Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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21 juillet 2008

Lors de la Table-ronde du vendredi 4 juillet à l’Hôtel de Région sur “La culture, socle du développement durable”, une participante à la clôture du débat s’étonnait d’un manque de réflexion sur la culture au cours de la journée, en quoi, notamment, elle est le socle du développement. Sur cette question du rapport entre culture et développement durable, ne convient-il pas, au préalable, de savoir de quoi l’on parle ?
Défini par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, Commission dite Brundtland, du nom de sa présidente (1987), le concept de développement durable a été consacré par la communauté internationale au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Pour être durable, le développement doit être capable de concilier à la fois l’économie (production des richesses), le social (lutte contre les inégalités et la pauvreté), l’environnement (la préservation des milieux naturels), le présent (solidarité riches et pauvres) et l’avenir (préserver la planète pour les générations futures). Selon la définition retenue du rapport Brundtland “Notre Avenir à tous”, il doit répondre « aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».
Pour résumer, on a alors parlé d’un développement reposant sur l’intégration de trois piliers : l’économie, le social et l’environnement, faisant ainsi l’impasse sur la culture, notre mode spécifique d’exister et d’être. Le développement durable n’a-t-il aucun lien avec la culture ? Avec le lancement par l’UNESCO de la Commission mondiale de la culture et du développement, le 21 octobre 1992, une lacune était comblée ; l’approfondissement des liens entre culture et développement était devenu nécessaire pour repenser le développement dans toutes ses dimensions.
La culture, notre mode d’exister
Une autre étape a été franchie au Sommet mondial sur le développement durable (Johannesburg, 28 août - 4 septembre 2002). La culture a été consacrée comme le quatrième pilier du développement durable aux côtés de l’économie, le social et l’écologie. Mais peut-on parler de la culture comme d’une dimension à part du développement ?
La culture est appréhendée de manière très diverse. Au sens humaniste et courant du terme, la culture est un acquis qui distingue celui qui la possède. Mais au sens anthropologique et sociologique du terme - dominant au cours de ces dernières années -, elle est définie comme « un système de représentations du monde avec ses valeurs, ses normes, ses modes de vie, spécifiques à une collectivité particulière ».
Cette dernière approche a été reprise par l’UNESCO, dès sa création en 1946. Prise dans ce sens, la culture n’est pas une dimension à part, complémentaire des dimensions économiques, sociales et environnementales du développement, voire un simple instrument ou un “supplément d’âme”, mais la source et la finalité du développement. Elle informe l’ensemble du champ social. C’est elle qui oriente les actions individuelles et collectives et leur donne sens. « C’est dans la culture que les groupes et les sociétés puisent l’énergie, l’inspiration et la liberté d’agir, en même temps que le savoir et la reconnaissance de la diversité », écrit Javier Perez de Cuellar, le président de la Commission mondiale de la culture et du développement et ancien secrétaire général des Nations Unies.
Il découle de ce constat que le développement, pour être durable, ne peut être dissocié de la culture, du moins si le développement est étendu comme un processus qui met les êtres humains et le peuples au centre de ses préoccupations, tout en faisant appel à leur pleine participation. Vivre pour les êtres humains, c’est vivre culturellement, mais dans une culture qui évolue au contact d’autres systèmes économiques, sociaux et culturels.
Une nouvelle idée du développement
Prenons le problème autrement. Tout développement, a fortiori dans le contexte actuel de mondialisation, a des retombées directes et indirectes sur le mode de vie des individus et communautés qui en sont les bénéficiaires. Et il entraîne dans son sillage des nouvelles valeurs qui ne manquent pas d’influencer et de bouleverser la culture locale, entraînant l’acceptation ou la subordination, et parfois la révolte.
Les systèmes économiques ne sont donc pas neutres. Ils véhiculent tous des valeurs et des visions du monde qui, parfois, s’opposent entre elles. Nombre de cultures ont été décimées au contact prolongé du système colonial. D’autre part, les grands médias occidentaux qui dominent aujourd’hui la planète, du fait de leur puissance économique, ont pour effet de marginaliser ou de dévaloriser les cultures locales. C’est dire à quel point développement et culture sont des phénomènes complexes qui s’influencent mutuellement. En raison même de leur impact mutuel, il est impossible de dissocier culture et développement.
D’où l’idée nouvelle que tout développement qui se veut au service d’une société, d’une nation, doit non seulement tenir compte de la culture des bénéficiaires, mais aussi faire de leur culture le socle de leur développement. Pour les populations concernées, il est de leur responsabilité d’opérer un inventaire critique des valeurs de leurs systèmes culturels afin de privilégier celles susceptibles (solidarité, harmonie, équité, respect, créativité, sens de la communauté) de fournir une base solide à leur projet de développement durable. Sans la mise en évidence des valeurs positives de la culture ou de la diversité culturelle, aucune vision du développement ne peut s’inscrire dans la durée.
Reynolds Michel
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