L’art marronne

24 avril 2007

Connaissez-vous l’art marron, ce mouvement artistique qui se réclame de la révolte, de la libération ? Au détour d’une rue, dans un square oublié, sur un pan de mur presque en ruine, dans notre nature luxuriante, ou tout simplement sur le net, avez-vous remarqué ses œuvres de la liberté ?

Si tu ne peux pas aller vers l’art, que l’art vienne vers toi. C’est un peu le mot d’ordre de l’art marron, qui se développe à La Réunion grâce à l’initiative de trois artistes locaux, et suivi d’ailleurs par d’autres créateurs. Xavier, plus connu sous le diminutif de Xav, Frédéric alias Cimendef, ou Guillaume dit Yomgui, ont ouvert la voie sur nos terres, suivis par le kolèltif AléAA..., Huguette Ah Nième, Hélène Coré et tant d’autres à découvrir à travers le monde d’ailleurs.
L’art marron s’expose ainsi dans la rue, investit les espaces publics, fleurit dans les coins et recoins de notre île et de la planète. En somme, il s’agit d’un formidable élan de démocratisation de l’art auprès de la population réunionnaise, des humains. Il est vrai que les yeux les plus avertis se sont déjà posés sur les œuvres in situ de Jace avec ses célèbres Gouzou, ou ceux de Tupic. Hors des sites officiels d’exposition, des beaux salons drapés, l’art marron exprime une sensation ressentie par l’artiste « dans ses rêves, ses désirs et dans la quête de liberté des hommes et des femmes qu’il rencontre. L’œuvre Marron, libérée de l’atelier, leur est restituée » lit-on avec intérêt sur le site officiel des artistes marroneurs. Rendez-vous sur le site www.art-marron.com pour découvrir les œuvres.

L’art ou le vote « utile »

L’art marron appelle au questionnement de l’observateur. Il interpelle, interroge, facilite la communication. L’art a son rôle à jouer et notamment en cette période d’élection. Récemment l’art marron s’invitait en politique. En témoignent les 41 heures de résistance, projet qui exhibait le spectre de 2002, pour ne pas connaître le même chaos. Il est vrai qu’au final on peut s’interroger sur sa réelle efficacité, sa pertinence. Les artistes ont contribué au débat à leur manière, et peut-être même appelé à un vote « utile » pour stopper les candidats de la honte. Certes, Le Pen n’est pas passé, mais reste Sarkozy. « Ça n’a pas changé grand-chose, il faut l’avouer, même si La Réunion a sauvé l’honneur, en votant massivement pour Ségolène Royal » confie Sophy Rotbard, qui a participé à cet élan citoyen. Déçue ? Non, au contraire. Les artistes ont réussi leur programme, en démocratisant l’art contemporain, cela en dehors des murs des galeries huppées. Il accompagne les humains vers plus de conscience. En tout cas, les artistes l’ont bien compris : créer c’est résister, résister c’est créer. Alors on ne devrait pas voir mourir de sitôt les arts à La Réunion. On crée d’un rien.

Babou B’Jalah


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