Un film qu’on aimerait voir...’KWASSA-KWASSA CREUSE’

L’Histoire se répète-t-elle ?

4 juin 2008

Depuis la rentrée scolaire de 1997, le lycée professionnel d’Aubusson dans la Creuse, accueille un contingent annuel d’une trentaine de Mahorais, habitants de la petite île de Mayotte, possession française de l’Océan Indien arrachée au reste de l’archipel comorien lors du référendum pour l’accession à l’indépendance de 1975.

À l’heure de la remise en cause du "droit du sol" et autres discours politico-médiatiques aux relents ouvertement xénophobes, ce film donne la parole à des jeunes noirs, "français de nationalité", parachutés à des milliers de kilomètres de chez eux pour étudier dans une région en crise où les écoles ferment. À travers le récit de ces Mahorais de la Creuse affrontant leurs destins personnels, c’est aussi l’histoire coloniale occultée et refoulée que nous redécouvrons, une histoire de manipulations et de divisions artificielles qui attisent le racisme ici et là-bas et qui mène d’autres comoriens vers la mort, noyés lors de traversées sur des bateaux de fortune qu’on appelle les Kwassa-Kwasa.




Des poussières pathétiques de son empire colonial, tandis qu’un vent mauvais souffle de France métropolitaine sur les braises d’un passé décomposé que l’on voudrait à toute force revisiter, lifter de son horreur et de ses crimes, nous parvient encore, malgré tout, l’écho timide de quelques voix francophones du dehors. Des voix nègres...La légion peut bien sauter sur Kolwesi comme Bob Dénard sur l’archipel des Comores, c’est toute la fiction qui abandonne au seul cinéma dit du "réel" le soin de nous faire entendre, hors la littérature et les auteurs consacrés, la parole d’hommes et de femmes. Juste une approche frontale, fraternelle, respectueuse. Le souci de l’humain. De dire ces mahorais parachutés plein cadre, à des milliers de kilomètres de Mayotte, à Aubusson, au coeur révélateur de la rusticité creusoise, et qui ne veulent ni s’éterniser, ni faire tapisserie...Et, naturellement, plus de questions que de réponses. En creux, pour ainsi dire. En Creuse, sans doute, mais ailleurs aussi...



Jean-Pierre Le Nestour, Auteur du Manifeste pour une Poétique du Cinéma


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Témoignages - 82e année


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