’Le rôle positif’ de la colonisation

’La loi de la honte’

10 décembre 2005

Les manifestations organisées par le “Collectif martiniquais pour l’abrogation de la loi de la honte” en référence au texte du 4 février 2005 faisant état du "rôle positif de la présence française outre-mer", et le refus du très respecté Aimé Césaire de recevoir Nicolas Sarkozy, ont eu raison de l’arrogance d’un ministre de l’Intérieur, venu en terre conquise pour mener campagne. À La Réunion, après une première pétition rédigée en février par Françoise Vergès, vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, une autre, engagée par Huguette Bello, a déjà reçu de nombreuses signataires pour que soit retiré ce texte infamant qui en revient à nier les exactions de la France colonisatrice au moment de l’esclavage.

o Carpanin Marimoutou, chargé de mission pour l’Association de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (AMCUR) :
"Un texte scandaleux"

Dès février, Carpanin Marimoutou s’est insurgé contre cette proposition de loi et a demandé son retrait immédiat par le biais de la pétition transmise par Françoise Vergès qui en tant que vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage a déjà soulevé au gouvernement la question de la non prise en compte de la mémoire esclavagiste et coloniale en France.
Il déplore que la France délègue cette partie de son histoire, de cette mémoire collective partagée par tous, conduisant ainsi aux problèmes des banlieues. Il soutient pleinement l’action d’Aimé Césaire en réponse à "un texte scandaleux qu’il faut absolument abroger" et explique la moindre réactivité à La Réunion (qui au-delà des pétitions a accueilli Nicolas Sarkozy). "La question de l’esclavage et de la colonisation n’est pas suffisamment évoquée ici, étudiée dans son rapport à l’histoire de France, à la République française. Il faut rappeler à la France que cette histoire est aussi la sienne, l’interpeller sur ce qu’est l’égalité quand on ne prend pas en compte la diversité des mémoires et des souffrances liées à l’histoire coloniale".

o Prosper Eve, historien :
"Il y a la loi, le droit et la réalité sociale".

"L’historien tend vers l’objectivité. À partir de là, quand on évoque une question, n’importe laquelle, on doit avoir le souci de la présenter sous tous ses aspects, positifs et négatifs, sans en cacher. Si la colonisation pourrait présenter, sous certains aspects, un visage plutôt positif (on parle de l’enseignement, de la santé), il faut aussi présenter son visage négatif, celui des guerres coloniales, du non respect des cultures, de la politique d’assimilation...".
Et si l’on envisage le maintient de cette loi, en dépit des contestations, Prosper Eve répond que "les lois existent mais l’on sait très bien que plusieurs sont transgressées et qu’elles sont faites pour être adaptées. Il y a la loi, le droit et la réalité sociale". "Les lois sont amendables, ce qu’un gouvernement fait, un autre peut le défaire, à partir de là il y a de l’espoir".

Propos recueillis par Estéfani


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Témoignages - 82e année


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