La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Ouverture de l’observatoire des tortues marines à Saint-Leu
28 août 2006

La ferme Corail n’est plus, vive Kélonia (le nom vient de chelonia qui signifie tortue en latin), le centre d’étude et de découverte des tortues marines. La structure est gérée par le Conseil Régional. Grâce à Thierry Lauret, médiateur scientifique, Marinette Chelonia Mydas (tortue verte en latin), la doyenne des lieux, nous a accordé une interview.
Confortablement installé entre la plage et la route nationale 1 à l’entrée Nord de Saint-Leu, Kélonia, l’observatoire des tortues marines, fait face aux surfeurs du légendaire spot saint-leusien. Marinette Chelonia Mydas (tortue verte en latin), doyenne des lieux à 27 ans, règne paisiblement sur une population de 62 tortues (63 avec elle) représentant 3 espèces, les tortues vertes (chelonia mydas), les caouannes (caretta caretta) et les tortues caret (eretmochelys imbricata).
En ce début de matinée un peu couvert, elle dérive paresseusement dans le grand bassin situé à l’entrée de son royaume. Les ailes multicolores des parapentes survolant le site avant d’atterrir sur le sable ne lui font pas lever les yeux. Depuis 27 ans qu’elle assiste à ce spectacle, elle a eu le temps de s’y habituer.
Dans son bassin, elle cohabite en bonne intelligence avec une dizaine de ses sujets. Les autres sont hébergés dans d’autres bassins. Elle semble voler entre deux eaux. Elle remonte de temps en temps à la surface pour respirer. Elle n’a pas besoin de le faire très souvent. Comme tous ses congénères, elle peut rester de longues heures sans respirer. "Vous savez tout cela n’est que le fruit de notre évolution", note modestement Marinette. "Pour une raison qui reste à ce jour un mystérieux secret de famille, il y a de cela 110 millions d’années, mon grand aïeul Archelon (nom scientifique de la première tortue marine - ndlr) a décidé de se jeter à l’eau. Il n’en est plus sorti. Au fil du temps, notre organisme s’est modifié pour mieux s’adapter à la vie marine", raconte Marinette. Elle ajoute : "c’est grâce à ces évolutions génétiques que nous avons pu survivre jusqu’à présent".
Ce qui n’a pas été sans mal. Car les tortues marines et notamment la tortue verte, ont bien failli disparaître de la surface du globe. Cela malgré tous leurs efforts pour s’accrocher à la vie. À chaque cycle de reproduction, les femelles pondent entre 100 et 200 œufs.
La ponte est laborieuse, épuisante parfois mortelle.
Sort funeste
Les mères sortent de l’eau, creusent un trou de 70 à 80 centimètres de profondeur, pondent et rebouchent le trou. À bout de forces, elles doivent ensuite rejoindre l’océan. Perturbées par une lumière ou un obstacle, certaines mères n’y arriveront jamais. Après avoir donné la vie, elles mourront sur le sable des plages des îles éparses, de Mayotte ou d’ailleurs.
Après 45 à 90 jours d’incubation, les petites tortues sortiront des coquilles, se rassembleront et entameront leur montée à l’air libre. Pesant à peine 25 grammes et mesurant 4,5 centimètres, les bébés vont tenter de se mettre à l’eau. Les quelques mètres de parcours leur seront souvent fatals. "J’ai lutté pour éviter les becs acérés des frégates ou des pies qui voyaient en moi un bon repas pour leur oisillon. J’ai aussi dû échapper aux pinces des crabes fantômes et des bernard-l’hermite. J’ai pu atteindre l’océan, mais des dizaines de mes frères et sœurs n’ont pas pu le faire", se souvient Marinette. Les bébés sont 1 sur 1.000 à survivre au parcours. Une fois dans l’eau, ils ne sont pas sauvés pour autant. Les requins, les murènes, les carangues et les barracudas adorent ce type d’encas.
"Pourtant ce ne sont pas ces prédateurs naturels, mais les hommes qui ont menacé notre espèce. En détruisant notre habitat naturel, nos lieux de ponte, en nous dévorant en soupe ou en rôti, brisant nos carapaces pour en faire des bijoux, ils nous ont presque exterminés", relate Marinette. Sans haine ni amertume, elle laisse ces sentiments aux humains.
Pourtant elle-même a failli connaître un sort funeste. Toute jeune, elle a été capturée au large des îles éparses à la fin des années 70. Conduite à La Réunion, elle a été placée à la ferme Corail, l’ancêtre de Kélonia. Son sort s’est joué sur le fil du rasoir. À l’époque la ferme élevait des tortues à des fins commerciales en l’occurrence de l’artisanat et de la gastronomie. Autant dire que Marinette n’est pas passée loin de la casserole. Fort heureusement pour elle, son espèce a été répertoriée dans la Convention de Washington portant sur la protection des animaux en voie de disparition.
La France a ratifié cette convention. Marinette était sauvée. En 1989, le conseil régional devient propriétaire du site. Au milieu des années 90, la ferme Corail est reconvertie en centre d’étude de découvertes des tortues marines.
Depuis, Marinette vit paisiblement.
Marinette veut donner la vie
Marinette est très heureuse de la modernisation du centre. "Les bassins sont plus grands. Le plus spacieux contient 480 m3 d’eau. Une surface totale de 1.500 m3 nous est réservé", note Marinette. Elle ajoute, "nous avons une unité de soins pour les plus fatigués d’entre nous, des soigneurs et des vétérinaires s’occupent de nous. Des scientifiques viennent nous étudier et puis il y a les visiteurs et surtout les enfants". Elle aime bien leur compagnie. Elle vient souvent les voir en bord de bassin, elle plonge aussi pour les regarder à travers la paroi transparente de la cuve - ce qui donne l’impression saisissante de nager avec les tortues. Marinette pose pour les photos en grande star, l’air un peu détaché.
Et la reine des lieux a un secret espoir. Le centre est doté d’un bassin de reproduction et une plage propice à la ponte est reconstituée à sa proximité. Alors Marinette se prend parfois à rêver de donner la vie. En toute sécurité. Ses petits pourront rejoindre l’eau sans avoir affaire à leurs prédateurs naturels. Ils seront ensuite relâchés pour repeupler la zone autour de l’île.
Juste revanche pour Marinette et son espèce.
Au début il y eut Corail
La Ferme Corail a été créée en 1977. Il s’agissait d’élever en captivité à des fins commerciales des tortues vertes capturées dans les îles éparses. La ferme ouvre au public en 1985. La Région Réunion devient propriétaire du site en 1989. La gestion de la structure était assurée par une SARL, la Société Bourbonnaise d’Aquaculture (S.B.A) qui élevait les tortues et commercialisait les produits de cet élevage (artisanat de l’écaille, spécialités gastronomiques).
La ratification par la France de la Convention de Washington a posé la question de la reconversion de la ferme. À la suite d’une mission d’expertise de la filière, mandatée par le Ministère de l’Environnement, et d’une étude de faisabilité menée par l’IFREMER, le projet de reconversion de la ferme Corail en un Centre d’Etude et de Découverte des Tortues Marines est adopté par la Région.
L’abattage des tortues est bien strictement interdit. Les artisans travaillent sur le stock d’écaille constitué avant l’interdiction d’abattage.
Découvrir, protéger, développer
L’action de Kélonia est basée sur deux grands axes. Une première série d’activités est liée à la découverte et à la pédagogie avec la présentation au public des tortues autour de trois thématiques. À savoir, "la découverte des tortues marines" où les tortues sont présentées dans leur environnement naturel. "Les tortues et les Hommes" ou rôle économique, écologique, culturel et symbolique des tortues ; "Le développement durable" ou comment concilier la préservation de l’environnement et le développement des sociétés humaines.
La seconde partie des activités porte sur la recherche, l’étude, les programmes et les expérimentations menés par des scientifiques. Il s’agit ainsi de suivre les populations de tortues de mer dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien. La reproduction en bassin clos et la réhabilitation de plages de ponte à La Réunion sont également étudiées. La troisième thématique porte sur l’activité de coopération régionale et internationale.
Kélonia pratique
Kélonia est ouvert 7 jours sur 7 de 9 heures à 18 heures. Des visites guidées ont lieu tous les jours à 10 heures, 11 heures 30, 14 heures, 15 heures 15 et 16 heures 30.
Le tarif d’entrée est fixé à 7 euros et 5 euros
Imaz Press Réunion
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