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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Au Théâtre du Grand Marché
30 mars 2007

Du 30 mars au 4 avril, le Théâtre du Grand Marché, Centre Dramatique de l’Océan Indien, présente une pièce du dramaturge espagnol Federico García Lorca, “La casa de Bernarda Alba”, la dernière pièce d’une trilogie tragique considérée comme son œuvre majeure, dans une mise en scène remarquable à bien des égards.
La compagnie Angledange, invitée par le Centre Dramatique Régional de l’Océan Indien, nous vient de Suisse où elle a été créée en 1995. La pièce de Federico García Lorca dont elle vient donner ici 5 représentations a été jouée pour la première fois par cette compagnie, il y a 4 ans, à la Grange-Dorigny, quartier universitaire de Lausanne. Elle a beaucoup tourné en France depuis. Le metteur en scène, Andrea Novicov, en avait mûri le projet depuis plusieurs années, avec des élèves d’une classe d’art dramatique du Conservatoire de Lausanne, d’où sont issues plusieurs des actrices, arrivées mercredi dans notre île.
La vision que le metteur en scène donne de cette œuvre tragique et rugueuse, née de l’univers rural de l’Andalousie du premier tiers du 20ème siècle, mérite toute l’attention de ceux qu’interpellent toutes les formes de création contemporaine.
L’argument de la pièce est une tragédie impitoyable, écrite dans une langue superbe, un style effilé comme des couteaux : une femme perd son mari et annonce à ses 5 filles qu’elles devront porter le deuil de leur père pendant 8 ans. Huit ans d’enfermement auquel s’oppose l’aînée des filles, qui annonce son mariage avec un homme dont est secrètement amoureuse une de ses sœurs. Ouverte par un deuil, la pièce finit sur un autre deuil, avec la fin tragique d’une des sœurs.
Le parti pris esthétique de la mise en scène est imprégné des univers picturaux de Velázquez et de Goya. « Ces tableaux me touchaient par le grotesque du décalage entre la richesse excessive du costume et la fragilité de l’enfant qui le porte », dit Andrea Novicov de sa fascination devant le portrait de l’“Infante”. De Goya, il garde les jeux d’ombre et de lumière, un clair-obcur qui va bien à la tragédie.
De ces images, à celles des poupées espagnoles « aux pommettes rouges et habillées de robes tziganes », il en vient à l’idée de personnages miniaturisés, « tels des êtres adultes emprisonnés dans des corps d’enfants... des êtres bloqués dans leur développement intérieur », ajoute Andrea Novicov. De là a été construite une mise en scène avec des personnages jouant comme des marionnettes placées dans un castelet, comme si les acteurs n’avaient plus de jambes, comme si leurs pieds se trouvaient à la hauteur de leur taille et comme s’ils ne mesuraient pas plus de 60 centimètres. « Petit à petit, nous nous sommes acheminés vers un univers scénique qui nous semblait constituer un bon cadre pour cette pièce de Lorca dont les premières œuvres, justement, furent écrites pour des marionnettes », complète le metteur en scène. Le résultat est un spectacle dans lequel la lumière et le son sculptent les personnages et emmènent le spectateur dans une vision du monde qui est une nouvelle et véritable “révolution copernicienne” : les échelles sont bouleversées, et l’acteur/actrice n’est plus « le pivot de l’espace scénique » et encore moins le centre du monde. La mise en scène, délibérément tragi-comique, fonde « un monde alternatif », proposé comme « miroir déformant » de celui qui fait notre univers “réel” quotidien.
« Si, sur une scène, existe un monde dont l’Homme n’est plus le centre et dont les proportions ne sont plus celles que nous connaissons, et si ce monde obéit manifestement à une logique véritable, alors, notre monde à nous, tel que nous le percevons, perd son objectivité. Paradoxalement, un théâtre de l’objet met en lumière la subjectivité foncière de notre rapport au réel. (...) Un théâtre qui renonce à faire de l’humain son centre est aussi, à notre avis, une forme d’art qui rend mieux compte de la réalité contemporaine ».
Dans notre époque de bouleversements climatiques, qui nous obligent à remettre en question nos échelles de mesures et nos échelles de valeurs, un tel travail apparaît comme une contribution importante, appelant à ne plus faire de la taille et de la forme de l’Homme “l’étalon objectif” du monde que nous avons produit. Est-il juste de continuer à le légitimer ?
C’est aussi une leçon d’histoire et de philosophie : d’une histoire passée même très “archaïque”, il est possible de tirer une leçon de vie insufflant tension et dynamisme au présent le plus aplati.
P. David
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