Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Au Kabardock
21 mars 2005

Ils étaient beaux à voir ces corps à corps, mêlant les gestes de danseurs valides à ceux de danseurs non valides. Un spectacle fondé sur la danse intégrée d’Adam Benjamin et que ses stagiaires ont présenté avec beaucoup de fierté ce vendredi 18 mars au Kabardock du Port.
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"Moi je veux...".
Trois petits mots prononcés avec une touchante confiance par Jérôme, qui veut “danser”. Dans cette salle de danse du Kabardock, ce jeune homme assis sur son fauteuil roulant n’est pas qu’un handicapé moteur. Jérôme est ici un être libre de ses gestes et de ses choix. Chaque danse est un voyage. Il s’y plonge seul, ou accompagné ou parfois les deux. Ses petits gestes sont simples, mais bouleversants de fragilité.
Cette sérénité, d’autres jeunes l’ont également acquise grâce à Adam Benjamin, l’un des fondateurs internationalement reconnu de la danse dite "intégrée" et de la CandoCo Dance Company. Ce dernier anime depuis deux semaines des ateliers intégrant des personnes en situation de handicap et des non handicapés à l’initiative de la compagnie Danses en L’R.
Éric Languet, directeur de cette compagnie, raconte avec émotion qu’en 2000, il a rencontré un danseur handicapé, né sans une jambe. "Cela m’avait bouleversé humainement et artistiquement. J’ai ensuite beaucoup réfléchi sur la question de la normalité. Puis, il y a eu ma rencontre avec Adam et j’ai décidé de l’inviter justement pour approfondir cette idée de normalité et d’anormalité".
"Un contact humain formidable"
Ce stage de danse avait ainsi pour objectif d’utiliser la danse intégrée comme un moyen de développer la communication et d’utiliser le potentiel créatif à la fois des handicapés et des non handicapés. "La danse est liée à la vie. Pendant trop longtemps, on a aliéné les personnes handicapées. On ne voulait ni les voir et encore moins les toucher, explique Adam Banjamin. À travers la danse, on recrée des liens essentiellement humains. Les stagiaires apprennent à exécuter des mouvements naturels du corps".
Chaque danse est ainsi un cheminement individuel. Le danseur choisit son espace, bouge à son rythme car la musique est avant tout un assemblage de sons plutôt qu’une mélodie rythmée. C’est avant tout la musique de l’espace. Il est maître de ses choix.
En une semaine, les rapports entre les stagiaires ont évolué. Certains parents ne regardent plus de la même manière leur enfant handicapé. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux, à l’instar de Marie-Hélène, se sont inscrits à ce stage et en tirent "un contact humain formidable".
La danse, telle que la pratique Adam, a ouvert à leurs enfants les portes d’un monde inconnu, celui de l’autonomie et quelque part aussi, celui d’une certaine liberté...
Danser pour la première fois et s’abandonner à l’extase
Osmose des antipodes
Après les deux stages de danse auprès de personnes handicapées, Adam Benjamin reste encore quelques jours dans l’île pour une formation des personnes qui encadrent ces personnes.
Son travail commence avec le mouvement naturel du corps, les petits gestes du quotidien, avant d’embarquer tout le monde pour un voyage dansé dans l’espace. Une expérience émotionnellement très forte pour tout le monde au départ et qui se conclut sur une osmose entre deux antipodes.
Antipodes car les danseurs et les danseuses sont souvent formés dans le culte de la perfection du corps et du mouvement. Aurélie, une des jeunes danseuses, avait déjà suivi les cours de la première session organisée par Danses en l’R avec Joey Sparker, avec qui elle a dansé pour la première fois. Elle a adoré ce stage et se dit prête à danser, encore et encore, lors de prochaines sessions.
Danseurs néophytes et confirmés apprennent petit à petit à communiquer dans la danse. Ensemble ils franchissent des barrières qui pourraient apparaître infranchissables. Tous s’abandonnent complètement, certains exercices demande d’évoluer à l’aveugle, avec un masque ou les yeux fermés. La détection des mouvements se fait alors au feeling, il faut ressentir au fond de soi dans quelle danse l’autre vous emmène. Un abandon total qui mène, et ça se voit, à l’extase.
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