La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Conte sénégalais
5 janvier 2007

Acoute in coup bonna, ma raconte azot in gaillard zistoire, zistoire Issa-grand-patte dann Pays-le-mort.
Issa té i resse dans innn ti village, deux-trois cases seulement. Li té encore marmaille, li navé dix-douze an et li té vraiment le plus misère des plus misère. Navé longtemps son manman té mort, depis quate-cinq an par là, et sonn ti-mère té i fait passe ali in bon peu la misère.
Ali-même té i fait toute dans la case : li té sar rode zerbe pou lapin ; li té sar rode de bois pou fait cuit manger ; li té charroye de l’eau depis en bas là-bas dann fond la ravine jusqu’à son case en l’air là-bas. Li té rale la pioche, té plante songe, patate, manioc, toute sa là, et té encore li-même té fait cuit mangé. Li té tout le temps habillé en casse-cassé, son chemise té in vieux cabaye son papa et cause pas son kilotte !
Li té in grand maigraille, in casse-papaye-sans-gaulette, son patte té pareil baguette jazz. A cause sa même de moune té i gaspille ali, té i ravage ali depis grand matin jusqu’au soir, té i criye ali comme sa : “Issa-grand-patte”.
In jour Issa-grand-patte i sar rode de l’eau dans inn carafe en bas là-bas dann fond la ravine, alala son grand patte i maille dans in racine de bois, le carafe i tonm à terre, i pète en fleur. Sa té carafe sonn ti-mère. Li arvient son case, et là baisement la pété. Mounoir, le ti-mère la baillé, la donne ali, la pluche ali coup d’baton, coup t’fouette, et pou finir la mette ali dehors et la dit comme sa : « Allé, chappe, file aou, arvient pis tant qu’ou rann pas moin in carafe pareille sa qu’ou la cassé ».
Issa-grand-patte la prend son chemin, la partie dans la savane.
Asteure le vrai zistoire Issa-grand-patte i commence.
Premier jour son cœur lé clair, li envoye son grand patte en avant, li marche, li marche, li marche, li pense pas riyen. Li lé libe, li na pas travail pou fait, na pis personne pou embête ali, la fini ec toute ce bann de moune masiak. Sonn ti-mère la pis là, toute zaffaire li oit lé gaillard : ti zoiseau i batte in zaile quand li arrive, ti bébète i saute en l’air, pied d’bois i fait l’ombrage pou li, de l’eau la ravine lé frais, i gaingne casse in bain. Li mange mangue sauvage, li boire l’eau t’coco. Li lé habitué travaille bon peu et mange riyen qu’inn ti guine. Li marche, li marche, li marche toute la journée sous gros soleil. Pou li c’est comme la fête, li oubliye toute son misère. Asteure i fait noir, li arrive sul bord inn grann rivière, na point chemin pour passé. Mais li enfout, li dort là-même à terre sous un pied d’bois et dans son sommeil li rêve in tas d’zaffaire gaillard. Grand matin i fait frais, son rêve la fini. Li deboute in coup et sa qu’ili oit c’est inn merveille : la grann rivière i roule dans la pente, i brille pareil in couleuve. Là, si li gaingne pas passé, li resse en place.
Li magine in coup comment li sar fait si li retourne sa case. Non va, i faut li gaingne traversé. Seulement malgré li na grand patte, la rivière i enterre ali. Issa-grand-patte i tourne, i vire, et li oit inn espèce l’île i flotte, lé pleinn ti zoiseau dessus ; Li regarde bien et li oit que l’île flottante c’est Léber, compère Lippopotame, cheval-de-l’eau : son rein i sorte dehors, son trou d’nez lé arté pou li gaingne respiré. Bann zoiseau l’après tire son pou, son puce, toute sa la. Son peau lé pareil bois dur, ti-zoiseau i monte, i tsann, i tire in bébète dans son zoreille, i tire inn aute dans son zieux.
Issa-grand-patte iccosse ali et dit comme sa : « Oté compère Lippopotame, aou même le grand chef i commann la rivière, ou veut pas mi lave aou in coup pou d’bon ? Ou veut pas mi fait prann aou in grand bain ? I sra in peu mieux que toute ce bann zoiseau i connaît pas riyen, mi peut assure aou. Ma brosse out rein sanm out tête, ma tire toute ce bann ti bébète et ma tire la boue aussi. Ma mette aou propre même ! »
Compère Lippopotame la réponn ali : « Ma dit aou in affaire, souvent des fois moin la magine in qualité grand bain comme sa qu’ou dit là. Ma dit aou pou d’vrai, toute ce bann ti zoiseau là i prand justte sa qu’zot la envie, zot i travaille pluss pou zot même que pou moin ».
Léber i plonge in cojup dann fond la rivère, toute bann ti zoiseau i fane, et le seul gros bébète i ressorte côté le baord. Issa-grand-patte i prend son élan, i saute sul dos Léber, li c’est pas in capon, et li comemnce fait le grand bain. Li prend in gobe zerbe ma fo,e sélé ec in galet et li rac et li frotte. Le rein compère Lippopotame lé raide, son vieux peau lé plein limon ec la mousse i pousse pareil su in pied d’bois ou su in vieux canote bord d’mer.
Quand Issa-grand-patte la fini son travail, son mailn i saingne mais Léber lé content. Li demann le marmaille :
« - Do sa ma fait pou ou, zenfant d’moune ?
- Moin t’après rode in moyen pou coupe la rivière, pou allé l’aute côté.
- Sa la pas inn gouyave ou demann amoin ou là. Assurément mi gaingne fait saute aou la rivière, seulement mi prévient aou, l’aute côté là-bas nana in pays personne i connaît pas quoi i lé. DWe moune i dit sa Pays-le-mort. Sait pas si inn ti marmaille comme ou lé cab allé l’aute côté, sa in pays dangereux sa.
- I fait riyen, moin lé capabe moin, moin lé pas capon.
- La pas tout sa, mi gaingne fait saute aou la rivière mais ou revient pu. Là-bas, sa pays caïman : la point in moune, la point in zanimau la gaingne revenir.
Bonna i mange aou en vitesse, la tripe, le zo, toute.
- I fait riyen si mi gaingne pas revenir, moin la sit tant tellement envie allé, m’en fout pas mal sa qu’i peut arrivé ».
Léber i oit Issa lé obstiné, Il prend le marmaille su son dos, li traverse la rivière et li monte sul bord. Caïman t’après dormir à terre là-même. Liber i passe côté d’zot, caïman i bouge pas. Ou n’aurait pas dit lité capabe, Liber i galope in coup jusqu’à dann zerbe et là li largue Issa-grand-patte à terre. Les deux i fini pu dit merci l’inn et laute. Quand la fini, Léber i rente son case dann fond la rivière, mais quand li passe côté caïman, bonna i dit ah comme sa :
« - Oté compère Lippopotame, ou l’amène in boug là-bas, dann Pays-le-mort, ou rappelle noute l’accord ?"
Le gros bébête i réponn ali :
- Surement mi rappelle. Si le zenfant d’moune i veut traversé, i faut li passe sanm zot ».
Compère Léber i connaît quoi j veut dire : jamais, au grand jamais, in caïman la laisse in boug coupe la rivière dans laute sens.
A suivre
Adaptation Gabriel Lebreton
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A. D.
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