Hommage à Péters au Sakifo

L’air du parabolèr

8 août 2007

Alain était là, acclamé par près de mille spectateurs, si ce n’est plus. D’un répertoire « lantouraz pintad », les meilleurs tontons : Loy Erhlich, Bernard Brancard, Mascotte, René Lacaille, Joël Gonthier, Tikok Vellaye, et Danyèl Waro. Le riz chauffé du Sakifo 2007 restera dans les mémoires pour de longues années encore.

De gauche à droite : Joël Gonthier, Loy Erhlich, Danyèl Waro, Tikok
Vellaye, René Lacaille, Bernard Brancard et Mascotte.
(Photo BBJ)

Il aurait fallu que tous ceux qui se rendaient aux kabar hommage à Alain Péters soient là, parmi nous. C’était tout simplement superbe. Mais je dois avouer qu’il manquait un off au festival fait à Alain Péters, ce grand poète. Il manquait des fonnkézèr. Là, il n’y avait que Danyèl Waro, qui s’exprimait devant un public réconcilié, revendiquant même, en chantant, une affiliation si longtemps rejetée. Le riz chauffé croûtait. Les cuisiniers dansaient, comme les journalistes d’ailleurs. Nous dans la fosse de Danyèl. « Le maloya en sic ». Alain devait danser du feu de dieu. D’ici, on y sentait son esprit. « Le ron fra èk détroi dalon » donnaient le La, d’une sonorité authentique. Le rein roulait d’aplomb.
Pourtant le réveil se voulait dur, difficile. Pour un concert donné en retard. « Riz chauffé maigrement servi » chauffe Henri-Claude Moutou, sous l’œil attentif du peintre-poète, Pierre Hoarau. Pour tout ce beau monde, « bord la mizèr si bor kanal ». Nourrissez-vous de la parole chantée, d’un poète si merveilleusement réclamé. Tous, on l’a aimé ce kabar, donné par les dalon du Parabolèr, qui invitait à lire entre les lignes. Péters a ses heures de mystère, que certains gardent pour précieux.

Une fine équipe de zwar ...

À voir l’enthousiasme des programmateurs, il était dit que cette prestation se placerait au zénith du festival, la consécration du Sakifo, l’ultime concert, d’autant qu’il était gratuit, comme il était prévisible que le prince prenne le prix, son laurier de pierre signé Eric Pongérard. Bref ! passons les familiarités. Mais bon ! N’allez pas dire que nous décrions cet événement. Tous les tontons étaient là, vous dis-je. René, plus qu’égal à lui-même, était chez lui, dans sa kour. Et puis quel plaisir de revoir Mascotte, presque perdu de vue. Lors du festival, il faisait même partie du jury du prix Alain Péters. Là, un sachet à la main, il chantait les tubes pétersiens sur la scène Massalé. À ses côtés, Bernard Brancard est à la batterie. Bigoun lui n’est plus, mais a dû sérieusement apprécier les baguettes de son dalon batteur. Joël Gonthier, tantôt assis derrière ses congas, tantôt installé confortablement sur le roulèr, donne un rythme appuyé.
Le public est en communion. Il n’y a pas un endroit où personne ne danse. On voit alors passer, avec surprise, une jeune journaliste d’un canard national, tout simplement en larmes, longuement émue par ses complaintes. Elle découvrait presque la dévotion des Réunionnais pour un artiste maudit. Et comment non ? Loy Erhlich, avec ses takamba nous ramène directement au temps de Camaléon, Carroussel, le bon temps quoi. Danyèl waro est au chant, avec son kayanm “acrobatique”. Tikok assure toujours « Romance po un zézère », à faire fondre bien des cœurs. Le répertoire de Péters est chanté au complet, pas seulement par la fine équipe de zwar, mais aussi le public, qui chantera tout le long du kabar. Alain n’est pas sorti de notre mémoire. En réécoutant ses compositions, ses textes et ceux de Jean Albany, on oublierait qu’il nous a quittés voilà 12 ans.

À quand une autre tournée Parabolèr ?

La scène Massalé n’avait pas connu aussi bon public depuis sa création. Ils étaient venus profiter de cet événement, et en redemandaient encore. Trois rappels, ce n’est pas rien. Un moment, il fallait bien que le kabar prenne fin. Mais il restait comme un goût de “pas assez”. « Mèt ankor, la p’asé », entend-on crier dans le public. Sur un coin de la scène, attendent patiemment Firmin Viry lui-même et ses musiciens venus d’Inde. Ils doivent effectuer leur balance pour leur concert inédit. Mais, pour l’heure, le public se consacre entièrement à la star du moment, Alain Péters. Bumcello est présent sur scène avec son violoncelle, et s’avoue fasciné par la qualité musicale de Péters, même s’il ne comprend pas toute la nuance des poèmes de l’artiste disparu.
Aujourd’hui, connu à travers le monde, Péters méritait d’avoir son prix, tout comme il méritait cet hommage de grande qualité. Espérons qu’un jour, La Réunion lui accorde toute son importance. N’est-il pas celui qui a révolutionné la musique réunionnaise ? Entre temps, on lance l’invitation aux musiciens de Parabolèr. Réjouissez-nous d’une autre tournée Parabolèr à La Réunion. Nous n’attendons que cela.

Babou B’Jalah


À propos du prix Alain Péters

Qui l’eut cru ? Mais “Témoignages” ne s’était pas trompé, quant à celui qui allait décrocher le prix Alain Péters. Dès notre édition de samedi, nous avancions le nom de Sami Pageaux-Waro, dit Lô Griyo, qui remporte en effet sa première distinction pour sa formation trio, avec l’époustouflant Luc Joly aux instruments à vent, et Yann Costa aux machines. Un trio original qui avait conquis la scène du massalé, en assurant la première partie de Jim Fortuné et Tibleu. Lô Griyo fait une belle pirouette à Jaboticaba, peut-être un peu trop sûr de la victoire. Disons que des talents, tels Jozéfynn, que l’on retrouve d’ailleurs dans la formation Tibleu, méritaient tout autant de décrocher la takamba magique. D’une clé de sol, Jozéfynn l’aurait pris s’il était le digne fils de Rwa Kaf. Mais bon ! Alors écoutez maintenant : Lô Griyo sera nommé pour représenter La Réunion au Printemps de Bourges 2008. Tout le monde nous croit.

J. T.


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