Antoine Volnay, le rescapé de 1920 - 2 -

L’incendie du “Ville d’Alger” : Vingt et un rescapés

23 décembre 2008

Voici la suite et fin de l’histoire d’Antoine Joseph Mathieu Volnay, racontée par Marc Kichenapanaïdou, dont nous avons publié la 1ère partie le jeudi 18 décembre en page 8.

Sur 162 passagers, seuls 21 s’en sont sortis, au terme de neuf jours de dérive, sans manger, ni boire, avec pour seules boussoles les astres solaire et lunaire. Antoine Volnay avait embarqué avec deux tantes, trois cousins et un de ses quatre frères. Il ne savait pas nager. Des sept, il sera l’unique survivant, alors que sa famille le croyait mort.

L’incendie du “Ville d’Alger” a marqué l’histoire de la navigation dans l’océan Indien. Le fait-divers occupe plusieurs pages du Mémorial de La Réunion, qui fait la part belle au rapport du capitaine rescapé (qui secondait le commandant) du vapeur. On ne peut que regretter que les auteurs n’aient point retenu la version d’Antoine Volnay. Quatre-vingt un ans après, le Saint-pierrois n’a oublié absolument aucun détail. Par exemple, le prix qu’il a dû débourser, 75 francs. Il a encore en mémoire cette vision de son île qui devenait de plus en plus petite au fur et à mesure que le paquebot s’éloignait, seul le Piton des Neiges restant perceptible le plus longtemps, avant de disparaître à l’horizon.

Neuf jours de dérive

Le vapeur appareille du port de la Pointe-des-Galets pour Madagascar le dimanche 1er février à 8 heures du matin. Ce paquebot mixte de la Compagnie havraise péninsulaire, long d’un peu plus de 100 mètres, construit au Havre en 1912, à la coque d’acier, avec un moteur placé au milieu, un grément de goélette également en acier, trois ponts pour les passagers et quatre cales pour les marchandises, semble sûr. Annoncé pour la veille, le départ avait été retardé jusqu’au 2 février, puis ramené au 1er. Pourtant, un cyclone est en formation au Nord de l’île, mais il est encore loin. A bord, 162 personnes, 140 tonnes de charbon, 1.200 fûts de rhum et un important stock de fécule. A 7 heures du soir, alors qu’il se trouve à 80 milles au large, sa radio lance un appel de détresse, avant d’être définitivement endommagée : une terrible explosion est survenue à l’arrière du navire (des barriques de rhum auraient sauté) et l’incendie fait rapidement rage. « J’ai entendu une forte détonation dans la cale n°2 » (où se trouvaient les sacs de fécule), se souvient Antoine Volnay. « Puis j’ai vu une grosse flamme. Avec une grosse pompe, l’équipage a essayé d’éteindre le feu, mais l’eau envoyée sous pression ressortait de la cale ». C’est la panique à bord. Le commandant Rebours donne l’ordre d’évacuation immédiate. L’équipage et les passagers se répartissent sur les canots et radeaux de sauvetage. « Les femmes et les hommes étaient séparés ».
Tout en larmes, Antoine prie et recommande à son frère, qui a rejoint comme lui des soldats rentrant de permission, de s’accrocher de toutes ses forces aux chaînes qui retiennent leur canot qui descend vers la mer. Avant même qu’il ne touche l’eau, une terrible vague le rabat contre le navire. Ils se cramponnent. Mais, quand la vague est passée, il ne reste que lui et son frère accrochés à la poulie. Ils ne savent pas nager. Les passagers d’un radeau finissent par entendre leurs appels au secours. Son frère peut monter à bord, mais pas lui. Il reste accroché à sa poulie pendant au moins une heure. Puis, d’un second canot, on l’aperçoit et il est hissé à bord. L’embarcation se trouve à une centaine de mètres du paquebot qui brûle toujours et que le commandant finit par abandonner. Il regroupe les rescapés. L’obscurité est tombée, illuminée de temps à autre par des explosions sur le navire, « comme des feux d’artifice ». Vers le milieu de la nuit, le canot est accosté par un radeau sur lequel se trouvent le commandant, le capitaine et deux mécaniciens. « Le commandant nous demande si nous avons des officiers à bord. Nous n’avions que quatre Malgaches pour ramer. Il nous envoie le capitaine et le second mécanicien. Moi, je pensais qu’il était plus sûr d’être sur le radeau que dans le canot et j’ai voulu monter sur le radeau, mais la houle l’a éloigné... ».

Dans l’œil du cyclone

La houle devient si forte qu’« elle montait haut comme le Piton des Neiges », et les occupants du canot, au nombre de vingt-trois, ont toutes les peines du monde à le maintenir sur l’eau. Le capitaine, un certain Guirwach, essaie tant bien que mal de maintenir le cap vers la terre. A part de petits poissons volants qui tombent dans le canot, il n’y rien à manger, les biscuits qu’ils ont trouvés à bord étant moisis. Le peu d’eau est d’abord réservé aux femmes et aux enfants, mais très vite, il est épuisé. « Quand la pluie tombait, on ouvrait la bouche en grand... ». L’embarcation erre. Dès le troisième jour, une passagère perd la raison. Ses compagnons d’infortune doivent l’attacher finalement. Dans la soirée, elle meurt. Un peu plus tard, c’est au tour de son mari, « sans doute de chagrin ». Au bout de huit jours de dérive, terre en vue ! L’espoir renaît et les naufragés retrouvent un peu de forces. Mais voilà, le temps se gâte, c’est la tourmente. Le canot se remplit d’eau. La frêle embarcation se débat dans des creux énormes. Cette fois, les passagers croient que c’est vraiment la fin...

Pieds à terre au Nord de Tamatave

Et puis, tout d’un coup, c’est le calme plat. Ils sont en plein dans l’œil du cyclone ! Des vagues poussent le canot vers la terre, tandis que le reflux le ramène vers le large. Finalement, ils approchent de la terre et cherchent un endroit où accoster, mais ne rencontrent que des rochers. Il faudra encore longtemps avant qu’ils n’aperçoivent une bande de sable. Les passagers refluent vers l’arrière du canot et le capitaine envoie Antoine planter l’ancre dans le sable à chaque fois qu’une vague pousse l’embarcation vers la plage et avant que la houle ne la ramène en arrière. Enfin, ils peuvent mettre pieds à terre. On est le mardi 10 février 1920. L’endroit se situe non loin de Foulerie, au Nord de Tamatave.
Que sont devenus les autres passagers du “Ville d’Alger”, ceux qui avaient pu monter sur des radeaux ? On n’en retrouvera personne. Les vingt et un derniers survivants, dont une dizaine d’enfants, parmi lesquels les deux du couple qui a trépassé, traversent des villages avant d’atteindre la grande ville, où ils sont reçus à bras ouverts. On les gave de bananes. Ils sont acheminés jusqu’à Tamatave, d’où ils rejoignent la capitale Tananarive. Le gouverneur remet 250 francs à chacun d’eux et leur propose un poste de chef de district. Antoine Volnay, lui, n’a qu’une hâte, rejoindre son île et ses parents qui le croient mort...

Fin

Marc Kichenapanaïdou


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Messages

  • Bonsoir,

    Est-il possible de trouver la liste des passagers du ville d’Alger ?
    Mes arrières grands parents, la famille David / Courteaud devait se trouver à bord

    Merci d’avance
    Bien cordialement

    Nathalie Gatien David


Témoignages - 82e année


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