Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Seconde campagne de fouille archéologique sur l’île de Tromelin - 2 -
13 décembre 2008

Les découvertes faites au cours de cette mission ont été à la hauteur des espérances. L’habitat des naufragés, leur mobilier, les outils et les ustensiles retrouvés montre une société qui a su s’adapter au milieu et aux ressources locales. Une piste pouvant expliquer la disparition d’une partie de cette population a même pu être envisagée.
Outre l’étude du site de naufrage de l’Utile, la première mission archéologique effectuée en 2006 avait eu la chance de mettre au jour un élément de l’habitat des esclaves, des objets de la vie courante et avait fourni les premiers éléments de réflexion sur les conditions de survie des esclaves.
Dirigée par le Groupe de Recherche en Archéologie Navale (GRAN) avec le concours d’un archéologue de l’INRAP (Institut national de recherche archéologique préventive), la mission 2008 a permis de mettre à jour de nouveaux éléments :
- Des bâtiments d’une ampleur exceptionnelle
Si les découvertes de 2006 laissaient penser que les naufragés avaient construit des abris relativement simples, la fouille de cette année a permis de mettre au jour un ensemble de trois bâtiments dont l’ampleur étonne. Si l’espace intérieur est réduit, l’épaisseur des murs, mesurant entre 1 m et 1,5 m, leur donne une large emprise au sol. Les murs utilisent comme matériaux de construction : des blocs de corail, très abondants sur le rivage et des plaques de grès de sable présent sur la côte Est de l’île. Ces bâtiments constituent un ensemble original et remarquable.
- Un mobilier archéologique abondant retrouvé tel qu’il a été laissé en place en 1776
Dans l’un des bâtiments découverts, sans doute la cuisine, un abondant mobilier, le plus souvent métallique, a été trouvé en place autour d’un foyer aménagé. Dans la position de son abandon, le 29 novembre 1776, il donne une image très vivante d’une organisation maîtrisée des choses et de l’espace et des conditions de vie quotidiennes.
- La découverte d’ossements humains
Dans deux des bâtiments mis au jour, des ossements humains appartenant à deux individus distincts ont été retrouvés dans un niveau de déblais correspondant aux travaux de construction d’un bâtiment de la station météo, installée sur l’île depuis 1954. Ces deux corps ont de toute évidence été déplacés depuis une sépulture ou une chambre funéraire à l’occasion de ces travaux. Il est probable que les fondations du bâtiment en question, aujourd’hui démoli, recouvrent d’autres restes humains.
- La maîtrise des techniques de construction et de la métallurgie
Outre une maîtrise de la construction, dont il apparaît à l’évidence qu’elle a évolué avec le temps pour mieux répondre aux besoins et sans doute assurer une meilleure protection contre les cyclones, l’utilisation des métaux récupérés sur l’épave de l’Utile montre un savoir-faire évident : cuivre découpé, riveté et utilisé pour réparer les récipients provenant de l’Utile, fabriquer des cuillères et des aiguilles alènes ; clous de charpente et lames de fer récupérés sur l’épave ou sur la grève, omniprésents sur le site, utilisés comme outils : tisonnier, emporte pièce, marteau et sans doute pour assurer la couverture d’au moins l’un des bâtiments ; plomb fondu pour fabriquer de grandes bassines servant très probablement à la conservation de l’eau.
La conservation de l’eau dans des récipients en plomb pose la question d’une possible intoxication au plomb des naufragés.
Le plomb se fixant en majorité dans les os, une analyse de ces derniers devrait rapidement apporter une réponse à la question.
- Une organisation structurée et une grande faculté d’adaptation aux ressources locales
Cette maîtrise des ressources disponibles est d’autant plus étonnante qu’elle va parfois à l’encontre des habitudes des Malgaches. On sait en particulier qu’à l’époque sur la "Grande île", les habitations sont toujours construites en utilisant des matériaux végétaux symbolisant la vie et que la pierre est réservée aux tombeaux. Construire en pierre et avec l’ampleur constatée est non seulement affaire d’adaptation pratique mais aussi, on s’en doute bien, d’adaptation culturelle et psychologique.
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