait-il, « refusait l’humanité des esclaves jusque dans la mort », les privant de sépulture. Ce déni prolongeait l’oppression au-delà du tombeau.

Paul Vergès dénonçait également la persistance de cette amnésie collective : « La pire des choses est d’avoir essayé de faire oublier. On continue à honorer ceux qui ont été les dominants, et on oublie les dominés. » Il suffit de voir les nombreuses rues honorant des esclavagistes ou des acteurs de la colonisation de Mdagascar voulue par la classe dominante réunionnaise.

« Les vrais civilisés étaient les esclaves révoltés »

Pour le fondateur du PCR, ces hommages relèvent d’un combat toujours actuel pour la reconnaissance. « Il s’agit de faire émerger la moitié de notre histoire, d’aller au cœur de deux siècles de guerre entre ceux qui défendaient leur humanité et ceux qui voulaient la leur refuser », disait-il. Une guerre où « les vrais civilisés étaient les esclaves révoltés ».
De cette lutte est né un trésor culturel : le maloya, aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Il témoigne de la résistance des opprimés et de la richesse du métissage réunionnais.

Paul Vergès concluait son discours de 2009 par un appel à la fierté collective : « Nous ne sommes pas l’addition, mais l’intégration de tous ces apports. Le plus grand investissement, c’est celui fait dans la tête des Réunionnais, pour qu’ils se dressent fiers de leur passé. »

Se recueillir aujourd’hui devant ces stèles, c’est honorer la mémoire de ceux qui n’ont jamais eu de tombe, mais qui ont bâti les fondations de notre identité. Ces cérémonies rappellent que la mémoire n’est pas une nostalgie, mais une construction vivante, un acte de dignité et de vérité envers nos ancêtres et envers nous-mêmes.

M.M.

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