Festival international du film d’Afrique et des Iles, du 4 au 14 octobre, au Port

L’Afrique comme on la montre rarement, dans un foisonnement libre et exigeant

3 octobre 2007

L’édition 2007 du FIFAI, le Festival du Port dédié au cinéma d’Afrique et de ses diasporas insulaires, s’ouvre au public ce vendredi. Cette année encore, le programme est celui d’un festival « libre et exigeant », en dit Alain Gili, le Délégué général. Cette manifestation originale réunit sur 10 jours 74 films - de jeunesse, documentaires et fictions - et 11 invités remarquables dont une des figures de proue est cette année la réalisatrice antillaise Euzhan Palcy.

Le programme de ce nouveau FIFAI est, comme chaque année, une invitation au voyage et aux rencontres avec les courants créatifs les plus exigeants venus d’Afrique et de ses diasporas. La Ville du Port a fait imprimer 4.000 programmes : impossible de ne pas tomber, au détour d’un commerce ou d’un service public, sur ce petit carnet multicolore dont la couverture affiche la grande liberté des œuvres proposées, avec au dos une invitation à découvrir Euzhan Palcy et quelques-uns des films rares qu’elle vient présenter - “Siméon”, une comédie musicale tournée avec Kassav, et son documentaire en trois parties sur Aimé Césaire. Sans oublier “Ruby’s bridge”, tourné dans les studios Disney et racontant l’histoire de la première femme noire admise dans une école publique aux Etats-Unis.

Derrière la brève annonce de chaque projection, une histoire singulière et collective est à découvrir. Vendredi soir, cela commence avec “Bal la poussière”, un documentaire de 26 minutes réalisé par 3 étudiants de l’ILOI - ils seront présents -, et “Rumba River”, un documentaire long-métrage (83 minutes, Suisse/R.D Congo) de Jacques Sarasin, sur le personnage de Wendo Kolossoy, batelier du fleuve Congo et figure de patriarche, considéré comme le père de la rumba zaïroise. Et ce n’est que la soirée d’ouverture au public d’une manifestation qui va présenter 10 à 14 films par jour, chaque film étant présenté 2 fois pendant la durée du Festival.
Ses organisateurs ont tenté de donner hier, dans l’arrière-cour du cinéma Casino, au Port, un aperçu du foisonnement auquel tout le public - et pas seulement le public portois - est convié.

La dimension internationale du FIFAI est un de ses meilleurs atouts. « Le Festival du Port est maintenant attendu par quantité de professionnels africains qui, pour certains, nous envoient leurs films ou nous les font parvenir. Et nous sommes en contact régulier avec le FESPACO (Ouagadougou), le Festival de Durban et maintenant celui du Mozambique, depuis deux ans. Avec Madagascar aussi, où le Centre Albert Camus a lancé un Festival du Court, dont un des lauréats 2007 est invité ici », résume Nicol M’Couezou, Directeur de Village Titan, associé à l’organisation par la Ville du Port.
Marie-Paul Fanchin, adjointe au maire, souligne la tradition cinématographique cultivée au Port, « ville de l’image » dès l’origine. « Le Port est né en 1895, année des premières projections des films muets des frères Lumière. Elle est, à La Réunion, la “ville de l’image” par excellence et elle est restée fidèle à cette tradition tout au long de son histoire », a dit la conseillère municipale, en rappelant les premières projections de cinéma en plein air, à l’époque du cinéma muet, sur la place du Grand Marché et les créations successives - Village Titan, l’ILOI, Pipangaï, la 3D, le Carrefour de l’image... - qui ont maintenu la ville à la hauteur de sa réputation.

Alain Gili, Délégué général du Festival, anime l’activité cinématographique au Port depuis plus de 20 ans. Il est le premier artisan de cette construction collective à laquelle Ahmed Saïd Ouma, chargé de production, apporte la vigueur d’un jeune passionné de cinéma, engagé comme script sur le tournage des “Mariés de l’isle Bourbon”.
« Il n’y a pas que le cinéma dans ce Festival - intervient Alain Gili - il y a aussi la vie des réalisateurs, la culture des pays du Sud... Tout un état de liens créatifs qui nous attachent aux créateurs de la région et du Sud. C’est toute une effervescence liée à la fois à des institutions et à quelques personnalités d’“allumés”, de vrais fous du cinéma... ».

Dans un paysage cinématographique appauvri par le développement des multiplex, le FIFAI portois apporte d’autres images. « Ce n’est pas un Festival “ethnique”, ni black (même s’il contient aussi cela) ; c’est un Festival d’Afrique et des îles... C’est un thème mondial, qui parle des diasporas dans un sens et dans l’autre », ajoute le Délégué général.
« Nous travaillons pour la diversité culturelle, de façon concrète et solidaire », complète Nicol M’Couézou, selon qui ce Festival « n’a que des moments forts ! ». Le public pourra y découvrir de nombreux inédits et 4 Premières mondiales, ainsi que 11 invités venus des Caraïbes, d’Afrique et de Madagascar.

La richesse et la diversité du programme restent à découvrir. Depuis le 4 septembre, des projections Jeunesse ont commencé à la médiathèque du Port et au lycée de Vue-Belle.
Avant même l’ouverture officielle, la journée de jeudi est une journée “Jeunesse” avec 4 films au cinéma Casino - dont “Zoubête, lo fim” à 18h30 - mais aussi, dès 8h30, le film de l’Algérien Ahmed Zir, “Cessez-le feu” (15 minutes), suivi du long-métrage (80 minutes) de fiction, “Viva Cuba”, de Juan Carlos Cremata et, l’après-midi, “Le grand blanc de Lambaréné” du Camerounais Bassek Bah Khobio (94 minutes).

Il ne faut pas manquer, ce même jour à La Rivière des Galets (ou le samedi 6 sur la place du marché, la projection en plein air de “Made in Jamaïca”, de Jérôme Laperrousaz, un documentaire flamboyant de 110 minutes sur la musique jamaïcaine d’hier et d’aujourd’hui, reggae et raga face à leur histoire.

La plupart des projections auront lieu au Casino et au Hangar (derrière la mairie) et quelquefois en plein air. La salle du Hangar n’offrant que 70 places, il est recommandé de s’y prendre à l’avance, les réservations pouvant se faire avec Oté biyé !

Le Festival prendra fin le dimanche 14 octobre avec des séances gratuites au Casino, le matin, et une clôture magnifique, à partir de 18h30, en compagnie de Balufu Bakupa Kanyinda, cinéaste, écrivain et poète, considéré comme l’un des plus talentueux réalisateurs africains. Il nous vient de Kinshasa (via Bruxelles) pour présenter “Juju Factory”, un long-métrage de fiction (97 minutes) évoquant les rapports des Africains en exil avec le pouvoir, dans une vision très personnelle du cinéma décolonisé. Comme chaque année, 3 Prix seront attribués à ceux des meilleurs parmi les quelque 17 films mis en compétition dans les catégories Jeunesse, Documentaire et Fiction.
Mais il n’y a pas que les films en compétition à découvrir : le Festival accueille une grande diversité de supports, des courts et longs-métrages vidéo, des films d’animation en vidéo et des films en 35 mm de toutes natures, dont plusieurs inédits à La Réunion.

P. David


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