Zouar i kraz maloya la kaz pou 20 Désanm

La liberté ne s’achète pas, elle s’arrache

18 décembre 2006

Comment les artistes musiciens, les maloyèr, les porteurs de l’identité qui rendent, dans leurs textes et leurs créations, hommage aux ancêtres, à la culture et à l’histoire réunionnaises, abordent-ils les dites “Festivités du 20 Décembre” ? Nathalie Natiembé, Eno du groupe Zangoune et Jean, le plus célèbre des petits-fils Laope, fêteront la liberté en famille, avec des amis, en musique et autour d’un bon carri péï pour célébrer la mémoire de nos ancêtres, se rappeler le combat mené pour la liberté qui nous est offerte aujourd’hui. Le superflu ne doit pas faire oublier l’essentiel.

Depuis le milieu de la semaine dernière, des spectacles sont organisés pour commémorer la date anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 20 décembre 1848. Sur toutes les ondes, dans tous les journaux, les communes affichent leur programme. On parle fête, maloya et peu finalement de l’hommage qui doit être, en ce jour, rendu à nos ancêtres, à tous ceux qui se sont battus et ont péri pour défendre la dignité et la liberté de l’Homme réunionnais.

« I fo rann omaz bann zansèt »

Nathalie Natiembé que nous avons rencontrée vendredi soir au Kabardock pour le Dock Session Maloya - qui rassemblait sur la petite scène du Port les groupes In 2 ti kont, Kayambé, Zangoune et Bann Laope -, nous confie que depuis 4 ans, elle n’accepte plus de se produire sur scène pour le 20 Décembre. Il est important pour elle de préserver ce moment de partage et de fête en famille, roulèr battant et portes ouvertes à qui veut krazé un maloya, dans le respect du 20 Désanm d’avant. Elle comprend que certains jeunes groupes acceptent pour se faire connaître, mais elle estime plus important de faire avant tout de ce jour historique un moment de recueillement et de partage. Eno, leader du pur maloya à voix, paroles et rythmes de Zangoune, partage cet avis. « Nou di la Fèt la Liberté kom si té Sarda lavé donn anou. I fo rann omaz bann zansèt, Dimitile, Mafate, Simandèf, sinon Eli. Sé banna la parti trapé, la donn anou la liberté, sat nou nana zordi. Sé tout bann zésklav la parti maron, sé zot la par krévé dann kap, pou domoune i viv an moune, i giny zot dinité. I fo nou apran sa ». Pour Eno, si l’on veut mobiliser les artistes à l’approche du 20 Décembre, c’est avant tout dans les écoles, auprès des jeunes, pour favoriser cet échange et cette transmission. Ces jeunes qui, bien souvent, ne connaissent pas le “goûté” des musiciens locaux, de ceux qui portent une parole, un message.

« I doi èt inn fèt inportan pou tout domoune »

« Kan ou oi lo bann mèr i organiz lo 20 Désanm zist pou giny zéléksion, sé a sat i fra lo méyèr fèt dann son komin, é parkoté i fé pa rien zamé pou fé konèt listwar... Rien pou la lang non pli... Rien sinon lintéré ! Si ou ve travay su problèm délinkans, si la violans, i fo di anou ousa nou sort. I kolok dessi nimportkosa, soman zamé si nou. I fo pa atann Somèn Kréol pou di nou sé d’kréol, pou koz kréol. Somèn Kréol sé toultan, maloya sé toultan ». Zangoune jouera bien le 19 décembre au Port, mais le 20 sera avant tout dédié au kabar en famille avec les amis, les voisins, les proches. « Zordi, domoune i travay ankor pou 20 désanm. Bann magazin lé rouvèr é nou, nou sa pouss shario èk nout marmay kom si derien. Lé pa bon sa. Personn i doi travay pou 20 Désanm, i doi èt inn fèt inportan pou tout domoune ».
Ce 20 Décembre sera d’autant plus important pour Jean que toute la famille Laope pensera fort à la dernière Fèt Kaf de Maxime, un père, grand-père et arrière grand-père qui a nourri toute sa tribu avec la musique, « pou mèt anou droit », comme souligne son petit-fils. Jean se produisait, lui aussi, sur scène auparavant pour le 20 Décembre, il s’écharpait les mains sur sa peau de roulèr, sans même une bouteille d’eau à sa portée en retour. « Mi zoué maloya tout lané mé la mi rèt avèk marmay, famiy, kamarad i ve ni manz in bon kari kaf ». Si pour Jean, les jeunes connaissent aujourd’hui le 20 Décembre, il n’est peut-être pas sûr qu’ils en maîtrisent toute la portée historique, et comme Eno, il pense qu’« i fo bann shantèr maloya i sa dann kolèz ». Mais là encore, il y a du chemin à faire.

N’oublions pas de dire merci

Fêter le 20 Décembre, c’est commémorer la mémoire des marrons qui ont sacrifié leur vie pour défendre cette liberté, mais aussi celle des zarboutan du maloya (Gramoun Lélé, Gramoun Baba, Gramoun Bébé, Rwa Kaf...) qui ont porté par la musique, l’histoire d’un combat, d’un espoir, d’une identité. Le 20 Décembre est trop proche de Noël... c’est la faute à l’Histoire ! Mais dans notre société de surconsommation, il faut se rappeler que la liberté ne s’achète pas, elle se conquiert. Alors, plutôt que d’aller faire les magasins, plutôt que de succomber à l’instrumentalisation folklorique de ce jour historique, partageons ce moment en amis, avec nos proches. N’oublions pas de laisser un peu de carri sur le côté pour les ancêtres et pourquoi pas d’allumer à chaque fenêtre un fanal, une petite bougie pour leur dire que l’on pense à eux, leur dire merci.

Stéphanie Longeras


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