Kunta Kinté lé encor là

1er juillet 2008

Hier matin, une délégation s’est rendue au cimetière paysager du Port pour un hommage à Lucet Langenier, mais aussi à Laurent Vergès. Retour ensuite à Sainte-Suzanne pour dévoiler les trois panneaux du Bocage Lucet Langenier. L’hommage s’est achevé avec les témoignages des militants et amis, qui ont connu cet homme d’exception. Maurice Gironcel, aujourd’hui maire de Sainte-Suzanne, ancien premier-adjoint de Lucet Langenier, a exprimé une fois de plus son amitié, son attachement au « camarade Lucet », et à poursuivre l’engagement politique pour le développement (durable) du Beau Pays. Voici les mots qu’il a prononcés.

« Il n’y pas de devoir sans droit, disait notre camarade Lucet, il pensait à toutes ces batailles qu’il fallait mener pour conquérir la liberté et l’égalité.
Et aujourd’hui, c’est aussi de notre devoir à nous de lui rendre hommage, de rendre hommage à ceux qui ont eu la générosité de consacrer leur vie à l’amélioration de notre quotidien.
A Sainte-Suzanne, nous adhérons totalement à toutes ces manifestations qui se sont déroulées dernièrement aux quatre coins de l’île :

- Rassemblement en hommage à Léon de Lépervenche au Port

- Kabar et concert à la mémoire de Laurent Vergès au Port et à Saint-Louis

- Le film évènement à la mémoire de Raymond Vergès intitulé “Le nom du père”
- Et plus récemment à Sainte-Marie, les Journées de l’aviation dédiées à Roland Garros, grand aviateur réunionnais qu’on assimilait à tort à un tennisman.
Il s’agit, à travers la célébration de ces personnalités, de laisser en héritage à nos futures générations notre histoire, « savoir d’où l’on vient pour savoir où aller ».
Pour beaucoup d’entre nous, nos ancêtres lé pa Gaulois, ils sont Africains, Indiens, Chinois, Malgaches, notre peuple est un peuple banian, nos racines sont multiples, et c’était aussi le combat de Lucet, un combat pour la reconnaissance et le respect de notre identité réunionnaise.
Cet hommage, hier soir, à travers un Kabar fonnkèr avec les artistes de notre île, vise aussi à perpétuer la lutte pour le droit et le rayonnement de notre culture, la devise qu’Aimé Césaire attribuait très justement, à nous, Français d’Outre-mer : Liberté, égalité, fraternité et identité.
C’est dans cet esprit qu’une des premières actions de notre camarade Lucet était de réparer une injustice, en érigeant dès le début de sa mandature une stèle à la mémoire de cet esclave de génie : Edmond Albius, une façon de rappeler que la connaissance n’a pas de couleur.

Le parcours de Lucet est mémorable : en 1973, après avoir mis en ballottage l’ancien maire Georges Repiquet, Lucet Langenier confirmait son score en remportant en 1979 les élections cantonales.
Dans une commune marquée par l’esclavage et le colonialisme, où régnaient les grands propriétaires, cette victoire est historique. Ainsi, le dimanche 9 mars 1980, Lucet Langenier renverse le poids de l’Histoire et devient maire de Sainte-Suzanne : « Kunta Kinté la rivé ».
Lucet était un homme populaire et très attaché à son pays. Notre camarade se battait au sein du Parti Communiste Réunionnais contre les injustices, les discriminations sociales et raciales. Il rencontrera, d’ailleurs, Nelson Mandela dès sa sortie de prison, un évènement capital pour le dirigeant politique qu’il était.

Avec l’équipe municipale, Lucet Langenier engage un programme de développement pour parer à l’urgence d’une population démunie.
La mise en chantier de la commune débute donc avec des travaux pour l’alimentation en eau potable, des travaux d’électrification rurale, la création de programmes de logements sociaux. Des équipements publics sont créés : écoles, mairies annexes, les stades et les cases. Et une politique d’animation en faveur de la jeunesse se met en place, il conduira nos jeunes à prendre en main leur destin en créant l’Organe Démocratique de la Jeunesse Réunionnaise (ODJR). (...)

L’engagement politique de Lucet pour la commune de Sainte-Suzanne et pour La Réunion a permis de poser les premiers jalons de l’intercommunalité, notamment avec la création du SIVOMR, et aujourd’hui, toutes les communes sont dans une structure intercommunale.
Artiste de la politique, Lucet a su mobiliser pour renvoyer dans ses buts l’administration préfectorale qui n’a pas réussi à l’empêcher d’être élu et réélu, alors que sa candidature était refusée.(...)

Mes chers amis, camarades ici présents, y a-t-il un hasard dans la vie ? En tous cas, 28 ans après, cette année, jour pour jour, ce dimanche 9 mars 2008, comme ce dimanche 9 mars 1980, Sainte-Suzanne confirme son choix de développement pour être ce que Lucet voulait et écrivait dans le bulletin municipal : faire de Sainte-Suzanne « une cité enviable a bien des égards », c’est mon vœux le plus chers disait-il.
Qu’il me soit donné l’honneur en tant que maire et militant communiste et progressiste de dédier la victoire des forces de progrès du dimanche 9 mars 2008 à mon ami, mon frère, Lucet Langenier. (...)


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Témoignages - 82e année


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