Présentation de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise à Paris

La MCUR, un projet ancré dans l’universel

23 mai 2009

La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) cristallise les enjeux du processus de transition de La Réunion hors de la période coloniale et de redéfinition de la place des Réunionnais dans la République.
L’actualité confirme la capacité de la MCUR à rassembler les Réunionnais.
Présenté samedi 16 mai en France par Françoise Vergès, Eric Alendroit et Paul Vergès, devant un public où la diaspora réunionnaise était largement représentée, le projet a fait l’objet d’un sondage dont les résultats, dévoilés lundi dernier, ont fait apparaître l’adhésion de la majorité des Réunionnais.

Manger pou le cœur

La salle Boris-Vian de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette était comble pour la présentation, samedi dernier, de la MCUR.
Après la projection d’un court-métrage, le propos fut introduit par Jacques Martial, Président de la Grande Halle de la Villette, qui évoqua l’importance du projet au regard de la diversité et de la créolisation croissante de la France.
Au cours des deux heures suivantes, Françoise Vergès, Eric Alendroit et Paul Vergès se sont attachés à faire connaître et partager au public les facettes plurielles de la MCUR.
Evoquant les bouleversements du monde contemporain, Françoise Vergès et Paul Vergès ont souligné l’enjeu décisif que constitue la réalisation de ce lieu de rencontre des cultures.
Pourquoi, se demande Françoise Vergès, investir dans la culture dans un monde dont les ressources viennent à épuisement, où le plus grand nombre peine de plus en plus à se nourrir ? Pourquoi se préoccuper de culture au cours d’une période où « l’empreinte écologique du siècle dernier » ayant été « plus profonde que celle de toutes les générations passées », seule la technique semble nécessaire à l’élaboration d’un nouveau modèle de développement durable ?
Parce que, répond-elle, « la détresse, les inégalités ne sont pas seulement causées par les manques matériels. Ce qui manque, en nous, est aussi de l’ordre de l’immatériel ».
Loin d’être futile, l’investissement culturel est ainsi plus indispensable que jamais : comment un autre monde serait-il possible sans idées, sans connaissances, sans réflexion sur tous ces acquis humains qui forment la culture ?
A La Réunion comme ailleurs, aucun nouveau type de développement ne pourra être atteint, aucune alternative ne pourra être inventée, si l’humanité ne reçoit pas, en plus des moyens matériels de sa subsistance, son manger pou le cœur.

Créolisation ou barbarie

Au cours d’une histoire sur laquelle pèse encore le temps long de l’esclavage et de la colonisation, les Réunionnais ont élaboré un univers collectif, marqué par le métissage biologique et par la fusion des cultures.
Notre île, rappelle Françoise Vergès, est un lieu où chaque groupe a apporté ses dieux, ses fruits, sa cuisine, sa langue et ses rites. La mise en partage des cultures a permis aux Réunionnais de s’ajuster et de se mélanger les uns aux autres, afin de résister aux régimes de violence qui ont dominé la plus grande part de l’histoire d’une terre dont les océans marquaient la limite infranchissable.
La transition démographique et le développement des techniques de communication rendent chaque jour notre planète plus étroite ; le risque que les rencontres entre les hommes ne prennent la forme de chocs brutaux ne pourra être conjuré que par la construction d’un vivre ensemble universel. Créolisation ou barbarie : tels sont les termes du défi que nous pose le monde qui vient.
L’histoire de La Réunion montre que l’affrontement des cultures, des ethnies et des croyances n’est pas une fatalité ; site commun qui donne à voir le processus de construction de l’identité réunionnaise dans toute sa richesse et toute sa complexité, le projet MCUR s’adresse aux Réunionnais, mais voudrait aussi parler au monde.

Prendre toute notre place au sein d’une République fraternisée

La construction de la MCUR signale une transformation radicale de la situation des Réunionnais au sein de la République. L’accueil du projet par cette grande institution française qu’est La Villette montre le chemin parcouru par les consciences, en France et à La Réunion.
Hier encore méprisée et réprimée, la culture créole est aujourd’hui en voie d’être reconnue au sommet d’une République que l’immigration et la mondialisation ont fait entrer, qu’on le veuille ou non, dans le processus de créolisation qui se déroule à l’échelle du monde.
L’Etat qui autrefois matraquait, refoulait dans les champs de cannes le maloya et dissimulait le fait esclavagiste apporte aujourd’hui son soutien à la construction de ce lieu de mémoire.
Pour les Réunionnais, l’ampleur du projet MCUR permet de donner à leur identité une résonance universelle, et de contribuer à la fraternisation de toutes les cultures au sein de la République, en affirmant, selon la formule employée par Paul Vergès, que nous sommes tous des enfants d’étrangers, que nous sommes tous des enfants d’immigrés. Cette adhésion à un projet culturel ouvert, la majorité Réunionnais l’ont exprimée lors des élections régionales, et l’ont encore confirmée à l’occasion d’un sondage publié par “Le Quotidien”.
La MCUR prend ainsi place dans le grand courant de transformation des mentalités qui parcourt un monde en mouvement. Dans cette perspective, les efforts de ceux qui voudraient réduire l’identité réunionnaise à la caricature larmoyante ou au cliché touristique n’apparaissent plus que comme la crispation pathétique d’un monde voué aux poubelles de l’Histoire.

Les atouts de La RéunionMaison des civilisations et de l’unité réunionnaiseSpécial 50 ans du PCR

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • Etudiante en urbanisme et environnement, je suis trés intéressée par votre projet. Néanmoins, il est trés difficile de trouver des documents détaillant clairement les moyens techniques mis en oeuvre dans l’élaboration de celui-ci. Quelles sont les entreprises qui vont travailler sur ce chantier ? Quels sont les matériaux utilisés et d’où proviennent-ils ?

  • Praline
    Tiens bo ma Belle
    Il faut bien avoir un nom et tu n’as pas à rougir du tien, loin s’en faut !!
    Moi qui suis ton parcours depuis si longtemps, moi qui ai tant appris auprès de ceux qui te sont chers, RESISTE !!!
    Je sais que tu as suffisamment de « niaque » pour faire valoir ce qui est devenu ton projet et surtout celui de beaucoup de Réunionnais qui, comme moi, n’ont pas l’habitude de dégainer lorsqu’ils entendent le mot KULTUR .
    Je t’embrasse
    Malou


Témoignages - 82e année


+ Lus