Culture et identité

« Jacques Vergès était considéré comme un Algérien »

Entretien avec Abdallah Zekri

Manuel Marchal / 22 février 2018

Délégué général du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri fait partie de la délégation du CFCM en visite dans notre île. La Réunion n’est pas tout à fait inconnue pour Abdallah Zekri, car il a rencontré à plusieurs reprises une des personnes qui a fait le lien entre les peuples réunionnais et algériens, Jacques Vergès. Il se déplace toujours avec une photo sur laquelle il se tient aux côtés de l’avocat réunionnais.

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Jacques Vergès et Abdallah Zekri.

Abdallah Zekri a connu Jacques Vergès car il était l’avocat d’Abderrhamane Méziane, ancien ministre de l’Intérieur de l’Algérie. Abderrhamane Meziane était un combattant du FLN en France. Il a été capturé et il était le plus jeune condamné à mort algérien de la guerre. Il a échappé à la guillotine suite à une grâce présidentielle.

Après l’indépendance, Abderrhamane Meziane est resté en contact avec Jacques Vergès. La première rencontre de Jacques Vergès et Abdallah Zekri eut lieu à Albi lors du procès des parachutistes qui avaient assassiné un jeune Algérien, Bouchiba, à Castres en 82. Jacques Vergès avait été sollicité pour défendre les intérêts de la partie civile par le gouvernement algérien. Abdallah Zekri était alors responsable régional de l’amicale des Algériens. Il avait pour mission d’accueillir et d’assister Jacques Vergès lors du procès d’Assises.

« Par la suite, on s’est perdu de vue. L’arrivée d’Abderrhamane Méziane comme consul général à Paris a permis de renouer avec Jacques Vergès, car il dinait presque tous les soirs avec Méziane ». Lors de ces rencontres, Abdallah Zekri souligne qu’il était souvent question de l’Algérie. « Jacques Vergès était toujours resté attaché à l’Algérie. C’était quelqu’un d’une très grande clairvoyance, d’une grande intelligence. J’ai eu plaisir à le rencontrer », souligne-t-il.

Abdallah Zekri rappelle que « Jacques Vergès a une image très favorable en Algérie, parce qu’il a été un défenseur acharné des Algériens pendant la guerre ». Il précise qu’ « en dehors de sa profession d’avocat, Jacques Vergès avait pour l’Algérie un grand amour, il a rencontré les différents présidents algériens qui se sont succédé au pouvoir ».

Abdallah Zekri ajoute également que Jacques Vergès était resté en lien avec des avocats algériens, notamment Me Benabdallah, Me Brahimi. Il avait gardé le contact avec le Collectif des avocats du FLN. Il se rendait également en Algérie pour échanger avec des jeunes avocats. À Paris, Abderrhamane Meziane lui a fait rencontrer des confrères algériens du barreau parisien.

« Jacques Vergès était considéré comme un Algérien, par rapport à ce qu’il a fait pour la défense d’un idéal, l’indépendance de l’Algérie ». Un engagement qu’il maintint constamment, malgré les menaces de mort.

M.M.



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  • Le terrible meurtre raciste de Senoussi Bouchiba a eu lieu en en novembre 1987 et non 1982, ce drame a marqué et marquera a jamais ma mémoire.

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  • Jacques Vergès n’était pas seulement considéré comme un Algérien, il était au delà des frontières. Avant tout, il était l’humain, le terrien pour qui les frontières artificielles de l’homme ne l’empêchaient pas de parcourir la terre entière pour soutenir, aider les opprimés. Comme son père, il était le défenseurs des sans défenses, le porte parole de ceux qui étaient soumis au silence. Avec sa science du droit, son audace ajouté à une dose de provocation, il défendait l’indéfendable. Son courage et sa détermination était sans limite tout comme son frère qui avant même leur majorité n’avait pas hésité de s’engager avec les forces françaises libre pour combattre le nazisme en métropole. Tous ses frères algériens, vietnamiens, réunionnais...terriens sont fiers de lui.

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