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“Rakonstaz” : la transmission de l’héritage oral
11 juillet 2007

Pour la 3ème année consécutive, du 23 au 26 juillet, l’UDIR organise un stage de formation de conteur animé par Anny Grondin, Sully Andoche et Daniel Honoré. L’intérêt grandissant suscité par cette initiative démontre la résurgence de la fonction d’animation sociale et culturelle dévolue au conte populaire réunionnais.
Dann tan lontan, les contes populaires se disaient dans les familles à la veillée, parfois même en prison. Inspirés des traditions africaines, malgaches, européennes et nourris des différents apports culturels de La Réunion, les contes ont longtemps nourri l’imaginaire collectif jusqu’à faire partie intégrante du patrimoine local.
« Le conte retrouve sa place dans la société réunionnaise »
À la fin des années 70, alors que leur transmission et leur diffusion semblaient s’essouffler, des écrivains comme Boris Gamelya, Axel Gauvin, Daniel Honoré et des conteurs parmi lesquels Anny Grondin, Anne Cheynet ont activement contribué à la transmission littéraire et orale des contes populaires créoles, recueillis sur le terrain. Ce sont aujourd’hui encore les mêmes porteurs de flambeau de cette belle et riche tradition orale qui œuvrent avec passion pour faire connaître ce patrimoine.
« Aujourd’hui, la manière de raconter a changé, explique Daniel Honoré. Les lieux, les moments sont différents, mais on s’adapte à la situation ». Le “rakontèr zistoir” ne se limite plus au cercle familial mais intervient effectivement pour un large public de jeunes et de moins jeunes, avides des péripéties du célèbre Ti Jean qui sait toujours, non sans malice, jouer des tours à Grand Diable, des contes d’animaux ponctués entre autres des aventures du lièvre et de la tortue, ou encore des histoires merveilleuses et romanesques issues des provinces françaises et adaptées au contexte local.
Daniel Honoré ne peut que se réjouir d’un tel engouement, avouant même être surpris du succès du stage de formation de conteur. « Nous sommes très étonnés du nombre de personnes de plus en plus intéressées par le conte qui retrouve sa place dans la société réunionnaise, confie-t-il. Ce ne sera pas dans les mêmes conditions qu’avant, mais il faut saisir les occasions pour transmettre cette tradition orale ». Théoriquement limités à 20 inscrits, les organisateurs de Rakonstaz ont cette année accepté, exceptionnellement, 4 personnes supplémentaires, « pour faire plaisir ». Ces 5 jours de formation sont ouverts à tous, avec néanmoins une priorité pour les personnes travaillant dans l’animation. Pour répondre à la forte demande du corps enseignant, le Rectorat a sollicité la mise en place d’un autre stage qui, en septembre, lui sera exclusivement réservé. Un pas positif pour les élèves de l’Académie.
Soirée de clôture au Conseil régional
Daniel Honoré nous en dit un peu plus sur le programme du stage qui compte au total 35 heures de formation. Travail de la voix, du regard, de la gestuelle : nos conteurs reconnus s’attacheront à transmettre les acquis techniques de base que le rakontèr zistoir doit maîtriser pour faire corps avec l’histoire. Car, comme le précise Daniel Honoré, « ou rakont pa in zistoir, an prinsip, ou viv listoir ». Pour parvenir à capter l’attention du public, et surtout à la conserver, les stagiaires apprendront à gérer les oublis de texte, le bruit extérieur, à maîtriser « tout sat i pèrmèt rakontèr zistoir èt propriétèr son listoir é fé partaz aèl ». Enfin, la formation s’intéressera à la culture réunionnaise dann tan lontan, aux conditions qui prévalaient au récit mais aussi, de façon plus large, aux objets, au mode de vie, aux savoir-faire, à tout ce qui a attrait à La Réunion des anciens.
Après l’Afrique, l’Inde, “Rakontsaz” sera cette année sous le signe de Madagascar, avec l’intervention en début de stage d’une conteuse malgache, Vololona, accompagnée de son musicien Zamba, qui proposeront aux stagiaires de découvrir un conte musical malgache. Cette rencontre sera aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur les ressorts de la tradition orale de la Grande Ile qui a fortement marqué celle de La Réunion. Les deux invités malgaches donneront ensuite différentes représentations dans des médiathèques avant de rejoindre, le 27 juillet au soir (le dernier jour de formation), les stagiaires qui clôtureront leur formation par une séance de rakontaz zistoir au Conseil régional. Oeuvrant en faveur de la transmission du patrimoine immatériel local, la collectivité régionale est un partenaire clé de ce stage, aux côtés de la DRAC et du Conseil général.
Stéphanie Longeras
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