L’ONU plaide pour une démarche du type Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise à l’échelle mondiale

L’éducation, clef de voûte de l’“Alliance des Civilisations”

28 février 2006

’Nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer les perspectives des autres populations dans le monde. Notre sécurité économique dépend des personnes avec qui nous n’avons jamais été en contact’, affirme un membre du Comité onusien des sages de l’“Alliance des civilisations”, après la flambée de violences provoquée par la publication des caricatures du prophète Mahomet.

"Il nous faut arriver au stade où les différentes sociétés possèdent un certain degré de compréhension des inquiétudes et des injustices et même des sensibilités des autres sociétés dans le monde", a déclaré Shamil Idriss, directeur adjoint du Bureau de l’Alliance des civilisations, au cours d’un entretien réalisé hier avec le Centre des nouvelles de l’ONU.
"Ce degré de responsabilité et de complexité fait aujourd’hui très peur. Comment savoir tout ce qui pourrait provoquer de la violence chez les autres. Cela paraît être insurmontable, mais il nous faut pourtant y arriver. Il nous faut trouver les chemins qui nous permettront d’apprendre dès le plus jeune âge les différentes perspectives mondiales", a affirmé le directeur.
"Ce que je trouve très compliqué dans cette affaire c’est d’essayer d’expliquer aux gens les perceptions des différentes communautés. D’un côté il y a la liberté de la presse. Mais il y a aussi la responsabilité qui va avec. En tout cas, rien ne peut justifier cette violence qui n’est pas la solution", a souligné Shamil Idriss.
"Le seul moyen que j’aie trouvé pour expliquer cette controverse à mes amis américains est de comparer les caricatures à des tabous américains. Brûler des croix provoque des réactions viscérales parce que cela fait référence à l’esclavage et aux lynchages des Noirs américains. Si l’on s’en servait, “cela provoquerait un tollé parmi la population noire américaine”. Ce qui est tabou dans le monde musulman, c’est premièrement, la représentation du prophète Mahomet et deuxièmement, sa représentation dans une forme aussi violente".

Un problème d’éducation

"Avant même de commencer à penser comment régler ce problème, il faut aider les gens à comprendre d’où vient cette réaction viscérale. Quel impact peuvent avoir ces caricatures sur certaines populations. Après seulement, on peut se demander comment répondre à ce problème. C’est donc d’abord un problème d’éducation", a-t-il estimé.
"Qu’est-ce qui aurait pu être fait au cours des trois mois qui se sont écoulés entre la publication et le début des violences ? Qu’est-ce qui aurait pu être fait différemment au niveau politique, au niveau religieux et au niveau de la société civile pour prévenir ces violences ? Qu’est-ce qui aurait pu être fait avant même la publication de ces dessins ? Peut-être que l’éditeur aurait lui-même pensé que ce n’était pas une bonne idée", a-t-il expliqué.

L’exigence d’actions concrètes

Le Groupe de haut niveau sur l’Alliance des civilisations, établi par le Secrétaire général le 14 juillet dernier, devra remettre avant la fin de l’année un plan d’action pour combattre les divisions entre les cultures, notamment entre le monde musulman et l’occident, qui menacent de manière potentielle la paix dans le monde.
Le Comité des sages formulera des recommandations concrètes à l’intention non seulement des décideurs politiques et des leaders religieux mais aussi des Nations Unies et de la société civile.
"Nous travaillons actuellement sur quatre grandes questions : engagement de la jeunesse, l’impact des médias et comment les médias pourraient avoir un impact plus constructif, l’intégration des immigrés et la réforme de l’éducation", a indiqué Shamil Idriss.
Coprésidé par l’ancien directeur général de l’UNESCO, l’Espagnol Frederico Mayor, et un ministre et professeur de théologie turc, Mehmet Aydin, le Groupe de haut niveau sur l’Alliance des civilisations a tenu sa première réunion de travail en novembre dernier à Majorque en Espagne.


Alliance des Civilisations

Pour un dialogue interculturel

L’idée d’Alliance des civilisations, soutenue par la Turquie et le Qatar, a été lancée à l’ONU par le Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero. L’Alliance a créé un "groupe de haut niveau" d’une vingtaine de membres, dont l’ex-président iranien Mohammad Khatami, l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, l’ex-archevêque sud-africain, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984, et l’épouse de l’émir du Qatar, cheikha Mozah.
Le groupe, qui tiendra encore deux réunions après Doha, doit tenter de présenter des mesures concrètes pour un dialogue interculturel, à soumettre à l’automne à l’ONU et d’autres organisations internationales.
Au cours de la rencontre de l’Alliance des Civilisations à Doha, au Qatar, les participants, secrétaire général de l’ONU en tête, ont exhorté ce dimanche à la retenue et au dialogue pour calmer les tensions nées de l’affaire des caricatures du prophète Mahomet.

Construire des ponts
entre l’Orient et l’Occident

Le secrétaire général de l’ONU a appelé les personnalités influentes dans le monde à s’opposer à l’extrémisme et à construire des ponts entre l’Orient et l’Occident par des actes et non par des paroles. "Les nobles idées ne sont pas suffisantes à elles seules (...). Nous avons besoin de (...) propositions spécifiques et concrètes sur les moyens de faire avancer le dialogue, de manière à atteindre l’imagination populaire", a dit Kofi Annan.
Dans un communiqué conjoint Kofi Annan, les dirigeants de la Ligue arabe, de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et les chefs de la diplomatie du Qatar, d’Espagne et de Turquie déclarent "Nous renouvelons notre appel à la retenue et à l’arrêt immédiat de l’atmosphère actuelle, qui risque de semer une profonde discorde entre communautés, sociétés et pays".
"Nous regrettons profondément l’offense infligée par les caricatures, ainsi que les morts et les dégâts matériels dans plusieurs pays. Nous exhortons tout le monde à résister à la provocation, à la réaction excessive et à la violence, et à se tourner vers le dialogue", poursuit le texte.
Les passions déclenchées par la crise des caricatures viennent clairement montrer "le besoin aigu d’un effort engagé de la communauté internationale", a ajouté Kofi Annan.
Les "circonstances actuelles exigent de nous beaucoup de dialogue en profondeur, pour que nous puissions mieux nous comprendre", a déclaré pour sa part le Premier ministre du Qatar, Cheikh Abdullah Bin Khalifa al-Thanir.


o Moutons : deux cas de tremblante atypique en France
Le laboratoire de référence de l’Union européenne au Royaume-Uni a été saisi pour analyser des prélèvements obtenus sur deux moutons atteints en France d’une Encéphalopathie spongiforme transmissible (EST), a annoncé dimanche le ministère de l’Agriculture.
"Une souche présentant un profil différent de celui communément observé en cas de tremblante" a été isolée sur les cerveaux des deux moutons par le laboratoire national de référence pour les EST de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, précise le ministère dans un communiqué.
Le prélèvement et les données ont été communiqués, "comme le prévoit la réglementation communautaire, au laboratoire communautaire de référence de Weybridge au Royaume Uni, et la Commission européenne en a été informée". Selon le communiqué, les premières analyses complémentaires "nécessiteront un délai de plusieurs jours et des résultats définitifs pourront être obtenus au bout d’une année de tests biologiques".
Les ministre chargés de la santé, de l’agriculture et de la consommation ont demandé à l’AFSSA une "évaluation du dispositif actuel de gestion des risques liés aux encéphalopathies spongiformes transmissibles chez les ovins".

o Mexique : les 65 mineurs bloqués considérés comme morts
Les 65 mineurs bloqués depuis presque une semaine dans une mine à 300 mètres de profondeur dans le Nord du Mexique sont morts, le niveau de gaz toxique dans la mine étant trop élevé pour que quiconque puisse avoir survécu, a annoncé samedi la société exploitant le site, Grupo Mexico SA.
Les responsables gouvernementaux et les scientifiques avaient déjà jugé que les espoirs étaient minces de retrouver des survivants. Javier Garcia, un porte-parole du groupe minier, a expliqué samedi qu’une nouvelle analyse de l’air présente dans la mine a montré qu’il était bien trop toxique pour qu’on puisse y survivre.
Vendredi, les opérations de recherche avaient été suspendues pour trois jours, le niveau de toxicité de la mine étant trop dangereux pour les équipes de secours.
Le drame avait eu lieu dimanche dernier, à Sabinas, dans l’État de Coahuila, à 135 kilomètres au Sud de la frontière américaine lorsqu’un coup de grisou a provoqué l’effondrement de la mine Pasta de Conchos. L’explosion avait fait 12 blessés, bloquant sous terre 65 autres mineurs.


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