Les Musulmans dans le sous-continent indien selon Marc Gaborieau

« La plus grande minorité du monde »

29 octobre 2007

Marc Gaborieau, anthropologue et spécialiste du continent indien, clôturait hier soir la série de conférences sur le thème de l’Islam, au Département. Invité par l’association pour le centenaire de la Grande Mosquée, l’intervention de Marc Gaborieau a porté sur les évolutions et perspectives de l’Islam dans le sous-continent indien, région d’où sont originaires les Zarabs de La Réunion. L’anthropologue consacre son dernier ouvrage, “Un autre à Islam”, à cette plus grande minorité musulmane du monde. A la question : êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’Islam dans cette partie du monde ? Il répond : « Je préfère dire que je ne suis pas pessimiste ».
« Le sous-continent indien, c’est l’Inde avant l’union de 1947, c’est-à-dire 7 pays. L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka, les Maldives, le Népal et le Bhoutan »,
souligne Marc Gaborieau. Grâce à un travail de terrain, comme au Népal ou au Tibet, et l’apprentissage des langues (anglais, népali, hindi-ourdou, persan, arabe), le chercheur est devenu l’un des spécialistes de la population musulmane du sous-continent. Il y a dans le monde 1,2 milliard de musulmans, dont 400 millions dans ces 7 pays. « Cette communauté est plutôt mal répartie, plus présente au Pakistan, au Bangladesh, aux Maldives », précise-t-il. Malgré le nombre important d’individus au sein de cette communauté, elle reste une minorité, mais sans doute « la plus grande minorité du monde ». Elle doit coexister avec 1 milliard d’Hindous.
Pourtant, Marc Gaborieau le rappelle, « l’Islam est une partie intégrante de l’histoire de ce sous-continent ». Du 13ème au 17ème siècle, l’Inde a été dominée politiquement par les Musulmans, en majorité les Sunnites. Les côtes de l’Inde sont d’abord enveloppées par les marchands musulmans. A partir du 11ème siècle, la dynastie turque conquit l’intérieur du sous-continent, au 13ème siècle, la capitale de l’Inde musulmane, Delhi, est fondée, entre le 16ème et le 18ème siècle, c’est au tour de la dynastie mongole d’investir les terres.
Aujourd’hui, « l’Islam est considéré par une majorité d’Hindous comme une religion étrangère ». Ce clivage traditionnel, explique Marc Gaborieau, est parfois utilisé pour provoquer des conflits. Il évoque les violences (massacre de fidèles, viols, attentats) entre les deux communautés dans le Gujarat en 2002. « La ligne de fracture est plutôt à l’intérieur de chaque fondamentaliste », entre les fondamentaux et les fidèles. « Mais les groupes sociaux ne sont pas totalement séparés ».
Marc Gaborieau garde espoir quant aux perspectives d’évolution du sous-continent indien. Même si, pour le Bangladesh (les violences au moment des élections législatives cette année) et le Sri Lanka, les deux communautés hindoue et musulmane sont encore dans l’impasse. Pour l’Inde, malgré la montée du nationalisme hindou (1992-2004), il faut noter que les massacres du Gujarat en 2002 ont été sanctionnés par la justice, et des procédures sont en cours alors que le calme est revenu.
Au Pakistan, a été votée en 2006 la Loi de protection des femmes, qui assouplit les lois islamiques de 1979. Une réforme portée par le Président Pervez Moucharraf, qui n’a pas cédé devant les pressions conservatrices. Mais la marche est encore longue pour le respect des droits de la personne. C’est encore à la femme victime de prouver le viol, et l’adultère est encore passible de peine de prison.

Edih Poulbassia


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • ce ne sont pas les mongols mais les moghols qui ont dominé l’Inde. Les mongols etant boudhistes et animistes. ils ont conquis une grande partie de l’asie de la chine à l’europe de l’est mais jamais l’inde.


Témoignages - 82e année


+ Lus