Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
4 septembre 2008

Rencontre hier en fin d’après-midi à un camion bar du Barachois, avec Davy Sicard. On vous parlera de l’album bientôt. Parce qu’il s’affirme comme un porteur de la voix réunionnaise à l’échelon national et international, “Témoignages” a profité de cet échange pour le questionner sur sa créolité, sa créolitude... sa rénionité.
De “Collège brother” à “Kabar”, on semble suivre une affirmation de ton coté créole, c’est une démarche volontaire et consciente ?
- Au départ, moin la rende amoin compte que chaque fois moin té i zoué un afèr en rapport èk La Réunion, la kréolité, le maloya, moin té san amoin bien. C’est un vibration, une force particulière.
Au fur et à mesure cette musique-là, ce maloya-là, cette créolité exprimée, moin la rendu amoin compte i permettait de véhiculer des messages forts, pas forcément tournés que vers La Réunion, mais adressés à d’autres contrées. Le créole pou moin, c’est une grande richesse.
Quel a été le déklik ?
- Na défoi dan la vi ou néna bann fotèy, na domoun va parl aou de soulié. Moin mi parl aou de fotèy... Néna lé tro o, néna lé tro ba, néna lé tro dir, néna lé tro mou, soi la poin d’dossier... I fo aou inn.
Avèk le jazz, moin la appri à tenir amoin, vocalement parlant. Kan moin la ariv dann fotèy maloya, té épouz amoin complètement. Té i laisse pa moin courbe le dos, té permé amoin drèss amoin é porte le regar o loin... loin à l’intérieur et avec les autres aussi. Quand moin la tonm su se fotèy là, té an 1995, lèr moin la ékri “Zistoir rénioné” (Collège Brothers).
Beaucoup plus tard navé r’n’b, soul, funk, je me suis frotté à tout ça. Moin noré pu prendre une place dans ce rayon-là, aussi petite soit-elle. Moin la réalisé que mi té sa pa aporte rien. Toutes les sensations moin la u avant la tourne amoin vers la tradition, le créole, la créolité.
Pourquoi le créole arrive-t-il plus tard ?
- J’avais une relation très légère avec la musique. Mon papa était musicien, moin té i shant en secret. Le fait d’oser chanter devant d’autres la été pou moin in vrai défi. J’étais terriblement timide. La musique, le chant la aide amoin à sortir de ma grotte. Les premières rencontres m’ont mené vers l’équipe Collège Brothers.
Où as-tu rencontré cette “créolitude” ?
- Si néna in détective dans la famille, sé moin : « Koman lété avan ? Koman té fé si, koman té fé sa... Rakont amoin ». Mi èm bien zistoir rénioné, zafèr i fé pèr. Mon bann tant té rakont amoin zistoir bébèt lontan.
Kan le morso “Zistoir Rénioné” la sorti : moin la u tout dan la tèt. Moin la zamé zoué roulèr, kayanm, zamé shant maloya, mi té shant pa an kréol. Kan moin la tonm si morso-la, la fraz bann roulèr, tout lété la. Nou té Granboi, moin té doi pran le kar pou retourn répété lo dimans. Moin lavé poin rien pou noté. Moin la ariv le répèt, moin la oubli le morso. Moin té triste, moin lavé le santiman perde in afèr présié, le bann parol lété là moin té rapél pi di tou la mélodi. Epi la larni. Plus tard, j’ai eu un dictaphone.
Mais le chemin est lent, en 1996, j’ai écrit “Gran pèr si mon zépol” et je ne l’ai chanté qu’en 2006 quand je suis sorti du soul funk et que moin la tourne amoin vers mon tradition. Moin la santi sété lèr pou moin de parler des racines.
Mi chemine tranquillement, mi ésèy de dirige amoin vers quelque chose. Mi veut reste dans un chemin ou tout lé klèr. Sat lé anou lé anou. Sat lé anou nou i pé partaz avèk d’autres. Mé lé difficile de partager quelque chose que lé pa aou complètement. Mi déboise un maximum avec les armes que moin néna. Nout tout, nou lé dans un grand champ qui demande à être occupé.
Comment fais-tu pour approfondir ta connaissance de la créolité ?
- Kan moin la fé mon bann premié zékri, moin la ékri avan même d’intéresse amoin à l’histoire de La Réunion. Ensuite moin la lu “Chasseur de noirs”, moin la été frapé, akoz té rakont beaucoup de choses ke mi santé, moin té peu retrouve in bout de sat mi ékrivé. La u quelques ouvrages comme ça. C’est des gens, des témoignages, des discussions avec des personnes comme Danyèl Waro et d’autres comme Serge Sinimalé...
Depuis 2000, mi réfléchi à une graphie. Moin lavé établi mon propre code, é an lizan, moin la vu lété déjà partagé par d’autres personnes qui travaillaient véritablement à ça, à l’écriture. Mi port mon réfléksion é mi ésèy avansé.
C’est quoi un artiste créole ?
- Etre un artiste créole au sens large du terme, c’est mettre en valeur, promouvoir la culture créole sous toutes ses formes. Moin noré anvi ke nou lé plus soudé, que nou lé réuni autour de la créolité, vraiment, et que nous œuvre vraiment dans ce sens-là. Nou lé des artistes éparpillés, chacun i ésèy fé dans son art, mais globalement, na poin assez d’évènements qui amènent à une certaine unité. Mi aimerait que néna plus de solidarité entre nous. Nous noré plus de force, plus de portée, et nous échangeré encore plus avec les autres.
D’où vient la division ?
- Est-ce que nou néna réellement conscience que nous peu réunir anou davantage ? Il faut un événement à La Réunion qui mette en valeur le travail des artistes. Il faut une mise en valeur de notre travail. Nou la poin linprésion de pouvoir rassemble anou.
Kan ou lé dann somin, ou kroiz in moun, ramas domoun i fé stop lé dangereux. Si ou rekoné pa li, ou arèt pa, ou trace. Si ou rekoné la persone, ou arèt é ou amène ali in bout somin, si ce n’est à destination. Nou lé solidaire à partir du moment ou nou rekoné la personne. En ce point, les Antillais lé plus avancé, motivés par l’unité.
C’est quoi ton combat ?
- Mon rôle, c’est d’essayer de promouvoir la musique réunionnaise. Maintenant, moin mi fé pa maloya traditionnel, mi fé un maloya qui pourrait qualifier kabosé. Mi aimerais le kréol réunionnais li dobout. Moin la anvi ke li dobout, pas seulement physiquement, ke lu debout dans son ouverture d’esprit, davantage que ce que lu fé. Ankor plis. Plis nou va assume complètement ce que nou lé, plus nou sera en mesure de partager avec les autres. Difficile de partager quand on ne se maîtrise pas, la générosité lé là, mais la maîtrise n’est pas là. Mi fé des textes qui amènent une certaine réflexion, avec un certain travail mélodique de la musique : pour montrer que La Réunion, nou lé kapab d’échanger entre nous, oui, mais avec n’importe quel pays dans le monde aussi... parce que nous existe, en fait.
Na domoun i di : « Ou sant an kréol. Kisa i sa konprann aou ? Mié vo sant an fransé ». Non, pas du tout.
Entretien Francky Lauret
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