La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Sakifo
5 août 2006

Ilene Barnes
Sa musique c’est sa voix
Ilene Barnes a prévenu lors de sa conférence de presse qu’elle a horreur d’être enfermée dans un style musical "car la musique ne peut être cloisonnée". Son concert d’hier soir au Plato a été fidèle à ses convictions. Avec sa guitare et sa voix envoûtante, musique à part entière, la chanteuse américaine a mélangé blues et jazz, soul et folk avec parfois même une pointe rap. Conquis dès le premier instant, le public en a redemandé.
Les spectateurs ont rapidement compris. Ilene Barnes était à peine arrivée sur scène que le public, jusqu’alors assis, s’est mis debout et s’est rapproché du podium. "Je vais commencer par une chanson d’une grande dame qui nous a quittée il y a 2 ans", annonce la chanteuse avant de lancer les premières notes de "i wish to be free" ("je souhaite être libre"), l’un des plus grands succès de Nina Simone.
Pas vraiment étonnant, Nina Simone a été celle sans qui Ilene Barnes ne serait peut-être pas chanteuse. "C’est elle qui m’a appris à accepter ma voix de contre alto", a noté la jeune femme lors de sa conférence de presse. Comme son mentor, l’artiste parle dans ses textes de liberté, de paix, d’amour, de respect de l’autre. "Je me suis rendue compte que l’on a souvent peur de la réussite ou de l’échec, de l’amour ou de la solitude, de la vie ou de la mort. La peur est le plus vieux moyen de contrôle du monde et la peur est revenue à la mode", regrette-t-elle dans l’un de ses textes.
Ses paroles sont fortes, sa voix est prenante. Elle est seule sur scène avec son guitariste et pourtant elle occupe tout l’espace. Elle est la première grande et bonne surprise du Sakifo. On en redemande déjà.
Beat Assaillant
Le mariage du hip-hop, du jazz et du rap
Tout commence en 2001. Le rappeur américain Beat Assaillant, B.A., rencontre Maxime, alias Danny Wild, producteur et cofondateur du label Twin Fizz Records. "Lui venait avec sa musique informelle teintée de la culture urbaine américaine et de hip-hop. Moi j’arrivais avec mes influences parisiennes et mes sons jazz. La mayonnaise a pris", note Danny Wild.
Le groupe a déjà un album à son actif et le second devrait être dans les bacs à la fin de l’année.
En tournée depuis mars dernier - "en décembre prochain, nous aurons bouclé 50 dates", indique Danny Wild, Beat Assaillant sera sur la scène du Chapito samedi 5 août à partir de 19 heures 30. "À Paris où nous sommes le plus connu, le public marche à fond. Les concerts se font dans une ambiance d’enfer. Lorsque les gens nous connaissent moins, ils commencent par nous écouter et ensuite ils marchent pas mal avec nous", remarque Danny Wild en souhaitant qu’il en soit de même à La Réunion.
À voir ce soir à partir de 19 heures 30 au Chapito.
Spleen
"Je privilégie l’artistique"
Spleen préfère l’artistique à la gloire. Il connaît La Réunion et le Sakifo musik. En 2004, lors de la première édition du festival, avec Heez Bus, son groupe de l’époque, il avait assuré la première partie d’Asian Dub Foundation.
Pour avoir présenté un spectacle "allégé", en 2004, lors de la première édition du Sakifo, Asian Dub Foundation avait été vertement critiqué par la presse et le public. Par contre, Heez Bus qui assurait la première partie avait été ovationné. Le rappeur français Spleen faisait alors partie de ce groupe. Il se souvient encore du succès alors enregistré, et même s’il a quitté Heez Bus, il espère que le public lui réservera le même accueil ce soir au Chapito.
Spleen a déjà "sorti" un album. Le prochain est prévu pour mars-avril 2007. "Je vais profiter de ma tournée aux États-Unis avec le groupe Cocorosie pour lancer l’album", explique-t-il. C’est que l’artiste a plusieurs cordes à son arc. Outre sa carrière solo, il se produit avec les Américains de Cocorosie et fait aussi du théâtre. Pas toujours facile à gérer.
Il y a quelques mois, il a décidé de ne pas participer aux Trans-musicales de Rennes. "Arriver à décrocher une invitation pour cette manifestation relève souvent de l’exploit. J’aurais pu y aller et peut-être être sacré révélation du festival. J’ai préféré ne pas y aller parce que je devais jouer une pièce de théâtre à la même date. Dans le milieu, beaucoup de gens m’ont dit que j’étais fou de refuser les Trans-musicales. Tant pis, j’ai fait ce que j’avais envie de faire", commente le jeune chanteur.
Parlant ensuite de l’évolution du rap et notamment de ses formes les plus "dures", le crunk par exemple, Spleen remarque que "la violence contenue dans ces textes vient forcément de la misère et du mal être de leurs auteurs. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, il y a une réelle frontière entre les Noirs et les Blancs et plus globalement entre les pauvres et les riches. Là-bas, lorsque l’on est pauvre, l’on est vraiment exclu de tout. C’est de cette frustration qu’est né le crunk". Il estime que cela n’est peut-être pas une mauvaise chose. "Partout dans le monde, en Afrique, aux États-Unis ou ailleurs, l’expression de la rage et de la violence contenues dans les frustrations surgit souvent sur une création artistique très riche, très pointue et finalement positive".
Celui qui dit ne pas faire de la musique "pour la gloire" parce qu’il "privilégie l’artistique" se produira ce samedi 5 août à partir de 18 heures au Chapito.
Menwar au Massalé
"Sa mèm mon poésie
De timidement enjouée au début, l’ambiance s’est nettement réchauffée en fin de concert au Massalé hier après-midi. Toutes dreadlocks déployées, le Mauricien Menwar a su mettre le public de son côté en lui chantant "Sa mèm mon poésie"
Menwar et La Réunion se connaissaient bien. Le rastaman mauricien s’est déjà produit à plusieurs reprises sur diverses scènes de l’île. Hier après-midi sur la scène gratuite du Massalé, il a eu le redoutable privilège d’être le deuxième artiste à se produire (le groupe réunionnais Rouge reggae a ouvert le bal). Alors, comme bien souvent en début de festival, le public a d’abord été timide.
Il s’est réchauffé au fil des morceaux, et lorsque Menwar a déclamé : "moin lé né koté Port Louis dann kazibi. Pou moin lé zoli. Sa mèm mon poésie", le public a achevé de se réveiller. Aux rythmes d’un séga mauricien "pur et dur", les spectateurs ont chanté et même dansé pour certains d’entre eux.
Le reste n’était plus qu’une "formalité" pour Menwar. Il a été longuement applaudi lorsqu’il a dénoncé dans 2 morceaux l’occupation des Chagos par l’armée américaine et le bannissement des Chagossiens de leurs îles natales. Comme à l’accoutumée, avec ses 6 musiciens, il a mêlé avec un réel bonheur les accents du séga mauricien traditionnel aux sons du reggae et parfois du jazz.
Markousov en concert au Plato
Rock’n Roll attitude
Un bon vieux standard rock, il n’y a rien de tel pour mettre en bouche un public un peu timide. Markousov l’a compris, et c’est donc par un bon vieux rock qu’il a lancé son concert hier soir sur la scène du Plato. Pendant près d’une heure, le groupe a "déménagé grave".
On les attendait sur des airs des jazz, ils ont fait du rock et puis du blues, du blues et puis du rock. Des bons vieux rock qui "déchirent" créés par Jimmy Hendricks ou Nat King Cole, et du blues graves à souhait. En quelques minutes, Markousov a recréé au Plato une ambiance de cabaret américain dans les années 50 - 60.
Souvent mises en valeur par le saxophone de Jah Pinpin, invité à l’occasion par le groupe, les chansons se sont enchaînées sur un rythme endiablé.
Le public est pourtant resté assez sage. À l’exception des 40 - 50 ans à qui les morceaux distillés sur scène ont sans doute rappelé bien des souvenirs.
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