Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Après la tournée du théâtre Vollard à Madagascar
12 novembre 2007

“Maraina” créé à La Réunion par le théâtre Vollard en 2005 est le premier Opéra créole créé et joué dans l’Océan Indien. Curieusement, on ne peut pas dire que l’événement ait été accompagné par les médias de l’île à la hauteur de sa nouveauté. Le contraste n’en est que plus saisissant avec l’engouement manifesté par les Malgaches qui ont vu en Maraina presqu’un opéra malgache, quelque chose qui leur parlait d’eux, de leur histoire, dans un langage musical et théâtral nouveau. C’était en juin-juillet dernier.
L’aventure de Maraina va se poursuivre, avec une tournée en France en 2008 et - c’est du moins le souhait de Vollard -, à l’île Maurice dès que possible. Des producteurs indépendants préparent le film de ces tournées, un long métrage, vraisemblablement pour 2009. Jean-Luc Trulès, compositeur et chef d’orchestre et Emmanuel Genvrin, auteur du livret et de la mise en scène avec Hervé Mazelin, ont échangé pour Témoignages leurs impressions sur la tournée malgache. « Une expérience inoubliable » disent-ils tous deux.
A Madagascar, Vollard a donné des représentations dans la capitale, Antananarivo et à Fort-Dauphin. Le terrain avait été préparé par les chœurs malgaches - 24 choristes de la chorale Harmonia et de l’ensemble vocal de Bellevue - qui ont répété avant l’arrivée du théâtre réunionnais, trouvant aussi les lieux où se produire. Parmi les 13 chanteurs lyriques et vingt-et-un instrumentistes, plus de la moitié étaient malgaches. « C’était l’enthousiasme » se souvient Jean-Luc Trulès : « On venait leur proposer de travailler et ils étaient payés. On a beaucoup échangé. »
Un opéra de l’Océan Indien
« On a été confrontés aux difficultés des musiciens malgaches » ajoute Emmanuel Genvrin. « Leurs instruments représentent souvent une fortune. Rien que des cordes de violon, à Tananarive, c’est impossible à trouver. Et ce travail leur a fait très plaisir parce qu’il les sortait du cadre ordinaire : les défilés militaires, l’orchestre de la Police, les chœurs d’églises... où ils jouent très souvent gratuitement ». A Tana, le théâtre a répété au centre culturel français avant de jouer la version “complète”. « Cela a été un vrai succès, un peu comparable a celui qui a accueilli Lépervanche ici », se souvient Emmanuel Genvrin « et cela a été un vrai choc aussi parce que, dans les œuvres jouées d’ordinaire, il y a beaucoup de choses convenues ; là c’était une œuvre différente, une œuvre lyrique qui apportait beaucoup de nouveauté. » La presse malgache a très chaleureusement salué les deux représentations (chacune devant environ 600 spectateurs) ; une douzaine d’articles sont parus dans la presse écrite, à la télévision malgache ou à la radio et RFI a même fait un “direct” (différé) le 9 juillet 2007.
Le côté épique de la tournée a été le voyage dans le grand sud, en bus brousse à travers les hauts plateaux et les zones désertiques. Ils sont partis à 30, pour jouer une version plus courte.
« Nous tenions à jouer à Fort-Dauphin, où nous avions rencontré les historiens réunionnais lors de la pose des stèles. A l’époque, la partition de Maraina a été scellée dans le monument. Et dans le jardin endémique, un arbre a été baptisé “théâtre Vollard”... un arbre vigoureux, avec beaucoup de piquants ! » Emmanuel Genvrin jongle avec les symboles et s’amuse de leur réputation de “durs à cuire”. Mais plus sérieusement, la tournée dans le Sud, préparée par des séjours répétés depuis près de 5 ans, a mis le théâtre en présence de nombreuses personnalités de la société et de la vie culturelle de Fort-Dauphin. Et là, une surprise les attendait... (voir encadré)
La rencontre de deux mondes
« On a joué dans le camp Flacourt, un fort français à l’origine, tenu aujourd’hui par l’armée malgache. Le colonel nous a ouvert le fort et en retour, je lui ai laissé une guitare. En entendant les chants antandroy, les gens se sont beaucoup identifiés à cet opéra. Pour eux, il était clair que c’était un opéra malgache » raconte Jean-Luc Trulès.
Pour les musiciens aussi, l’expérience a été celle d’une “catharsis”, comme le raconte Emmanuel Genvrin qui, comme les autres membres du groupe, a été médusé de voir des tensions s’installer entre les musiciens malgaches, ceux venus du jazz et ceux de musique classique. « Les musiciens classiques avaient plus de mal avec la musique ; ils se sont “expliqués” entre eux... c’était l’avant veille de l’arrivée des musiciens de Massy et Jean-Luc les a mis d’accord en leur parlant de la musique, en leur demandant de la faire “sonner malgache”... Le lendemain, c’était nettement mieux... Et les musiciens de Massy ont été très bien, très professionnels » poursuit le metteur en scène.
Deux musiciennes de Massy - avec qui Maraina sera joué en 2008 - ont fait le déplacement jusqu’à la Grande Ile. « Nous voulions qu’elles “sentent” le pays » dira Emmanuel Genvrin. Et c’est ce qui s’est passé, comme la rencontre de deux mondes, chacun avec ses codes. « Les musiciens de Massy sont partis avec l’idée qu’il fallait faire quelque chose pour soutenir les instrumentistes malgaches. Un violoniste malgache va faire un stage de plusieurs mois en lutherie avec l’Opéra de Massy », ajoute Jean-Luc Trulès.
Cette aventure humaine n’est pas passée inaperçue à Madagascar. Ni à Fort-Dauphin où les représentations ont été précédées d’un sacrifice de zébu, présidé par un descendant du dernier roi Manambara, ni dans la capitale, où le succès de Maraina a fait du bruit... jusqu’à Paris. « Quand on a rencontré Dominique Ponsart, directeur-adjoint de la Musique au ministère, il s’est montré très attentif à ce travail. Il paraissait un peu “soufflé” qu’on soit arrivé à faire de l’Opéra à Madagascar ! », se souvient Emmanuel Genvrin.
Le plus curieux, c’est qu’ici cela n’a semblé intéresser personne. Et ce n’est pas très bon signe...
P. David
De Tolanaro à Vitry sur Seine
A Fort-Dauphin (Tolanaro), il n’y a pas eu qu’un colonel musicien et des notables descendant en ligne direct du dernier roi Manambara - celui qui “offrit”, par convictions républicaines, sa couronne à la France en 1937 ! Il se trouve que parmi les descendants de ce roi, une femme exilée à Vitry revient de temps en temps prendre l’air du pays. Elle était là lors de la représentation de Fort-Dauphin. Or c’est au théâtre Jean Vilar de Vitry qu’aura lieu la première représentation de la tournée en Ile de France, avec le soutien d’Arcadi. Il n’en fallait pas plus pour que la « princesse rouge » comme l’appelle Emmanuel Genvrin, soit désignée présidente des représentations données en Ile de France ! Plusieurs théâtres, soutenus par l’établissement public “Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France” (Arcadi) pourraient accueillir Maraina dans le 2e semestre 2008. Le comité artistique s’est déjà prononcé. Il reste à faire, fin novembre, la sélection des salles. La proposition qui a été faite à Vollard est de recréer Maraina avec un choeur de l’Ile de France et l’orchestre de Massy, dirigé par Jean-Luc Trulès, à l’Opéra de cette même ville du Sud de Paris.
P. D
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