La tribune de Cyrano

La laïcité, bien plus efficace que le pape...

17 septembre 2008

La Laïcité n’est-elle pas, par nature, vouée à être mise “à toutes les sauces” dans une société démocratique ? Chacun a la sienne... à condition que la loi et la Constitution garantissent la même pour tous ! Cette tribune de Cyrano, extraite d’un éditorial du mouvement Riposte laïque, témoigne de l’acuité du débat politique, en France, autour de cette question. Et ce que La Réunion peut apporter à ce débat, c’est qu’elle n’a pas eu besoin d’une loi “d’adaptation” ou de “renouvellement” pour trouver la voie d’une laïcité réunionnaise. Un adjectif de plus ? Non ! mais une identité qui montre la tonicité et la clairvoyance de la loi de 1905, par la pluralité des modes d’application qu’elle autorise.

Mardi 16 septembre 2008. (...) Depuis 1980, les adversaires de la laïcité, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont trouvé de nouveaux adjectifs pour mieux étouffer la laïcité : « moderne », « apaisée », « dynamique », « tolérante »... Il n’était donc pas étonnant que ce week-end, le nouveau concept à la sauce Benoît-Nicolas, la « laïcité positive », ait occupé toutes les antennes. Nicolas Sarkozy a été le premier chef d’Etat à parler de « toilettage de la laïcité ». C’est lui qui a impulsé, comme ministre de l’Intérieur, le rapport Machelon (1). C’est lui qui veut remettre les Eglises au cœur de la vie politique. C’est lui qui a multiplié les gages envers la religion musulmane, et qui rêve d’en finir avec l’article 2 de la loi de 1905, qui ose dire que l’Etat ne subventionne aucun culte.
(...) Quant à Benoît XVI, qui ne veut surtout pas que la laïcité à la française s’étende en Europe, il peut savourer son bonheur : jamais le Vatican n’a rencontré d’oreilles aussi complaisantes que celles du nouveau président de la République pour en finir, en souplesse, avec la séparation du religieux et du politique. Car enfin, que faisait le chef de l’Eglise catholique à l’Elysée ? On connaît par cœur l’argument que vont nous rétorquer tous les imposteurs : « Mais il est chef d’Etat ! ».
Le Vatican, un Etat ? (...) Est-il besoin de rappeler que le Pape dirige un Etat de moins de 1.000 habitants et de quelques kilomètres carrés, inexistant sur la scène internationale, et qu’à l’instar d’un Khadafi et de bien d’autres, il ne tolère chez lui ni élections au suffrage universel, ni opposition, et encore moins la possibilité qu’une femme devienne pape et donc chef d’Etat ?
Et puis, quelle démesure entre la couverture de cet événement et la réalité du catholicisme et de toutes les religions dans notre pays. En 1994, 67% des citoyens français se disaient catholiques. En 2007, ils ne sont plus que 51%. Mais surtout, seulement 8% des catholiques disent aller régulièrement à la messe, alors qu’aujourd’hui, dans l’Hexagone, le nombre des athées et des agnostiques progresse très vite (ils seraient, selon certains sondages, entre 40 et 45%). Seule la religion musulmane progresse : elle est passée de 2% de la population à 4% en 15 ans. C’est cela, la réalité : la France n’est pas religieuse ! Mais le reconnaître serait l’accepter !

(...) Certes, la montée de l’islam, en France et dans le monde, inquiète les autres Eglises, qui cherchent à regagner du terrain. Jean-Paul II a voulu, tout au long de son récent mandat, redonner aux catholiques la fierté de leur religion, et Benoît XVI entend poursuivre cette œuvre. Les évangéliques, qui sont de plus en plus influents chez les protestants, étaient 20.000, dans les rues de Paris, le 20 mai dernier. Eux aussi sont pour la laïcité positive ; eux aussi réclament l’assouplissement de la loi de 1905, ce que les protestants n’avaient jamais fait auparavant. Pour ne pas être en reste, certains religieux juifs réclament des dérogations scolaires le samedi matin.
Bien que rivales pour se disputer les parts de marché de la croyance, les Eglises sont malgré tout complices pour, ensemble, contribuer à saper l’édifice laïque, et obtenir tous les accommodements raisonnables possibles, au nom de la “laïcité positive”.
(...)
La laïcité, tout court, c’est le meilleur rempart contre les débordements du religieux. Nous laisserons le mot de la fin à Robert Badinter : « La seule laïcité, c’est celle qui est dans la Constitution. La République est laïque, ce qui veut dire que la laïcité est républicaine, elle n’est ni positive, ni négative (...) ».

Ce week-end, il suffisait d’arpenter les allées de la Fête de l’Huma, fête populaire par excellence, et d’écouter les commentaires : l’exaspération contre la médiatisation de la venue du Pape était le centre de nombreuses discussions. Le peuple français n’a pas envie de voir un président de la République qui jure sur la Bible (ce qui ne dérangerait pas Sarkozy), et ne souhaite pas davantage entendre des élucubrations à la Sarah Palin que Christine Boutin en personne n’oserait pas se permettre.
Ils ne veulent pas davantage voir un président de la République surpris en flagrant délit d’adultère demander pardon à Dieu, et ils se moquent complètement que Rachida Dati, hors mariage, ait conçu un gamin à 42 ans dont on ne connaît pas le père.
C’est cela qui est positif, ils sont tout simplement laïques, et entendent le rester, n’en déplaise à Sarkozy, au Vatican et aux disciples hexagonaux de Téhéran.

(1) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=13855


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