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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Littérature réunionnaise
16 janvier 2006

“Paroles Océanes”, que les téléspectateurs peuvent découvrir depuis décembre 2005, porte l’empreinte forte d’un auteur réunionnais qui s’est mis à l’écoute de ses amis écrivains. Tel un nouvel Ulysse lancé dans l’exploration d’un continent littéraire en formation, Idriss Issop Banian a œuvré à une série documentaire du plus grand intérêt. RFO diffuse ce soir le 7ème de ces 10 portraits : celui de Jean-François Sam Long.
Comment en êtes-vous venu à participer à la série documentaire que nous découvrons actuellement ?
- Idriss Issop Banian : Le producteur du documentaire, Ciné Horizons, a déjà réalisé en co-production avec RFO des documentaires sur La Réunion : Maloya et racines de la liberté, Goûts et saveurs, L’empreinte de la foi... Marie-Claude Lui Van Sheng, réalisatrice et Christophe Champclaux ont eu l’initiative de cette nouvelle série, “Paroles Océanes”, et m’ont proposé de collaborer, en tant qu’auteur. J’ai écrit les scenarii et je me suis souvent retrouvé aussi derrière la caméra. Depuis de longues années, je collecte la mémoire des anciens, surtout dans la communauté musulmane. J’avais l’habitude de l’entretien enregistré, avec cette fois-ci une caméra à la place du magnétophone. J’ai aussi travaillé à des expositions photographiques autrefois, après une formation avec BKL : l’Histoire d’une intégration - celle des Comoriens de La Réunion - et Lumière du Gujrat.
Vous êtes écrivain vous-même. Cela vous a-t-il donné une approche plus intime des auteurs ?
- En tant qu’écrivain, j’avais une vraie prédisposition à ce travail. Je connais personnellement les personnes interviewées. J’ai rencontré des amis, pas des inconnus et j’ai fait précéder ces rencontres de recherches sur la vie et les œuvres de chacun, en quête d’un fil conducteur pour chacun des auteurs : pour trouver en chacun ce qui fait le ressort de son écriture, sa motivation. Les entretiens ont eu aussi leur part de découvertes. On croit bien connaître ses amis mais il y a des choses qu’on ne soupçonne pas et là, du fait de notre amitié, chacun s’est livré à cœur ouvert.
J’ai accepté cette émission parce que c’est pour moi l’occasion de faire œuvre d’amitié, en même temps qu’œuvre de mémoire. J’ai coutume de dire de la poésie qu’elle est une grande Fraternité. C’est vrai de manière générale pour la littérature. J’ai suffisamment de complicité avec les uns et les autres pour pouvoir aller plus loin avec eux.
Ce fut pour moi comme une Odyssée à travers la géographie intérieure de chacun de nos écrivains.
Sur le plan personnel, cela a été une rencontre intime avec les uns et les autres. J’en sors bouleversé par leurs témoignages, et conforté dans la conviction que chaque écrivain est en soi une île, avec sa note très personnelle, très originale.
Vous avez dû vous trouver chaque fois devant un dilemme : n’était-ce pas un pari impossible que de faire entrer chaque parcours dans le cadre d’un documentaire ?
- En 26 minutes, on ne peut pas tout dire, tout montrer. C’est par petites touches que chaque auteur livre ses spécificités, sa personnalité, ses œuvres. On ne peut pas parler de toutes les œuvres non plus : 2 ou 3 seulement, comme des jalons posés dans l’histoire de la littérature réunionnaise. J’espère que cela va inciter à aller plus loin, surtout dans la connaissance de leur œuvre.
Depuis ces émissions, on a senti déjà un regain d’intérêt pour ces auteurs et pour la littérature réunionnaise. C’est une première expérience. Les documentaires sont diversement appréciés, tout n’est pas parfait ; mais on a réussi à captiver le regard des téléspectateurs.
C’est bienvenu parce que le livre réunionnais connaît un creux de vague actuellement. Cette initiative peut-elle donner un éclairage sur les difficultés rencontrées ?
- À travers l’expérience de ces écrivains - ceux qui témoignent dans ce documentaire - on voit que l’édition des œuvres n’a pas été facile. Beaucoup ont eu recours à l’auto-édition, ou à des expériences militantes comme les Chemins de la Liberté, l’ADER, l’UDIR... Elles ont été des pionnières et ont permis le foisonnement littéraire des années 70-80. On voit aujourd’hui un certain essoufflement.
Il faut permettre à la littérature réunionnaise de résister et de s’affirmer. Et là, c’est l’acteur culturel, plus que l’auteur, qui parle. Je suis membre du jury du concours “Prix de l’océan Indien” qui existe depuis 1998. J’y participe depuis sa création, voulue par le Conseil général. C’est un tremplin pour de jeunes auteurs, qui a permis à un certain nombre d’oser leur écriture. Quelques-uns ont été publiés. Les membres du jury comme moi-même regrettons que le Conseil général ait décidé de ne plus reconduire ce prix. Nous estimons qu’il est un rendez-vous attendu, pas seulement pour La Réunion mais pour l’océan Indien, une passerelle entre nos îles, nos littératures. C’est un prix de l’Indocéanie, et à travers lui, une littérature indocéanique est en train de naître, comme il existe une littérature des Caraïbes. Nous sommes décidés à poursuivre l’expérience et nous souhaitons une véritable politique du livre de La Réunion.
Le jury m’a chargé de rencontrer la présidente du Conseil général, qui a confirmé l’arrêt du prix de l’océan Indien et son remplacement par un prix “Jeunes talents” tourné vers les scolaires. Cette action pour les plus jeunes, c’est très bien. Mais le problème de l’édition et du soutien au livre et aux auteurs reste posé.
Le Conseil régional est en train de mettre en place une politique culturelle : nous espérons qu’elle soutiendra une politique du livre. On peut pérenniser un Prix de l’océan Indien, en tant que prix régional, en l’appuyant peut-être sur un organisme spécifique.
Envisagez-vous une suite à ces 10 interviews ?
- Pour la première série, il a fallu faire un choix, que nous avons arrêté à 10 auteurs ; cela ne veut pas dire que les autres ne sont pas dignes d’intérêt. Personnellement, je souhaite vivement aller en voir d’autres, des pionniers de la littérature réunionnaise post-coloniale comme Boris Gamaleya, Firmin Lacpatia et ceux de la jeune génération, Jalma, Jean-Louis Robert, Francky Lauret et bien d’autres. Il faudrait aussi évoquer les écrivains disparus : Albany, Alain Lorraine, Rieul Debars... En tant qu’auteur, je reste disponible pour poursuivre cette expérience. Cela dépendra aussi des producteurs et des soutiens que nous pourrions avoir à la production de documentaires.
La littérature réunionnaise a acquis ses lettres de noblesses avec ces écrivains. Un souffle nouveau a surgi, dans les années 70-80, prouvant que la littérature réunionnaise, avec sa richesse culturelle, peut apporter une “parole au monde”. Elle est porteuse de promesses, mais a besoin de soutien.
Le 1er et principal soutien ne devrait-il pas venir des lecteurs ?
- Il y a une demande de la part des lecteurs, dès que l’édition est soutenue et peut offrir des livres à des prix abordables.
Je constate qu’il y a ici beaucoup de gens qui écrivent, mais ils n’ont pas toujours la possibilité de se faire connaître, faute de moyens de se faire éditer. Plus les livres pénétreront les jeunes publics, plus on va développer la connaissance de l’histoire et de la culture réunionnaise, plus cela suscitera des vocations. Je peux témoigner du rôle qu’a eu, dans mon ouverture culturelle et ma formation d’auteur, de poète, la présence parmi nous de Jorge Amado, Roger Garaudy, René Depestre, Maryse Condé : leur invitation ici par la CCT (Commission culture témoignages) m’a laissé des souvenirs impérissables.
Allez-vous demander une rediffusion de cette 1ère série ?
- Il serait souhaitable que la série soit rediffusée. Sa diffusion a commencé autour du 20 décembre, avec Daniel Honoré, Axel Gauvin... Vers 21h30, ce qui est une heure intéressante. Mais c’était la période des fêtes et beaucoup n’étaient pas là. Les scolaires sont en vacances et ce serait bien que ces publics ciblés puissent voir le documentaire, qui leur est aussi destiné. Cela peut être un outil intéressant d’approche de la littérature réunionnaise.
Propos recueillis par P. David
La suite de la diffusion : Ce soir : Jean-François Sam Long ; demain : Marc Kichenapanaïdou (auteur de théâtre) ; Carpanin Marimoutou (23/1) et Gilbert Aubry (24/1). À 21H30.
* Clin d’œil à Homère, Georges Pérec... et à ceux qui les réunissent ici.
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