Culture et identité

Johnny Backary Lagrange : « Toutes les luttes menées contre le colonialisme l’ont été au son du roulér »

60 ans du PCR : préparation de la conférence idéologique internationale

Johnny Backary Lagrange / 24 août 2019

Hier à Saint-André, le PCR organisait la troisième rencontre préparatoire à la conférence idéologique internationale du mois d’octobre, événement phare des célébrations du 60e anniversaire du Parti communiste réunionnais. A cette occasion, Johnny Backary Lagrange, membre du Secrétariat du PCR, a fait un exposé sur le rôle joué par la culture dans les combats menés depuis 60 ans par le PCR.

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Je souhaiterais avant tout vous exprimer ma fierté, ma fierté d’intervenir à cette tribune pour parler non seulement de culture mais aussi du lien étroit qu’a et qu’entretiennent les luttes passées (syndicales, associatives, politiques) avec notre culture.
J’aimerais, en toute humilité vous dire que bon nombre de personnes voir des membres de cette assemblée ont certainement une connaissance une approche plus fine sur ce sujet.
Je souhaite vous livrer ces quelques réflexions afin d’amener nos échanges autour du thème : la culture, un combat permanent.

Il existe beaucoup de définitions du mot culture :
La culture est l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres à un groupe humain, à une civilisation. Elle se transmet socialement, de génération en génération et non par l’héritage génétique, et conditionne en grande partie les comportements individuels
Définition de la culture par l’UNESCO. « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social.
Au-delà de ces différentes définitions posons une approche plus réunionnaise
Car parler de culture ici a la réunion, ce n’est pas seulement faire l’inventaire de l’ensemble des productions artistiques et sociétales, mais c’est bel et bien embrasser ds l’espace et ds le temps le champ vaste de la construction de notre ile et du peuple réunionnais.

Parler de culture c’est aussi mettre en exergue le lien fort qui existe avec les luttes et les combats menés qui n’ont eu que pour seul objet l’amélioration de nos conditions de vie et la promotion et l’appropriation par tous de l’identité réunionnaise
Parler de culture, c’est comprendre la nécessite incontournable pour la Réunion, les réunionnais d’en temps et d’aujourd’hui, dans des conditions dures atroces voir inhumaines (avec l’esclavage et l’engagisme entre autres) de créer en un temps court a l’échelle sociologique et historique non à partir de rien mais a partir de souffrances et soif d’avenir meilleur, créer un vivre avec … qui au fur et à mesure tend à être un vivre ensemble.
L’identité, la culture et le moringue qui en est l’un des fers de lance ont cela de commun d’être le fruit de luttes et combats passés et nous le vivons tous les jours à venir
C’est pour cela que la culture telle que nous le décrivons… est le fruit d’un combat permanent

Imaginez, imaginez que sur une ile déserte, éloignée, en plein océan indien il a fallut créer de toutes pièces et ce à partir de gens dont pour la grande majorité était des déportés, créer un espace de vie, un ensemble humain dont les liens ont été l’apport et l’adaptation successive de leur culture d’origine : cuisine, langue, religion, technicité…
C’est en cela que la culture disons le « réunionnaise » et unique
Nous sommes tous les descendants de ces hommes et femmes qui de gré ou de force ont tout quitter pour construire ce que nous sommes
Nous sommes aujourd’hui les héritiers de tous ces combats menés
Nous sommes aujourd’hui les garants de leurs perpétuations
Nous sommes les dépositaires de sa transmission et de son large partage
Nous portons donc tous ce devoir de mémoire
Mais nous devons aussi insister sur le devoir de vérité

J’aimerais pour cela vous donner deux dates : avril 1976 et octobre 2009
Vous aurez reconnu que ces dates correspondent au premier enregistrement commercialisable… donc diffusable de maloya et en octobre 2009, le maloya a été inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Localement, cette labellisation entre dans la continuité de luttes culturelles et politiques qui ont marqué le champ musical réunionnais depuis une quarantaine d’années. Participant à son changement de statut et à son « emblématisation », la mise en valeur du maloya par l’UNESCO a révélé, un débat d’ordre culturel et politique sur l’identité collective réunionnaise.

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Pourquoi parler de devoir de vérité ?
Vous l’aurez certainement noté, je n’ai pas encore citer le parti communiste réunionnais
Mes chers amis, mes chers camarades
Qui a contribué à sortir le maloya des champs de cannes ou il était cantonné
Qui a permis le premier enregistrement du maloya
Qui a fait passer le maloya du rang de musique soulard, musique kaf, mizik boum boum au rang de musique pratiquée et valorisée
Qui a permis, avec le concours de l’ensemble des forces vives, de mener le maloya au rang de patrimoine immatériel de l’unesco
C’est le parti communiste réunionnais
Et pourquoi cela est un combat permanent
Nous ne sommes pas un peuple millénaire, nous sommes un peuple dont nos arrières grands parents ont été esclaves ou engagés
Notre histoire est jeune mais aussi meurtrie par des décennies de colonialisme
Le PCR a su rassembler la population exploitée, appauvrie grâce au chant des esclaves
Toutes les luttes menées contre le colonialisme l’ont été au son du roulér
C’est plus que jamais un combat permanent, car les forces contraires ont changé de forme et d’aspect mai ont tjrs le même but : par l’apport de nouvelles cultures, de contreculture il s’agit toujours de colonisation afin d’assoir une dominance culturelle et commerciale, nous transformant nous et les générations futures en consommateurs compulsifs dépossédés de toute capacité d’action tant symbolique que matérielle.

Je souhaiterais finir mon propos en parlant des forces contraires qui viennent non pas de l’extérieure mais bel et bien de l’intérieur
Je ne parle pas des postures individuelles pour ou contre tel ou tel sujet
Je vous parle de posture institutionnelle tenue par des réunionnais (j’aurais aimé ne pas citer la décision presque schizophrénique du recteur… Réunionnais… d’interdire l’utilisation de la langue… car il s’agit bel et bien d’une langue… réunionnaise… du créole dans les réunions institutionnelles……

Je vous parle des nouvelles socio-cultures qui de manière insidieuse fausse nos rapports et liens sociaux, transformés par les algorithme de face book et youtube.

Je vous parle du piége de l’entre soi qui guette tout acteur culturel qui l’éloignerait du projet de départ :

Vulgariser la culture la rendre accessible a tous afin de créer individuellement et collectivement les conditions d’une vie ou chaque réunionnais participe de manière éclairée à l’identité réunionnaise, au peuple réunionnais.