La Loi en procès. Une mise en scène réussie de Kafka par la Compagnie du Troisième Oeil

12 avril 2007

Au cours du week-end pascal, “Le Procès” a été joué deux fois au Théâtre de Champ-Fleuri par la Compagnie du Troisième Oeil. Cette pièce a clôturé les Théâtrales dont le parrain était Philippe Adrien, qui a adapté et mis en scène l’œuvre de Franz Kafka.

(photo Büstner)

Sans nul doute, le pari était difficile. Adapter cette œuvre inachevée de l’immense écrivain pragois constituait une véritable gageure. Et pourtant, Philippe Adrien et sa troupe y parviennent. Une de leurs forces principales réside dans la mise en scène. Celle-ci participe à l’immense sentiment d’incompréhension qui habite Joseph K., le personnage principal, magnifiquement interprété par Bruno Netter. Incompréhension devant la loi, ou plutôt la Loi, puisque c’est avant tout l’essence de ce texte impersonnel que Joseph K. fustige. Une fois condamné, ce dernier essaie de comprendre les fondements d’une telle accusation. La mise en scène met bien en évidence le caractère grotesque de cette demande. Il ne faut pas chercher de raison à l’accusation. Celle-ci se suffit à elle-même. Le pouvoir n’a que faire de ceux qui sont broyés, sans raison, par lui. A de nombreuses reprises, un ordinateur interprète les sentiments de K. comme si, par l’inhumanité de cette voix, le metteur en scène soulignait à quel point la parole humaine est désincarnée en face de la grandeur du processus administratif qui, seul, prime.
Lorsque Joseph K. tente d’interpeller ses concitoyens sur la machination dont il est l’objet, il ne rencontre que des égoïsmes (que ce soit l’oncle ou la voisine nymphomane) qui le renvoient à son individualité d’avant. Une fois attaqué, il ne semble pouvoir compter sur personne. Pour obtenir des faveurs de la Justice, il lui faut s’acoquiner avec des personnes qui ont accepté toutes les compromissions. Alors, cet être inadapté refuse de continuer à servir cette comédie désespérée, rompt son contrat avec son avocat et meurt exécuté par des séides du pouvoir.

Matthieu Damian


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Témoignages - 82e année


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