11ème anniversaire de la disparition d’Alain Peters

Kosa la fé Alain ?

13 juillet 2006

Onze ans déjà que le maître nous quittait, oublié du monde, bien que révolutionnant la musique réunionnaise. Alain Peters, tu nous manques. Quand bien même nous entendons chaque jour ta ’voix’, certains disent que c’est trop tard...

12 juillet 1995. Dernier coup d’œil sur la Chaussée royale à Saint-Paul, un homme trépasse. Son histoire reste pour autant vivace dans l’esprit des Réunionnais, du moins ceux qui l’ont côtoyé, de loin ou de près. Grimacerie sous le bras, takamba près de l’oreille, le coup de sec à tout heure, une bonne gueule d’artiste perdu en son île, Alain Peters c’est beaucoup plus que cela. Poète sensible, subtile et pourtant usant de paraboles simples, efficaces, son "Mangé po le cœur" nous laisse en nous un goût de “pas assez”.
Heureusement que la collection du Pôle Régional des Musiques Actuelles (PRMA) lui consacre une place de choix, et les mélomanes réunionnais les plus passionnés gardent précieusement vinyles et cassettes du musicien-poète. D’autres le connaissent aussi grâce à l’hommage rendu par les dalons d’Alain, entre autres Danyèl Waro, Loy Errlich, René Lacaille, Joël Gonthier, Tikok Vellaye ; ou encore, par le film réalisé par ANAA Productions, qui retrace “approximativement” la vie de ce génie réunionnais.
Peters occupait la scène depuis très jeune. On le sait à la guitare aux côtés de Jules Arlanda pour ses premières notes majeures. Il formera plus tard ce qui allait devenir des groupes mythiques (Pop décadence, Satisfaction, Caméléons, Carrousel). Les anciens gardent encore l’image d’un Réunionnais troublant par son mode vestimentaire, sa manière de rouler les mots, sa musique pétersienne. D’autres ne voient en lui qu’un videur de bouteille à l’esprit vif et créateur, débauché par des pratiques “zamalitisques”. Peters est quasiment devenu une légende pour quelques jeunes créateurs, amoureux de son verbe et de ses mélodies.

Pas de reconnaissance !

Petite note de découragement. Dommage que l’artiste réunionnais n’ait pas été davantage publié, même avec le soutien sans faille d’Alain Gili, fondateur de l’Association Des Écrivains de La Réunion (ADER). Mais il est toujours facile de critiquer, surtout quand la personne concernée est un certain Alain Peters. Tout le monde a fait selon son pouvoir, ses capacités. Rien n’y fera. Penché pour l’alcool, Peters dévalera de plus en plus la pente, presque comme un parcours initiatique, un choix de la déchéance. Il laisse derrière lui une œuvre considérable, disséminée entre famille, institution et "kamarad kamaron". Pour lui, il faudrait un musée. Alors, comment ne pas s’étonner que pour le dixième anniversaire de sa disparition, personne - je dis bien “personne” - n’ait célébré l’artiste de manière officielle.
David Guyomard et Babou B’Jalah ont cependant réunis une quinzaine d’artistes, dont Bastèr, Tikok Vellaye et Bernard Brancard, à l’ancien Escobar. Plus de trois cents personnes ont assisté au concert. Au Port, une initiative - toujours privée - lui rendait hommage au théâtre sous les arbres. Sinon, rien de plus, alors même que certains politiques chargés de la culture promettaient de lui rendre un vibrant hommage. Alors, cette année, un livre ? un nouveau CD ? Un titre ?
"Oté Alain, fé pa in kont. Kontinié fé viv mizik-là. An mèm tan, pass inn min Marco Polo po moin. Di ali li mank anou, konm aou Alain", mi di.

Patrick Julie


Samedi 15 juillet à 20 heures au Théâtre Sous les Arbres (Le Port), un spectacle proposé par Daniel Pader rendra hommage à Alain Peters.


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Témoignages - 82e année


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