L’Homme aux pigeons

29 décembre 2006

En allant à La Chasse aux Contes, nous avons rapporté des histoires en tout genres. Histoire fantastique, invraisemblable, touchante, vraie, simple, tragique, histoire triste ou histoire drôle, histoire à dormir debout, histoires merveilleuses, histoires de brigands, de fantômes, de fées, de sorcières...
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Tous les matins, au coin d’une ruelle, se tenait assis, sur un petit tabouret tout usé, un vieil homme habillé sans apprêt, qui tenait au creux de sa main quelques miettes de pain. D’un geste bienveillant, il jetait les miettes à ses pieds pour nourrir ses amis les pigeons, affamés comme chaque matin.

Le soleil s’était levé depuis quatre heures déjà sur la ruelle “Maurice”. Les habitants vaquaient à leurs occupations matinales : le nettoyage des cours. Ils voyaient passer le marchand de brèdes et le facteur toujours de bonne humeur ; les écoliers en uniforme courant en direction de la gare ; deux commères assises au pied d’un manguier observaient scrupuleusement les moindres faits et gestes de leurs voisins. Un homme fabriquait une barque devant son portail. Une journée comme une autre dans la ruelle “Maurice”.
Mais ce matin-là, le vieil homme ne parut pas. Où était-il passé ? Même les pigeons avaient disparu.

Ce matin-là, je décidais d’aller à sa recherche. Je poursuivis ma route jusqu’à sa case en tôle, modeste demeure construite à même le sol sur une terre poussiéreuse. Seul un coq dressé sur ses pattes veillait devant la porte du vieil homme.

« Qui cherches-tu ? », demanda le volatile.
Surprise, je lui répondis : - « Le vieil homme ! » Il se mit à rire et à sauter dans tous les sens.

« Mon maître est parti à l’aube pour un non retour, il est trop tard pour le retrouver ». Il me fixa de ses petits yeux rouges tout ronds, cruellement satisfait de sa réponse et finit par disparaître comme un nuage qui s’évapore dans l’air. Je décidais de poursuivre mes recherches.

Je marchais le long de la plage qui porte le joli nom de “Blue Bay”. Le lagon était calme, limpide et d’un bleu turquoise magnifique. Une brise caressait la surface de l’eau, laissant apparaître des empreintes éphémères. Une lueur jaillit alors du fond de l’eau, découvrant une jeune fille à la peau argentée et à la chevelure blanche incrustée de petites pierres précieuses.
Elle s’adressa à moi avec ses grands yeux bleus scintillant d’étoiles.

« Chercherais-tu notre vieil ami ? » J’acquiesçais, muette devant une telle beauté.
- « Qui es-tu, demandais-je enfin ».
- « Je suis la fée du lagon ».

- « Comment sais-tu que je le cherche ? »
Elle me répondit de sa voix sereine : - « C’est moi qui l’ai aidé à partir ».
Une grande inquiétude s’empara de moi. Etait-elle sincère ? Essayait-elle de m’induire en erreur ? Je m’interrogeais encore lorsqu’elle ajouta :
- « N’aie crainte. Le vieil homme est un roi là où il est ! » Elle me sourit pour me rassurer et me donna, en gage de sa bonne foi, une énorme perle de culture, brillant de mille feux. Elle me dit alors : « Si tu sais t’y prendre, tu pourras le voir dans la perle, mais en aucun cas tu ne pourras le rejoindre, car tel est son choix ».
La jolie fée du lagon disparut à ces mots comme une goutte de pluie fondue dans l’immensité de l’océan.
Je pris alors le précieux objet et me remémorais l’histoire de la lampe magique et de son génie. Je le caressais avec l’espoir que l’histoire puisse se répéter.
A ma grande joie, la perle devint translucide, me laissant voir comme par enchantement une image floue dont les contours se précisèrent peu à peu. J’aperçus enfin le vieil homme, vêtu noblement d’une parure dorée, coiffé d’une couronne scintillante et portant un sceptre d’or incrusté de diamants, de turquoises et de saphirs. Il était assis sur un trône beaucoup trop grand pour lui, que recouvrait une peau de bête. Probablement un ours ! Aux pieds du vieil homme, tous ses sujets le vénéraient en lui proposant des mets exotiques, colorés et certainement appétissants.
Je le sentis heureux, jovial et reconnaissant envers ses sujets qui l’avaient proclamé roi des pigeons dans une lointaine Galaxie, sur une planète où tous les habitants étaient des volatiles.
J’eus alors une grande compassion pour ce vieil homme. Satisfaite et heureuse de ma fabuleuse découverte, je décidais de rendre au lagon sa magnifique perle de culture. Et je restais jusqu’au crépuscule sur la plage de Blue Bay, dans un dernier adieu à mon ami.

Kristina Nemorin (PASARTIC/ILOI, tous droits réservés)


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