JOURNÉE DU CHEVAL À MIEL VERT

La perspective d’un hippodrome donne de l’espoir

Avec un technicien URCOOPA de l’alimentation équestre

19 janvier 2007

« L’élevage des chevaux a encore beaucoup à apprendre, dans notre île ». Le technicien qui émet devant nous ce constat sait aussi que la perspective d’un hippodrome dans la zone de Cambaie, va obliger tous les acteurs de la filière à s’améliorer.
Rencontre avec Jean-Marc Chun-Chuen, technicien de l’alimentation équestre à l’URCOOPA.

A Miel Vert, cette journée de vendredi est dédiée aux activités équestres de loisir, avec toutes les perspectives qu’elles peuvent apporter au tourisme. Mais qu’un cheval serve aux labours, à la promenade ou à la randonnée et aux loisirs en général, à la compétition ou à la course, il lui faut une alimentation correspondant au plus près à ses besoins. C’est le domaine de Jean-Marc Chun-Chuen à l’URCOOPA, la structure coopérative qui livre 80% des haras de l’île en alimentation équestre : 70 tonnes (vrac et sacs) pour l’ensemble des clubs clients.
Il sait tout de la gamme des aliments disponibles et de ce qu’il faut donner à un cheval selon sa race, son âge, son sexe et son activité. Il fait pour plusieurs clubs de l’île les plans d’alimentation et les calculs de ration. « Ce n’est pas la même chose pour une jument en gestation, pour un étalon, un cheval au travail ou un poulain... »

Cela a l’air évident, mais faute d’en savoir plus, l’association d’éleveurs qui s’est créée dans le Sud de l’île pour faire de l’élevage de chevaux de course, a subi des pertes liées principalement à des questions d’alimentation. Après bien des déboires, il est resté huit juments, dont six ont mis bas des poulains qui ont aujourd’hui entre 6 et 8 mois.
Jean-Marc Chun-Chuen est passionné par la perspective de l’hippodrome, même si le projet - qui n’en est qu’à ses balbutiements - appelle encore des clarifications (encadré). Il en est dans l’île que la perspective des paris met en transes et stimulent bien plus que n’aurait pu le faire, semble-t-il, le seul amour des chevaux.
« Il va y avoir un problème de foin et de litière, quant à la quantité, la qualité et la régularité. Et il faudrait pouvoir produire pour l’ensemble des chevaux, et pas seulement pour les chevaux de course. Et aussi pour la filière bovine ».
On ne sait trop, dans ce discours, s’il est un encouragement pour les agriculteurs de l’île à produire davantage et mieux ou si c’est déjà une condamnation de ce qui pourrait provenir du marché local. On importe bien les chevaux...
Ce qui stimule ce fabricant d’aliment est que la définition de la « fourchette de tolérance dans le montage d’une ration » est autrement plus compliquée pour un cheval de course que pour un cheval “normal”. « Les matières ajoutées - oligoéléments et vitamines- répondent aux besoins d’un cheval normal. Mais les besoins d’un cheval de course sont des besoins d’énergie » poursuit-il. Et selon lui, c’est « la ration calculée au plus juste » qui permettra aux chevaux de réaliser « le meilleur chrono ou le meilleur classement possible ».
Jean-Marc Chun-Chuen décrit ensuite les phases d’un investissement sur trois ans, avant qu’un cheval puisse courir : de la gestation (11 mois) au sevrage (à 6 mois) et pendant la croissance d’un yearling (jusqu’à 2 ans), âge où le poulain est pris en main pour le « débourrage » (éducation du cheval), pour pouvoir courir à trois ans. « C’est là qu’intervient l’évaluation au plus précis des apports nutritifs par rapport aux besoins » estime le technicien. « Au final, ce qui importe le plus est d’apporter aux éleveurs les éléments d’une bonne gestion : qu’ils sachent ce que ça coûte vraiment d’élever un cheval ».
Certainement beaucoup d’argent. Henni soit qui mal y pense.

P. David


L’hippodrome : avec ou sans rotations extérieures ?

Lorsque certains mordus de l’hippodrome disent qu’il faudrait « 250 à 300 chevaux de course dans l’île pour faire fonctionner la structure », ils pensent manifestement à un cheptel constant, élevé dans l’île (à partir de chevaux d’importation) et disponible pour les courses. Mais si ces courses doivent donner lieu à des paris, qui pariera encore longtemps sur des chevaux dont les performances seront vite homologuées et hiérarchisées ?
Une fois identifiés les meilleurs, qui continuera à parier sur les autres ?
A l’île Maurice, nos voisins font venir des chevaux d’ailleurs pour renouveler le suspense. A La Réunion, certains commencent à dire que si nous n’obtenons pas de faire évoluer la réglementation européenne - qui interdit l’introduction de chevaux de Maurice ou d’Afrique du Sud - l’intérêt d’un hippodrome va vite s’affadir, faute d’une rotation pour maintenir l’intérêt des courses. Le débat va bon train.


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