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« Un conteur au coin de ma rue » à Sainte-Suzanne
23 octobre 2007

La Ville de Sainte-Suzanne a décidé cette année de placer le conte au coeur de sa politique culturelle, au coeur des quartiers. Après Bagatelle, Bel Air, Bras Pistolet, c’est à celui de La Marine d’accueillir aujourd’hui, au Case, à 14 heures, « Un conteur au coin de ma rue » ou plutôt trois conteurs. Roger Valliamé, Sully Andoche et Véronique Insa se sont passé le mot.
Si au fil des années, la tradition des veillées qui réunissaient la famille, les gens du quartier pour écouter, dans la cour, sous le pied de bois, les histoires des gramounes, a cédé le pas à la modernité, à la télé, à Internet, le patrimoine oral de La Réunion est encore bien présent. Fonnkèr, Slam : de nouvelles formes de joute, de dire, de donner le mot prennent le pas, mais jamais le conte n’a été aussi prisé.
Une histoire de passion
C’est pour ne pas perdre ce goût du partage, cultiver l’écoute et l’imagination, permettre aux plus anciens de renouer avec la tradition, aux plus jeunes de la découvrir, que depuis juillet, la Ville de Sainte-Suzanne, avec l’appui de conteurs professionnels, a développé dans les quartiers des séances dédiées au “rakontaz zistoir”. Légende de Gran Mèr Kal, aventures de Ti Jean et Gran Diab, contes animaliers de La Réunion et de l’Océan Indien, « zistoir mantèr » (la pa nou lotèr)... d’hier et d’aujourd’hui, tel quel ou revisité, le conte est à l’honneur.
Ce mardi, au Case de La Marine, le lever de rideau sera assuré par Roger Valliamé, conteur bien connu sur Sainte-Suzanne pour avoir distillé les récits d’antan dans les centres de vacances, dans les années 70, aux cotés de défunt Rwa Kaf, et encore aujourd’hui, dans les écoles de la commune. Il a hérité de cette passion du conte par ses grands parents dont il assure depuis 20 ans la transmission du savoir dire et vivre le conte. Tout un art. Toujours animé par la même passion, Sully Andoche, qui le succédera dans le rond, mettra son énergie et son amour de la langue créole au service de récits construits à partir de sa fertile imagination. Plus que les “zistoir lontan”, cet invétéré « krakèr » a le don de vous raconter le phénomène de piqure du moustique comme personne, ou de débattre sur “Comment le cochon est devenu cochon ?” Après ça, vous ne regardez jamais plus le porc péi de la même façon ! Sully aime broder, inventer, improviser de nouvelles légendes ponctuées par cet humour qui fait sa griffe et accompagné par des instruments de fortunes, des trucs recyclés qui prennent sens et corps avec le récit. Avec lui, plus c’est gros, plus ça passe. Depuis près de 20 ans qu’il sévit sur la scène du conte (dans les années 80 aux cotés de lantouraz pintad de Ziskakan, puis dans les écoles, les kermesses, les kabar...) il estime que « na touzour pou aprann pou ét in bon rakontèr. » Dans le rond du conte, rien n’est acquis, à commencer par l’auditoire.
La relèv rant dann ron
Sully est de cette génération qui, comme Anny Grondin, Daniel Honoré, a oeuvré sur le terrain pour assurer la survivance et la transmission de la tradition orale. Comme le maloya en son temps, le conte avait besoin de faire reconnaître sa place légitime au sein d’une société ou la langue maternelle est avant tout orale. Comment s’explique-t-il un tel regain d’intérêt pour le conte à La Réunion ? « Mi pans momandoné, kan domoune i pérd son bann ropèr, li artourn instinktivman. Na osi travay bann domoune i pouss lo kont anlèr, lé vré, soman tradision-là la zamé disparèt. Lé in pé dann linkonsian. » 20 ans de rakontaz et Sully ne se lasse pas, bien au contraire, « sé lo kont i défatig amoin. Sé kom in léspèss térapi. I fo pa domoune i oubli lo kont sé in lesson d’vi, sé la sazès, sé limilité. » Véronique Insa, conteuse de la relève a elle aussi était bercée par ces valeurs entre une maman écrivaine (Danièle Moussa) et une grand-mère conteuse. Depuis petite, inspirations de la littérature française et des récits réunionnais se conjuguent au sein d’un univers insolite ou Pinocchio rencontre Ti Jean, ou les fables de La Fontaine sont revisitées par la langue créole. Comme Sully Andoche, le créole réunionnais est pour elle un moteur, un capteur d’images, un terreau pour l’imagination. En 1997, avec un groupe d’amis, elle met en scène et joue le spectacle “Zoubete”, de Jacques Poustis. Institutrice, le conte est pour elle un support pédagogique. Cette année, elle a suivi le stage Rakontèr Zistoir organisé en juillet par l’UDIR. Une expérience qui a conforté son envie de franchir le pas, de rentrer dans le rond. Cette conteuse pleine de talent, d’envie de partager, sera là encore mardi aux côtés de ses deux compères, “doyens” de la scène qui accueillent à bras ouvert les contes et récits de la relève. Une belle après-midi en perspective.
La prochaine manifestation aura lieu le 19 décembre dans le cadre des festivités de la Fèt Kaf, au centre-ville de Sainte-Suzanne.
Stéphanie Longeras
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