La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Les héros s’en vont aussi...
15 juillet 2006

Âgé de 15 ans lorsqu’en 1938, il s’engage dans la Marine, Jean Couturier ne se doute pas qu’il vient d’entrer à sa manière dans l’Histoire. De Narvik à Ouistreham en passant par la Hollande, voici le témoignage de l’un des 177 Français du jour J.
Lorsqu’il s’engage à 15 ans à l’École des mousses de Brest, en octobre 1938, Jean Couturier veut avant tout "faire carrière”.
Mais un an plus tard, la France entre en guerre. Sa formation est donc écourtée... Il gagne le contre-torpilleur l’Adroit, navire de l’escadre commandée par l’Amiral Lacroix. « Nous avons participé à deux importantes missions maritimes en 1940 : le débarquement de Narvik où nous avons convoyé des légionnaires (Note : 13e Demi Brigade de la Légion Etrangère) et des chasseurs alpins, puis lors du désastre de Dunkerque, nous avons assuré quatre voyages vers l’Angleterre pour rapatrier ce qui pouvait l’être, c’est-à-dire principalement des soldats, car tout le matériel est resté sur place »
À la quatrième traversée, le 20 mai 1940, l’Adroit est coulé lors d’une attaque de Stukas, il est un peu plus de 23 heures, le navire faisait face à Dunkerque. « .. . j’occupais à bord la fonction de radio, je me souviens bien de cette attaque, le bruit particulier des attaques de Stukas en piqué est encore présent dans ma mémoire. Je me suis retrouvé à l’eau avant d’être récupéré par une vedette puis amené à Cherbourg, ou je suis resté en observation à l’hôpital militaire quelques jours. Je ne saurais vous dire ce qui s’est passé, même aujourd’hui cela reste un mystère, je ne sais pas comment j’ai pu faire pour rester en surface, je n’ai absolument aucun souvenir de ce qui s’est passé au moment du naufrage, je ne me rappelle même pas avoir sauté dans la Manche !...
Sain et sauf, Jean Couturier est dirigé vers Lorient, puis Toulon où il embarque à bord du navire L’Algérie en juin 1940.
Un an plus tard, la flotte française se saborde. Le Casabianca, sur lequel a embarqué Jean Couturier, échappe toutefois à ce suicide en compagnie de quatre autres sous-marins (le Glorieux, l’Iris, le Marsouin et la Vénus). Le convoi parvient à gagner Alger, mais la Vénus se saborde en pleine mer et l’Iris est capturée par les Espagnols... Le Casabianca servira au cours de l’année 1942 à rallier à la Corse et organiser la résistance et les communications radio vers le continent européen avec le concours des États-Unis. (...)
1943, notre homme se rend de plus en plus assidûment chez sa tante Mme Roda dont la librairie du square Bresson est l’un des lieux de rendez-vous des Gaullistes. Au mois de mai, il décide de partir pour l’Angleterre où il espère prendre une part plus active aux combats que chacun annonce... Ainsi, il fait partie de la petite troupe qui prendra en camion la route de Kérouan et d’Alexandrie. De là, un bateau les attend et les conduira en Angleterre par le canal de Suez. (...)
Le jeune Couturier s’engage alors chez les "bérets verts". Cette unité commandée par Lord Lovat accueille un contingent Français dans ses rangs. Après avoir passé avec succès les tests de sélection (particulièrement ardus), l’entraînement se poursuit à Whrexham (Pays de Galles) au camp du 45ème Royal Marines, puis à Achnacarry. L’entraînement est dur, très dur, les blessés sont nombreux, parfois les morts... « J’étais en très bonne condition physique, mais j’avoue maintenant que tout cela était éprouvant, de jour comme de nuit, nous ne connaissions jamais notre emploi du temps... En une année, j’ai appris à lutter contre la faim, à ne pas dormir, à endurer les exercices les plus pénibles... Avec du recul, j’ai compris que c’était grâce à ces exercices que je suis resté en vie, que ce soit en Normandie ou en Hollande. On nous avait formé exactement pour ce qui nous attendait... Oui, tout cela était très dur mais indispensable »...
Affecté dans un premier temps au commando n°10 interallié, Jean Couturier côtoie les nationalités les plus diverses. « La plupart des gens sont toujours persuadés que la 1ère S.S.B de Lovat ne comptait que des Britanniques et des Français, ce qui est faux. Je me souviens d’une "troop" de Polonais, dont la plupart furent tués à Monte Cassino, mais aussi de la "troop X" constituée d’Allemands dont une majorité de juifs. Cette unité fut assez peu employée, les Anglais n’ayant pas totalement confiance. »
En mai 1944, les Français du n°4 commando sont maintenant prêts à débarquer sur leur sol. « Ce terme des 177 Français n’est pas tout à fait approprié, nous précise M. Couturier car en réalité, certains d’entre nous ne l’étaient pas, même s’ils combattaient dans nos rangs. C’est le cas de Rieffers, luxembourgeois, des frères Neuwen qui étaient belges, ou encore de Briand, un Canadien. C’est un détail, évidemment, mais connu de peu de gens... »
Le Jour J. « Les conditions de la traversée furent telles qu’on les décrit souvent : il pleuvait, il faisait froid, la mer était très agitée, nous étions tous malades ou presque. Nous étions regroupés dans les LCI 523 et 527 et de temps en temps nous entendions la cornemuse de Millin, le piper de Lord Lovat, notre commandant... Millin était écossais, il avait été choisi pour son appartenance au clan de Lovat. Pendant la traversée, l’entendre jouer, même à distance nous a apporté un immense réconfort... Même dispersés dans plusieurs bateaux, nous étions ensemble. On ne dira jamais assez quelle était notre cohésion à ce moment-là. Cette cohésion et cette fraternité entre commandos nous ont fait faire des miracles. Avec du recul, c’est comme cela que je vois les choses. Hitler l’a même renforcée en nous condamnant à la mort en cas de capture. Finalement, cela n’a fait qu’augmenter notre combativité et notre osmose.
La flotte approche maintenant des côtes normandes. Le jour commence à se lever. Puis, à 7h30, les LCI libérent - enfin - le n° 4 commandos, face à la Brèche. « ... Contrairement à toutes les idées reçues, et surtout aux images du film “Le Jour le plus long”, nous n’avons pas débarqué face à Ouistreham et en bord de plage. Nous étions nettement plus à droite et nous avons commencé notre progression avec de l’eau jusqu’à la taille, chargé d’un sac à dos de 60 kgs. (...) À peine sorti de mon L.C.I, j’ai couru, aussi vite que j’ai pu le faire, notre premier objectif était de nous mettre à couvert. Finalement, je n’ai pas prêté attention à ce qui pouvait se passer autour de moi, j’ai couru, de manière presque machinale. L’instinct de survie, sans doute. »
La plage est franchie rapidement, non sans quelques pertes, comme celle de "Pépé" Dumenoir, combattant de la première heure, qui demandera qu’on le porte face à la mer, quelques minutes avant qu’il ne meure... « ... Nous devions réduire pas moins de sept blockhaus, des "pilloboxes" situés sur la plage, c’est ce que nous avons fait. » Puis, direction Riva Bella pour la prise du casino. « La riposte allemande était très virulente, mais je crois que notre rage et notre coeur ont fait la différence, rien ne nous arrêtait plus, nous étions chez nous »...
Après la prise du casino, la troop 8 se dirige vers le PC allemand situé dans l’ancien château de Colleville-sur-Orne, qui tombe à son tour. La réaction allemande est toujours violente, les obus de mortier pleuvent sur les commandos. L’un d’eux explose à proximité du quartier-maître Couturier, qui, atteint au visage et au bras, tombe au sol. Il poursuivra pourtant sa mission jusqu’à l’extrême limite de ses forces. Finalement, Il sera évacué vers Ouistreham, où les Anglais qui y ont installé un poste de secours font des merveilles malgré les circonstances. Jean est hors de danger, mais ses blessures sont suffisamment graves pour qu’il ne puisse suivre son unité. Il sera donc rapatrié en Angleterre.
Une fois rétabli, Jean Couturier rejoindra la troop n° 8 avec qui il participera à la fin de la bataille de Normandie, avant de poursuivre son périple à Flessingue (Hollande) où il sera de nouveau blessé. Mais ceci est une autre histoire... Longtemps, Jean taira ce qu’il a vécu... « Pendant des années, personne n’a su que des Français ont débarqué en Normandie. Si j’avais raconté tout cela, je pense qu’on ne m’aurait pas cru. À l’époque, les gens qui n’étaient pas au coeur des évènements l’ignoraient totalement !... De ce fait, je n’ai pas le sentiment d’avoir fait quelque chose sortant de l’ordinaire ».
Flessingue
« Nous avons ensuite gagné la Belgique. En octobre, les alliés étaient entrés en Hollande, les choses allaient très vite, trop vite même. L’approvisionnement ne pouvait plus suivre, nos troupes ne pouvaient donc plus continuer plus en avant si un port proche des combats n’était pas dégagé. Il fallait donc investir Anvers, c’était presque l’endroit idéal. L’opération Market Garden venait aussi de débuter. Il fallait faire quelque chose, par exemple une manoeuvre de diversion pour attirer les Allemands vers les extérieurs. C’est ce qu’ont décidé nos chefs, voilà pourquoi nous avons débarqué à Flessingue ».
Le 1er novembre 1944, les commandos Français, Anglais et Hollandais partent du Nord de la Belgique, puis prennent pied sur l’île de Walcheren, Flessingue se trouvant au Sud. (...) La réaction allemande est très violente : les pièces de DCA à tube quadruple de 20mm parviennent à couler deux embarcations. Mais le n°4 commando prend pied néanmoins sur la terre ferme, et un combat sans merci s’engage. Flessingue tombe le 3 novembre 1944. Toutefois, l’occupant n’a pas quitté les îles avoisinantes. Ainsi, Jean Couturier et ses camarades seront engagés tout l’hiver 1944 pour des patrouilles de nettoyage sur les iles éparses autour de Walcheren.
Jean Couturier poursuit : « Pour moi, la campagne de Hollande s’est achevée le 17 novembre 1944, lors de l’une de ces missions. Les points de résistance allemands existaient toujours et j’ai été atteint par un obus de mortier, ma seconde blessure après la Normandie. J’ai été rapatrié en Angleterre et c’est ainsi que la guerre s’est achevée. Nous ne sommes rentrés en France que fin 1945. J’ai été démobilisé à Belfort, ma ville natale, au début de l’année 1946, après 8 ans sous les drapeaux dont 5 ans de guerre. L’atmosphère était celle d’un pays déchiré, qui devait se reconstruire avec toutes les séquelles que l’on imagine, divisée entre les Pétainistes, les Gaullistes, les communistes. On nous a rassemblés dans la cour d’une caserne. Un sous-officier nous a réparti en groupes par ces mots qui me sont restés gravés : les Français d’un côté, les Gaullistes de l’autre. Voilà comment on traitait les Français libres à l’époque. Nos tickets de rationnement n’étaient pas non plus les mêmes que ceux de tout un chacun ; notre ration était divisée par deux... Pourquoi ? Parce que justement, nous étions des Français libres. Cela se passe de commentaires. La paix et le calme sont revenus avec le temps.
De cette époque, Jean ne garde que des bons souvenirs : « ma jeunesse ne fut pas de tout repos, mais j’ai eu l’honneur de me battre pour mon pays et pour la Liberté. J’ai vécu des moments extraordinaires, des liens d’amitié tout aussi extraordinaires se sont tissés entre nous. Ceci dit, nous sommes étonnés aujourd’hui de voir que l’on ne nous a pas oubliés. Franchement, personne du commando Kieffer n’aurait pensé que l’histoire se souviendrait de nous. Nous avons simplement fait ce que l’on attendait de nous, notre avons fait notre devoir de combattants. »
Propos recueillis entre mai 2001 et novembre 2002
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Messages
24 juin 2011, 21:18, par david
Mon grand père était quartier maître radio sur le torpilleur L’Adroit lorsque celui ci a été coulé à Dunkerque,il s’appelait Paul Botrel.
Je possède un livre intitulé Marine Dunkerque écrit par Maurice GUIERRE avec les annotations de mon grand père aujourd’hui décédé.
Je recherche tout témoignagne ou documentation en rapport avec l’Adroit ainsi que des renseignements sur ses héroïques membres d’équipage
Par avance, je vous remercie de me contacter et contribuer ainsi à entretenir la mémoire de nos proches