Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Jean-Claude Brialy au théâtre du Tampon
14 septembre 2004

L’acteur prend les spectateurs par la main, les emmène dans son jardin secret.
On ne présente plus Jean-Claude Brialy. Il serait dommage d’attendre qu’il quitte la scène pour lui décerner à titre posthume l’appellation de "monstre sacré". Avec "J’ai oublié de vous dire...", on découvre une autre facette du personnage, pourtant habitué du théâtre et des plateaux de tournage.
Dans un décor sobre, en toute simplicité, il se met à nu et se livre, avec pudeur, à un exercice d’introspection qui ne laisse pas indifférent, loin s’en faut. Pour un peu, on l’imaginerait allongé sur un divan, se livrant à une psychanalyse...
"J’ai oublié de vous dire...", c’est tout simplement l’histoire d’une vie. De sa vie. De son enfance en Algérie, de son père militaire qui élève son fils, "le beau Jean-Claude " à la dure et qui s’imagine - il lui sera beaucoup pardonné - qu’il pourra décider de la formation et de la carrière qu’embrassera son fils. Jean-Claude Brialy raconte sa vie, avec pudeur, égratigne à peine quelques personnes, pour focaliser sur ceux et celles qui ont compté, qui l’ont aimé, qu’il a aimés... Ceux et celles dont il parle avec tendresse.
D’ordinaire, d’une personne qui vous casse les pieds, on dit : "tu ne vas pas nous raconter ta vie ?" Jean-Claude Brialy réussit la performance de rester quasi-immobile, au milieu de la scène, avec une immense présence et un public suspendu à ses lèvres. Tour à tour émouvant, drôle, caustique, l’homme sait aussi jouer de l’auto-dérision.
Comme par exemple lorsqu’il raconte comment il a été surpris dans le lit d’une charmante femme, pour terminer avec cette formule : "Vous voyez bien que j’ai été normal à un moment", clin d’œil à une homosexualité avouée sans prosélytisme.
Au fil de son propos, on voyage dans l’espace, dans le temps. On croise Jean Cocteau, Jean Renoir, Jean-Luc Godard, Jeanne Moreau ou encore Jean Marais "dont je n’ai pas été l’amant, contrairement à la rumeur", confesse-t-il.
Il prend les spectateurs par la main, les emmène dans son jardin secret, comme on se promène au milieu d’allées de fleurs que l’on prend le temps de regarder, de humer, avec des amis. Sa voix coule, fluide, comme lorsque l’on s’adresse à des proches, sur le ton de la confidence. À regarder ainsi défiler les années et l’ombre des artistes qui ont marqué le 20ème siècle, on ne voit pas passer le temps.
Et quand il décide de mettre un terme à ses confidences, quand il n’a plus rien à dire de ce qu’il pensait avoir oublié de dire, alors on quitte la salle et dans la fraîcheur de la nuit tamponnaise, on s’en va d’un pas léger, heureux, comme lorsqu’on quitte un ami qui vous a fait l’honneur de partager quelques instants de sa vie.
S. D.
Nos peines
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