La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
19 décembre 2006

Les élèves de 1ère littéraire du lycée de Trois Bassins nous ont demandé de leur parler de l’histoire de l’esclavage à La Réunion. Avant notre exposé, Aurélie et Laurie, deux jeunes comédiennes de la troupe de théâtre du G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la Terre Réunionnaise) ont donné le coup d’envoi. Nous avons choisi une scène clé qui montre l’état d’esprit du temps où notre pays était sous le joug de l’esclavage. Madame Christine, la femme du maître, a tellement vu et revu la souffrance des esclaves qu’elle a pris fait et cause pour eux. Combien de fois est-elle intervenue pour atténuer la souffrance, la dureté de son mari ? Madame Christine reçoit Madame Biscota, une jeune femme qui arrive dans la colonie qui ne voit que le paysage de l’île. Nous vous livrons un extrait de leur dialogue : Acte IV - scène 1 de la pièce “L’Esclave”
Christine (Laurie) : Madame Biascota, vos impressions après deux mois de vie ici !
Madame Biascota (Aurélie) : Votre île, Madame Christine, c’est un petit paradis. J’ai découvert beaucoup de choses que je ne connaissais pas. J’ai appris avec intérêt de nouveaux mots. Monsieur de la Gaze m’a montré des cocotiers, des palmiers de toutes sortes, des manguiers, des bananiers en masse, des bibaciers, des goyaviers, des tamariniers !
Ah, j’ai oublié ! J’ai vu aussi du maïs et du manioc. La racine du manioc est une grande ressource m’a dit Monsieur Adrien, car on en nourrit les animaux, les esclaves ...
Christine : Avez-vous vu les esclaves ?
Madame Biascota : Si le paysage est merveilleux, je ne peux pas en dire autant pour les esclaves, c’est tout le contraire. J’ai trouvé leur façon de vivre vraiment lamentable, j’éprouve même un véritable dégoût physique de les voir. « Au lieu de l’ordre, de la propreté et de l’ingéniosité qui auraient pu rendre tolérables même ces misérables taudis, il n’y a qu’indolence, insouciance et saleté comme on n’en voit même pas chez les bêtes dans leurs tanières ou leurs nids. Le sol est jonché de bois, de copeaux, tandis que les enfants à demi nus, sont blottis autour de quelques braises presque éteintes...
Christine : Assez ! Assez ! Assez ! Savez-vous au moins pourquoi les choses sont ainsi ? Ce sont les blancs qui sont responsables de cette situation. En deux mois à peine dans la colonie, vous avez déjà ce jugement. Savez-vous comment les esclaves travaillent ? Le travail commence à cinq heures du matin et se termine à huit heures du soir. Au moment de la récolte, comme en ce temps-ci, le travail ne cesse guère. Tout ralentissement appelle le fouet. A l’usine, les cannes sont poussées entre les meules au risque d’écrasement des mains, surtout la nuit quand la fatigue oblige à chanter pour se tenir éveillé. Il arrive qu’un dormeur tombe dans une chaudière bouillante... Les noirs gisent dans un profond abrutissement et ce sont les maîtres qui sont coupables.
Madame Biascota : Alors là, ma chère, je ne vois pas de différence entre une bête et un esclave... Je comprends pourquoi les femmes de la colonie ne veulent pas vous fréquenter.
Christine : Sortez, Madame ! Je ne veux plus vous voir ici !
Madame Biascota : Rassurez-vous, je ne viendrai plus voir une blanche au cœur noir. (Madame Biascota quitte la scène ...) »
Les élèves ont apprécié ces cinq minutes de dialogue très bien joué par nos deux jeunes comédiennes. Nous avons parlé, dialogué pendant plus d’une heure de l’histoire de l’esclavage à La Réunion.
ous avons été, avec Charles Soutron et Guy Ethève, les premiers à faire briser les chaînes sur une scène théâtrale, il y a 30 ans de cela. Près de 2000 spectateurs ont applaudi les comédiens sur le stade de Saint-Louis.
Depuis la pièce “L’esclave” a eu le prix de littérature de Leconte De Lisle décerné par le Docteur Pierre Lagourgue, président du Conseil Général, le 20 juillet 1980. Et nous avons accepté avec plaisir la proposition de la direction du théâtre Luc Donat et de la ville du Tampon de la mise en résidence de la pièce « L’esclave » pour le 20 décembre 2007.
Le 10 mai 2006, le Président de la République a décidé que, chaque année, dans toutes les écoles de France, on parlera désormais de l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Notre jeunesse doit connaître l’histoire de l’esclavage, pour que demain elle soit responsable de sa destinée.
Bonne fête réunionnaise de la liberté à tous !
Marc Kichenapanaïdou
Président du G.R.A.H.TER
(Groupe de Recherches sur l’Archéologie
Et l’Histoire de la Terre Réunionnaise)
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