Un pas décisif dans l’abolition du statut colonial

La France libre : un engagement de la jeunesse réunionnaise

15 juillet 2006

Voici plus de 60 ans, des jeunes Réunionnais ont répondu à l’Appel du général de Gaulle. Dès le ralliement de La Réunion à la France libre en novembre 1942, ils sont partis en Europe pour que la liberté triomphe. Trois ans plus tard, le statut colonial était aboli à La Réunion avec le vote de la loi “Vergès-Lépervanche”.

En 1940, en quelques semaines, l’armée française s’effondrait, la métropole était vaincue militairement et un État français prônant la collaboration avec les forces nazies prenait le pouvoir.
À La Réunion, ce cataclysme eut des répercussions. Le 18 juin 2005, à l’occasion d’une exposition rendant hommage à l’Appel du général de Gaulle, Paul Vergès, ancien combattant de la France libre, avait rappelé quelques événements marquant l’engagement de la jeunesse réunionnaise aux côtés des forces de la liberté.
Dès juin 1940, alors que le gouvernement français voulait cesser le combat, des jeunes ont interpellé le gouverneur pour qu’il continue la lutte. Regroupant des notables de l’époque, la quasi-unanimité du Conseil privé du gouverneur s’est prononcé pour le soutien au maréchal Pétain, et donc pour que cesse le combat. Il s’en est suivi une période de répression contre celles et ceux qui refusaient cette idée. L’arrivée du Léopard, navire de la France libre, marquait la libération de La Réunion en novembre 1942. Cet événement signifiait le ralliement de La Réunion à la France libre. Des jeunes Réunionnais se sont alors engagés dans ces forces de résistance alors qu’à ce moment, rien n’aurait pu prévoir une défaite des forces nazies quelques années plus tard. Jusqu’alors, elles ne cessaient d’accumuler les victoires, les armées fascistes occupaient quasiment toute l’Europe et avançaient jusqu’à Stalingrad. En Asie, l’Empire du Japon s’étendait sur une grande partie de l’océan Pacifique, de l’Australie à la Chine et menaçait l’Inde.

Des volontaires en masse

C’est dans ce contexte d’incertitude que des jeunes se sont engagés contre des forces invaincues, sans être sûr de revoir un jour leur île.
Plusieurs leçons sont à tirer des événements qui ont suivi, avait alors rappelé Paul Vergès. « Les deux promotions du lycée ont signé un engagement pour la France libre », « La Réunion a donné des engagés volontaires en masse, la jeunesse réunionnaise a servi la France libre partout ». Le président de la Région précisait que « tous ces jeunes étaient volontaires, ils sont partis sans savoir ce qui les attendait, alors que la situation était très incertaine, ils sont partis sans promesse de retour, sans aucun but personnel mais pour défendre des valeurs éternelles : liberté et démocratie. C’est un sacrifice énorme dans l’Histoire du pays, un sacrifice beaucoup trop sous-estimé. Ce geste politique massif de la jeunesse réunionnaise est un démenti à ceux qui parlent de la “reconnaissance du ventre” ».

Citoyenneté gagnée sur les champs de bataille

Et d’expliquer le rôle décisif du sacrifice de la jeunesse dans le vote de la loi du 19 mars 1946 qui abolit le statut colonial en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique et à La Réunion : « C’est ce volontariat qui a donné l’impulsion des événements, de ce geste de l’Outre-mer, de la résistance est sortie l’unanimité du Parlement pour voter la pleine citoyenneté à ceux qui l’avaient gagné sur les champs de bataille ». « Quand on est sûr de ses convictions, de ses principes, dire “non” c’est le seul mot qui appelle à continuer, qui amène la victoire », avait déclaré Paul Vergès avant de conclure : « N’oublions jamais que dans ce pays, au pire moment, une majorité de jeunes est allé se battre. Nous devons entretenir la flamme ».

Manuel Marchal


Un des premiers combats de “Témoignages”

Soutenir le Comité Français de Libération Nationale

Dès son premier numéro, le 5 mai 1944, le journal fondé par le docteur Raymond Vergès appelle les Réunionnais à soutenir les Forces françaises libres :
« Nous tenons à déclarer d’abord que nous sommes avec le général de Gaulle et le Comité Français de Libération Nationale et que, selon le mot d’ordre de Charles Laurent, nous l’appuierons en toutes circonstances, sacrifiant nos intérêts particuliers à l’intérêt national, dussent certains apparences heurter notre manière de voir ou ne point répondre à plus chères aspirations ».


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus