Il était une fois le petit chaperon rouge

20 avril 2007

Philippe Carbonneaux a présenté hier, dans les environs du Théâtre du Grand Marché, la pièce de théâtre de Joël Pommerat (dont il est l’assistant) : “Le petit chaperon rouge”. Encore une nouvelle version ? « Oui », répond Philippe Carbonneaux, mais, précise-t-il : « Joël Pommerat ne s’est lancé dans l’écriture qu’après avoir travaillé ce conte avec des enfants, mais aussi avec des comédiens ».
Si le public visé est avant tout les plus jeunes, la polysémie des phrases invite les adultes à réinvestir cette histoire. Ces derniers pourront se rendre compte que ce qui les fait rire fait frémir leurs enfants. Selon Philippe Carbonneaux, si les enfants apprécient tant cette pièce, c’est dû en partie au fait que l’écriture de la pièce les considère comme des adultes. Si Joël Pommerat sait que certains thèmes ne doivent pas être racontés aux enfants comme aux plus grands, il insiste en revanche pour que le théâtre présenté aux enfants soit autant travaillé que celui des adultes.
Parmi les grands axes de recherche de cette pièce, les acteurs présents lors de la conférence de presse hier ont livré quelques pistes. Bien entendu, il y a la peur, celle de l’enfant par rapport à la nature, qui, en l’affrontant, devient adulte, petit à petit. Derrière la peur, il y a aussi le désir, celui de maîtriser le monde qui l’entoure par exemple. Puis, il y a les relations entre trois générations de femmes où l’homme est absent (sauf à considérer que c’est le loup). Enfin (mais ce mot est très relatif), Joël Pommerat rend une sorte d’hommage à sa mère qui, chaque matin, devait marcher 9 kilomètres pour aller à l’école. Il écrit : « Quels parents aujourd’hui laisseraient partir son petit garçon ou sa petite fille de 6 ans comme ça, par tous les temps, la nuit, l’hiver, dans la campagne, pour un trajet aussi long, affronter seul la nature et la solitude ? (...) Avec ce spectacle, j’ai eu envie de retrouver les émotions de cette petite fille, toute seule sur son chemin. (...) Je sais que ce long chemin qu’a emprunté ma mère, presque chaque jour de son enfance, a marqué et orienté sa vie, inscrit au plus profond des attitudes en face de l’existence, imprégné son caractère, influencé beaucoup de ses choix. Je sais que cette histoire, en plus d’être un mythe pour moi, a contribué à définir aujourd’hui qui je suis ».

La dernière d’Ahmed Madani

Cette pièce est donc la dernière de l’ère Madani au Théâtre du Grand Marché. A ce sujet, ce dernier a indiqué hier : « Lorsque je suis arrivé, j’ai immédiatement dit aux acteurs qu’ils seraient mis au centre de la scène. Je suis donc particulièrement heureux de finir sur cette pièce. En effet, tout n’y est pas raconté. L’acteur a donc un rôle formidable de transmission. Un geste peut économiser un mot. Le théâtre est totalement fondé sur le malentendu ». Le spectateur doit donc réfléchir sur le sens à donner à ce qu’il voit. En effet, “Le petit chaperon rouge” laisse une large place à l’imaginaire. Peuplez donc votre esprit, ce week-end, par des moments d’effroi et de rire en vous rendant (tout en évitant les forêts) à l’une des trois représentations qui sont prévues au Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis. La première se joue ce soir à 20h, la seconde samedi à 15h, la dernière dimanche à 18h. Les tarifs s’échelonnent de 5 à 20 euros.

Matthieu Damian


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