“Lavé ïn foi...” Ziskakan et lantouraz pintad : les 26 et 27 octobre au TPA de Saint-Gilles

« Kréolité, sé in lésanz »

12 octobre 2007

Ziskakan se produira les 26 et 27 octobre au TPA (Théâtre en plein air) de Saint-Gilles. Six musiciens pour deux heures de concert en acoustique et de belles rencontres à la clé, sur scène et autour de la scène. On retrouve un Gilbert Pounia fédérateur qui profite de la Semaine Internationale Créole pour faire partager au public ses coups de cœur. Pour offrir un espace d’expression aux jeunes artistes du CEM de Sainte-Suzanne, qui assureront sa première partie, mais aussi à des conteurs, slameurs, à des associations. In gran partaz koméla : sa mèm la kréolité.

Si la route du Littoral le permet, les deux concerts organisés dans le cadre de la Semaine Internationale Créole devraient drainer un large public. Vous pouvez dès à présent réserver vos places à l’ODC (0262.41.93.00 ; www.odcreunion.com) et dans les points de vente agréés.
(photo SL)

« Toulézour, nou viv an kréol, nou kré lo plis de solidarité posib. Kréol, sé inn vré dinamik », défend le leader de Ziskakan qui, carte blanche de l’ODC en poche, a souhaité marqué cette Semaine Internationale Créole du sceau de la solidarité en fédérant autour de ces deux concerts des énergies familières qui, chacune à leur façon, avec leurs outils, leurs idées, leurs volontés, agissent pour avancer, faire avancer La Réunion, portent un message. Une démarche nouvelle pour le groupe qui fêtera bientôt ses 30 ans.

Une communication tambour battant

Deux concerts particuliers, donc promotionnés de façon tout aussi singulière. Gilbert Pounia, attaché à son quartier de Bois Blanc, désireux de mettre en l’air les sudistes, a fait appel à 6 jeunes du coin pour assurer la communication grand public de la manifestation. « Plutôt que d’encombrer les murs avec des affiches, l’idée est d’aller à la rencontre du public, de revenir plus à des "Avis à la population", avec tambour, flyers, de créer une autre dynamique », explique Gilbert. Sébastien voit dans cette mission l’opportunité de gagner un peu d’argent, sans lequel il ne peut selon lui vivre pleinement sa passion : la musique. Cette idée originale soufflée par Gérard Clara, percussionniste de Ziskakan, lui ouvre aussi de nouvelles perspectives. « Pourquoi ne pas faire une micro-entreprise ? », envisage-t-il déjà, pensant à développer ce nouveau mode de communication sur l’île, qui conjugue modernité et tradition. « Sé in pé in zarboutan, explique-t-il. Avan, domoune i alé dann somin koma pou anons mariaz, pou mèt lanbians. Riskap, na in nafèr pou kréé ». Alors, ne vous étonnez pas si vous voyez un homme sandwich débouler la rue à vélo, les affiches de Ziskakan au vent, ou si vous tombez nez à nez, à la croisée du chemin, avec une joyeuse troupe qui entonne ses chansons sur des roulements de tambour : ce ne sont pas des fanatiques de l’artiste, des hystériques, mais bien des héleurs qui vous apportent la nouvelle, passent le mot. Et le mot, ou plutôt les mots seront à l’honneur lors de ces deux concerts. Attendu dès 18 heures, le public sera accueilli au TPA par des porteurs de mots, par la relève de la tradition orale.

Faire tourner le mot

Une dizaine de jeunes conteurs, qui ont suivi en juin le stage “Rakontèr zistoir” animé par Annie Grondin, Daniel Honoré et Sully Andoche, mettront leurs nouveaux acquis en pratique, tenteront de capter l’attention du public pour distiller des histoires d’ici et d’ailleurs. Cette invitation est l’opportunité pour Shanel Huet de pérenniser la tradition orale. « Na pu otan d’moune i rakont zistoir kom dann tan, remarque-t-elle. Mi ve ramèn sa, pa solman pou ti marmay, mé osi pou zadilt.Tout domoune i èm zistoir ». Shanel, comme Beurty Dubar, autre conteur, ne sont pas vraiment des novices en la matière. Ils participent régulièrement aux soirées contes organisées par l’association Kozé Conté à Château-Morange. « Tout le monde cherche la parole, l’échange, estime Beurty. C’est ça le conte, et il apporte du bien. Nous sommes en quelque sorte des passeurs de mots ».
Autres mots, autre énergie, l’association saint-pierroise Slamlakour sera aussi de la partie. Son but : développer la scène slam, au-delà du Sud, sur l’ensemble de l’île, pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de prendre la parole librement, en français, en créole, qu’importe, et ainsi favoriser la découverte de nouveaux talents. Fonnkèr, conte, slam, pour Philippe, membre de l’association, la base est la même : la parole, l’expression. Même envie, même combat. « Il faut dire. On a tous des choses à dire », soutient Fabien, assuré par le succès que remportent les ateliers slam auprès de jeunes illettrés. Le “flow” coulera donc sur le TPA, porté par une dizaine d’adeptes du haut débit. Ils sillonneront les allées, investiront les gradins, iront à la rencontre du public « pour surprendre, étonner, accrocher l’écoute », promet Philippe.

« Kréolité, sé in lésanz »

Sûr que le public bèkera aux gourmandises préparées par l’association “Pêcheur Golèt” de Grand Bois, qui offrira à déguster des ravages manioc, douceurs traditionnelles préparées par une quinzaine de bénévoles. La tradition et le patrimoine sont les fers de lance de cette association qui multiplie depuis 1993 les initiatives pour dynamiser son quartier, impliquer les habitants autour de projets en lien avec la pérennisation de la pêche traditionnelle, la protection du milieu marin, l’éducation et la promotion du vélo comme moyen de transport et de loisir, etc... Intarissable, Magalie Pajany présente le travail de l’association avec passion et engagement. Selon elle, « la kréolité sé in léritaz, sé la tradision tout bann pèp la nu La Rényon. I fo pa nou oubli nout istoir. I fo rogard in pasé lé douléré pou oir kèl fors i donn anou, pou avans ansanm, mèt ansanm ». Magalie aura finalement parfaitement résumé l’intention de la manifestation. « Bann kartié na bezoin d’kozé, soutiendra alors Gilbert Pounia. Kréolité, sé in lésanz ». Et l’échange passe aussi par la solidarité. Partenaire de RIVE depuis plusieurs années, Ziskakan reversera 1 euro sur chaque billet pour aider l’association à franchir une passe financière difficile, due aux baisses de subventions dont pâtit l’ensemble des structures associatives. RIVE tiendra un stand d’information qu’elle partagera avec le Groupement des Intervenants en Soins Palliatifs du GHSR, autre connaissance de Gilbert, dont l’action visant à offrir la dignité aux personnes atteintes de maladies incurables encore mal connue mérite davantage de communication. Charly Lesquelin, peintre renommé, sera cette fois encore aux côtés de Ziskakan et proposera de réaliser une œuvre en live, performance nouvelle pour l’artiste.

Enfin, il y aura le concert bien sûr. Deux heures de Ziskakan, d’hier à aujourd’hui, 6 musiciens en pure acoustique, sur une scène parée de plantes endémiques. Un cadre et une forme épurés, un retour aux sources qui contenteront à coup sûr les amoureux du groupe bientôt trentenaire, dont les textes - écrits par les zarlor du créole des années 70 à nos jours (Axel Gauvin, Alain Armand, Bernard Payet, Gilette Valiamé-Staudacher...)- et le goûté indocéaniques ont su porter haut les couleurs de la créolité, de l’identité et de la vie réunionnaises. Ziskakan est d’ailleurs nominé aux Césaire de la musique, décernés le 22 octobre, au titre de meilleur groupe de l’année parmi les artistes de l’Outre-mer et de l’Afrique francophone, aux côtés de Bamboolaz (Martinique), Quartier Latin (Côte d’Ivoire) et T-Vice (Haiti).

Stéphanie Longeras


Les enfants du CEM en première partie

« Une chance pour nous de pouvoir prouver... »

La première partie de Ziskakan mérite, sans conteste, une attention particulière. Elle sera assurée par 11 jeunes du Centre d’Education Motrice (CEM) de Sainte-Suzanne que Gilbert Pounia côtoie depuis près de 1 an. Un lever de rideau comme un lever de voile sur le handicap qui constitue certes une différence, mais avant tout une richesse, car il ne prive ses porteurs ni de cœur, ni de talent, ni d’élan. De belles émotions en perspectives.

« Lé tèks lé supèr, i donn frison »

Présents mercredi à la conférence de presse, Jean-Christophe, Cloé, Joan, écrivains et chanteurs, mais aussi le benjamin, Idriss, 12 ans, l’un des 5 danseurs de la petite troupe qui proposera, avec Emeline, ergothérapeute au CEM, Aurélie, psychomotricienne, et Marika, artothérapeute, un spectacle chanté et dansé inattendu. Car danser quand on est cloué à un fauteuil roulant, c’est possible. C’est Eric Languet, chorégraphe de la Compagnie Danse en l’R, qui a initié des ateliers pour les enfants handicapés et le personnel soignant. C’est par ce biais qu’Emeline a découvert la danse intégrée, nouvelle approche de la discipline basée sur l’expérimentation et l’exploration de soi, personnes valides et handicapées ensemble. « La danse intégré, c’est une découverte aussi bien pour les adultes valides que pour les enfants, explique Emeline. Nous avons gardé des stages avec la Compagnie Danse en l’R des bases, puis on y a rajouté notre sauce, car tout n’était pas forcément adapté aux enfants qui ont des difficultés de mobilité, de concentration, d’attention. Un simple déplacement en ligne est très difficile pour eux, mais une formidable source de satisfaction quand ils y parviennent ». A côté des danseurs, des moringueurs évolueront sur scène, alors que les enfants déclameront leurs textes, fruit de leur seule créativité mise en musique par l’équipe pluridisciplinaire du CEM, toute investie dans le projet. « Lé tèks lé supèr, i donn frison, commente Gilbert. C’est énorme car ils expriment ici ce qu’ils ne peuvent pas dire habituellement ».

« La culture leur ouvre des perspectives nouvelles »

Le CEM de Sainte-Suzanne, structure de l’ASFA (Association Saint-François d’Assise) développe tout une série d’ateliers basés sur l’éveil et l’exploration des sens. Quand, en juin, il a décidé de mettre en place un atelier d’écriture, les sceptiques étaient nombreux. Pourtant, Joan, Jean-Christophe et les autres démontreront au public du TPA que leurs potentialités vont bien au-delà de ce que l’on pourrait imaginer. « Ils n’observent et ne parlent plus avec leur tête, mais avec leur cœur », commentera le président du CEM, présent à la conférence de presse. « On ne parle pas au nom des enfants. Leur offrir comme le fait Gilbert un espace d’expression, c’est porter un regard différent sur eux, leur permettre de se projeter. La culture est un réel support pour avancer. Elle leur ouvre des perspectives nouvelles ». Les jeunes présents nous ont offert un aperçu de leur talent. Ecrit par Joan, 16 ans, le texte “La vie, c’est comme ça” porté par plusieurs voix a figé l’assistance. Troublant de vérité. « Y’a des blancs, des bruns, des roux et y’a nous (...). On me dit, c’est comme ça ». Il faudra être présent au concert pour découvrir le ségé-maloya “Batay Coq”, écrit par Jean-Christophe, 15 ans, très fier du résultat final, ou encore attendre l’édition du CD qui compile tous les titres que les enfants sont en train d’enregistrer.

« Tout est possible »

« Ça nous apporte beaucoup de choses, nous aide à avancer et à pouvoir continuer, confie Cloé, 15 ans, s’agissant de l’atelier d’écriture, et du spectacle qui en découle. Je suis contente, et c’est un honneur pour nous de pouvoir chanter avec Gilbert ». « C’est pas facile, poursuit Joan. Beaucoup d’artistes pensent que l’on est capable de rien faire. C’est une chance pour nous de pouvoir prouver le contraire ». Le directeur du CEM, qui souligne que l’équipe n’a touché à aucun moment les textes des élèves, même pas une virgule, souhaiterait que leur talent d’écriture soit reconnu, que cet espace d’expression qui leur est offert permette à tous de porter un autre regard sur leur handicap. Qu’ils soient considérés comme des auteurs, des artistes à part entière. Ce serait effectivement le grand souhait de Joan. « Mon rêve, c’est d’être un rappeur, confie-t-il à cœur ouvert. Si on se donne tous les moyens, qu’on travaille dur, pourquoi pas ? » Oui, pourquoi pas. « Tout est possible » pour Cloé qui, d’un large sourire peint en rouge, laisse s’envoler toutes nos réticences, nos découragements de valides, nous aide à relativiser bien des choses.

SL


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Témoignages - 82e année


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