Culture

Kwela : une maison d’édition sud-africaine qui s’émancipe du passé

7 mars 2007

Serge Breysse est professeur de français à La Réunion. Néanmoins, il cultive des affinités électives avec la langue de Shakespeare dans de nombreux domaines. Ainsi est-il marié à une Américaine. En outre, il a vécu pendant 2 ans au Botswana où il donnait des cours à l’Alliance française de Gaborone. C’est là qu’il s’est intéressé de plus en plus à la littérature sud-africaine. Il a pu rencontrer la directrice d’une toute jeune maison d’édition appelée Kwela. Il a alors lu un, puis deux, puis toute une série d’ouvrages de cet éditeur. Il s’est rendu compte que la ligne éditoriale de Kwela n’était pas neutre. Il s’est alors demandé dans quelle mesure la fin de l’Apartheid et les premières élections démocratiques en 1994 pouvaient déboucher sur une nouvelle littérature sud-africaine. Pour ce faire, il s’est penché sur le cas spécifique de Kwela. Ayant accumulé une foule de renseignements, Serge Breysse s’est lancé dans l’écriture d’une thèse dont le titre précis est "Edition et roman : conditions et ressorts de l’innovation dans la nouvelle littérature de l’Afrique du Sud démocratique. Le cas de Kwela, Cape Town. 1994-2004".
Au cours de la soutenance de thèse qui s’est déroulée le 2 mars à Saint-Denis, il a tâché de dresser rapidement une synthèse de ses travaux. Il a rappelé que Kwela, créée en 1994, a une ligne éditoriale qui va dans le sens d’une "harmonie" avec la nouvelle nation sud-africaine, en mettant sur le devant de la scène les communautés jusque-là largement sous-représentées. Une rupture éditoriale se produit en 1999, avec la décision d’abandonner ses publications en langues africaines. Or, ces deux périodes coïncident avec les deux quinquennats : le premier, de Nelson Mandela (1994-1999) et le second, de Thabo Mbeki (1999-2004).
Il a notamment mis en évidence que la confrontation entre passé et présent devient explicite à partir de 1999, notamment par le biais de l’"oubli" de la période antérieure à 1960 dans la commission vérité et réconciliation, mise sur pied au cours du quinquennat de Mandela.
Enfin, pour conclure, il a indiqué qu’il souhaitait notamment poursuivre sa recherche sur les relations entre le fait national et le fait littéraire.

Un jury complètement acquis à l’importance des travaux du candidat

Comme d’habitude, ils étaient 5 dans le jury de thèse : Richard Samin, de l’Université de Nancy, Cecil Abrahams, Université de Syracuse à New York, Robert Griffith, de l’Université de la Savoie, Claude Féral, et Alain Geoffroy (Directeur de thèse), ces deux derniers étant à l’Université de La Réunion. Le dernier cité est notamment revenu sur la question de l’idiome employé par les artistes. En effet, la nouvelle Constitution de 1996 reconnaît les langues autres que l’afrikaans. Cependant, au lieu de favoriser les langues africaines, c’est l’anglais qui, au final, se trouve avantagé. Alain Geoffroy se demande : « Si l’on veut utiliser l’anglais en faisant en sorte qu’il exprime une certaine africanité, n’est-il pas plus facile de le faire dans une langue africaine ? ». Serge Breysse répond : « Kwela a déjà publié dans certaines langues africaines, mais les ventes ne décollent pas. La plupart des auteurs sud-africains continuent d’exprimer leur africanité à travers la langue anglaise. L’anglais continue de jouer ce lien vers le monde extérieur. En ce qui concerne l’idée de recolonisation par la pensée, je pense que cela ne joue pas pleinement dans le cas sud-africain. Cette recolonisation peut se faire par des formes littéraires importées : des auteurs sud-africains comme Mike Nicol ou Pamela Jooste que j’ai interrogés m’ont dit que, dans leur pays, les élèves et les étudiants entraient systématiquement en contact avec la langue anglaise par le biais d’auteurs anglo-saxons. Cela pose la question de l’enseignement de l’anglais dans le pays ».
Richard Samin intervient alors dans le débat. Il rappelle les propos de Coetzee, le Prix Nobel de littérature sud-africain, selon lesquels un des premiers problèmes posés par les arrivants a été de parler aux Africains. Ils ont essayé de parler une langue qui fasse corps avec le continent. La langue est subjectivité, mais aussi appropriation. Cela pose le problème de l’identité et de l’altérité. Selon Richard Samin, parler l’anglais ne pose pas de problèmes pour beaucoup d’auteurs. Nombre de ces derniers parviennent à "décoloniser l’anglais".
Malgré le fait qu’il soit enseignant à New York, Cecil Abrahams est Sud-africain. Il a souligné à quel point l’usage de la langue est important. Selon lui, un écrivain zoulou devrait écrire en zoulou, puis le traduire en anglais.
Claude Féral abonde en ce sens. Selon elle, « les idées et les représentations sont mieux exprimées dans la langue maternelle. Je suis devenue une militante de ce point de vue. Du coup, je me retrouve à militer pour la langue créole à La Réunion. La langue anglaise bénéficie d’une aura qui fait oublier à quel point elle a été un outil d’uniformisation, de domination etc... ».
Enfin, le Président du jury, Robert Griffiths, dit que la thèse est très impressionnante. Néanmoins, il aurait souhaité que l’auteur s’interroge sur la notion d’espace public cher à Jürgen Habermas. En effet, il aurait été intéressant de s’interroger sur les effets de la production de Kwela dans le milieu intellectuel sud-africain et, au-delà, de ses répercussions sur la société. Au final, Serge Breysse obtient les "félicitations du jury à l’uninamité", signe de l’excellence du travail accompli.

Matthieu Damian


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Messages

  • Bonjour,
    Mon manuscrit est une histoire qui se situe sur un cargot dont la ligne est L’ile Maurice ; la Réunion et Madagascar. Etes vous pret à le recevoir afin de l’éditer.
    Merci de me répondre. Ce roman est à la fois très romantique avec des rebondissements très enthousiasmes.

    Voici mon adresse :
    Jeannine LETULLE
    10, rue Nungesser et Coli
    95570 MOISSELLES France
    01 39 91 33 93


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