“Zourné dési kréol dann lékol”

La langue créole dans les établissements scolaires de la Martinique

15 mai 2007

Parmi les intervenants à la “Zourné dési kréol dann lékol” co-organisée par Lofis la Lang Kréol, la Rézion, au Conservatoire National de Région (Saint-Denis), la semaine dernière, le Martiniquais Robert Nazaire. Il nous brosse la place du créole dans les établissements scolaires de la Martinique.

Robert Nazaire note que, « à regarder les langues enseignées à la Martinique, et plus particulièrement la langue régionale créole, on constate que 3.005 élèves sur 94.817 suivent cet enseignement de l’école au lycée dans l’Académie, soit environ 3,5% de la population scolaire du secteur public. (Ces chiffres de 2004-2005 sont extraits du procès verbal du Conseil Académique des langues et cultures régionales du Jeudi 13 janvier 2005) », remarque-t-il.
Il nous détaille ce constat. « Dans le premier degré, 2.240 élèves dans 97 classes et 35 écoles suivent un enseignement de Langue et cultures régionales créoles centré sur la culture créole selon le dispositif 1 d’information et de sensibilisation. 229 élèves dans 8 classes et 4 écoles ont pratiqué le deuxième dispositif où la langue régionale est traitée au titre de la langue vivante. D’une manière générale, 2.469 élèves sur 47.643 de l’Académie suivent un enseignement de LCR à l’école, soit environ 5% de la population scolaire de l’école primaire publique ».

L’anglais, valorisant et source de promotion sociale

« Les textes officiels prévoient l’apprentissage de la LCR à l’école primaire soit comme un enseignement d’initiation selon différentes modalités, soit comme langue vivante étrangère. Malgré ces possibilités, le choix majoritaire dans les écoles est l’anglais, et l’on comprend pourquoi. Ces deux langues n’ont pas le même statut sociolinguistique, et proposer à un parent le choix entre les options anglais ou créole est déjà condamner cet enseignement : les représentations de l’anglais, langue vivante internationale et de prestige, sont valorisantes et source de promotion sociale, et il n’en est pas de même pour le créole. Dès lors, pour permettre à cette option d’exister, il faudrait qu’elle ne soit pas en concurrence avec une langue vivante étrangère, quelle qu’elle soit : dans l’espace caribéen, l’élève aura besoin aussi bien du créole que de l’anglais et de l’espagnol ».

« Dans le second degré (collège), 539 élèves sur 47.168 élèves du secteur public dont 25 du privé suivent l’option créole dans les collèges et les lycées, soit environ 1,2% de la population scolaire. 393 élèves sur 19.677 élèves, de la 4ème à la 3ème, suivent une option créole. (2% de la population scolaire au collège). 15 collèges sur 40 collèges du secteur public que compte l’Académie ont ouvert cette option. Notons que sur les 5 collèges privés de l’Académie, aucun ne dispense cette option ».

Le bassin le plus dynamique est le Nord Atlantique

Cependant, « en ce qui concerne l’implantation de ces établissements, il est à noter que le bassin le plus dynamique est le Nord Atlantique, avec les collèges de Basse-Pointe, du Lorrain, de Sainte-Marie, du Vert-Pré et de Beauséjour Trinité. Outre ceux-ci, l’option est enseignée dans trois collèges du bassin Centre Sud, Edouard Glissant au Lamentin, Belle Etoile à Saint-Joseph et Trianon au François. Dans le bassin Sud, on note deux collèges, Jacques Roumain à Rivière-Pilote et le Vauclin. Ajoutons que dans ce bassin, l’option ouverte dès 2002 au LPO Montgérald du Marin a dû fermer par manque d’inscription. Dans le bassin Nord Caraïbe, 3 collèges dispensent cette option, Morne-Rouge, Julia Nicolas et Dillon I de Fort-de-France ».
Par ailleurs, « dans le second degré (lycée), 3 lycées sur 23 (22 établissements publics et 1 privé) dispensent l’option créole (LGT Acajou II, Lycée AMEP et le Lorrain). En ce qui concerne le lycée de Bellevue, aucune inscription n’a été enregistrée pour divers motifs (manque d’information, horaire en concurrence avec d’autres options). 146 élèves sur 13.988 suivent l’option au lycée. 12 présentent cette option créole au Baccalauréat ».

Pour Robert Nazaire, « aujourd’hui, il s’agit donc d’avoir une carte des Langues et cultures régionales créoles plus équilibrée et notamment dans le Sud, le Centre Sud et le Nord Caraïbe afin d’assurer une plus grande continuité pédagogique entre le collège et le lycée dans les bassins ».

Jean-Fabrice Nativel


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