Autour du livre de Reynolds Michel une conférence-débat

La responsabilité des acteurs culturels et religieux

15 juin 2007

Des amis de l’ancien prêtre de La Rivière des Galets, expulsé de La Réunion en 1970, tirent des enseignements de son ouvrage sur une vie de lutte et des répressions.

Photo BBJ

Le samedi 2 juin dernier s’est déroulée à la médiathèque Benoîte Boulard du Port une conférence-débat à l’occasion de la sortie du livre de Reynolds Michel, “Au cœur des conflits” (voir “Témoignages” du mercredi 13 juin). Dans cet “itinéraire d’un chrétien engagé”, l’ancien prêtre de La Rivière des Galets, arrêté comme un brigand et expulsé de La Réunion le 29 décembre 1970 pour cause de solidarité avec les luttes de libération du peuple réunionnais, raconte notamment toutes les répressions dont il a été victime de la part des pouvoirs religieux et civils tout au long de son sacerdoce. Lors de cette rencontre, Reynolds Michel et ses amis - aux engagements religieux, culturels et politiques très divers - ont notamment évoqué l’espèce de totalitarisme qui régnait sur notre île dans les années 60-70. Un contexte marqué en particulier par les violations de droits humains fondamentaux, comme le suffrage universel et les libertés individuelles.

« Un humaniste »

Benoît Giraudet, Portois d’origine, se souvient avec émotion des services rendus à la population par le Père Michel, jeune prêtre de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc. Le président du Syndicat des apiculteurs de La Réunion se rappelle comment, lorsqu’il était enfant, il découvrit son île « grâce à cet humaniste, citoyen du monde », lors de sorties dans les écarts, jusqu’à Mafate. « Malgré cela, lorsqu’il a été expulsé, nous n’avons rien fait », regrette Benoît Giraudet. Et Théophane Rey, aumonier de la mer, d’ajouter, un peu amer : « la majorité des prêtres à La Réunion ont soutenu cette expulsion ».

Le co-développement régional

Grâce aux luttes menées par l’union des travailleurs et des démocrates, aujourd’hui le contexte est devenu un peu plus démocratique et des progrès sociaux ont été arrachés. « On récolte les fruits des batailles menées ensemble durant les décennies passées », affirme Paul Hoarau, ancien directeur du “Progrès”. Pour lui, Reynolds Michel nous a montré qu’« on ne peut pas être chrétien dans la bondieuserie mais en changeant la vie des humains ». Il souligne que de très graves problèmes restent à résoudre et que des solutions sont à mettre en œuvre tous ensemble pour relever les grands défis de l’avenir. Parmi ces solutions, le conseiller municipal d’opposition à Saint-Denis met en avant la prise en compte du contexte indianocéanien de La Réunion. Pour lui, le co-développement régional est à la fois un devoir prioritaire des Réunionnais à l’égard des peuples frères de l’indianocéanie et un moyen fort de résoudre nos propres problèmes. Un point qui est largement exposé dans la plate-forme de l’Alliance.

« Bouger ensemble »

Pour Jacques Denis, formateur éminent au Greta Neotech 3, « il est important pour les Réunionnais d’avoir un projet collectif. Nous devons bouger ensemble. La Réunion a beaucoup changé au cours des dernières décennies mais il est important de le faire savoir savoir aux marmay et aux jeunes pour les aider à avoir de nouvelles perspectives ». « Nous devons respecter le devoir de mémoire, mais dans la passion de l’avenir », ajoute Reynolds Michel. Une idée reprise par Monique Dijoux, enseignante en langue et culture régionales (LCR) : « les jeunes ont besoin de repères. La connaissance de leur langue maternelle et de leur pays est un élément essentiel de ce point de vue. La bataille pour l’enseignement des LCR n’est pas encore gagnée, il y a encore trop de réticences, en particulier du côté de certains politiques ».

L’alliance des Réunionnais

Alain Moreau, cadre à la Mairie du Port, abondait dans le même sens : « de nombreux problèmes sont encore là, on a besoin de se battre tous ensemble pour les régler. Tirons des enseignements du passé pour mener ces combats d’aujourd’hui ». Parmi ces enseignements, il y a les questions que l’on peut se poser sur les responsabilités des acteurs culturels et des religieux face aux problèmes de leur époque. Comment s’engagent-ils pour changer les choses ? Autre leçon du passé que l’on peut tirer du livre “Au cœur des conflits”, c’est que le peuple a toujours réussi à progresser dans le respect de ses droits et de sa dignité lorsqu’il était uni dans la lutte, au-delà des différences légitimes. Cette alliance des Réunionnais est plus que jamais à l’ordre du jour.

L. B.


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Témoignages - 82e année


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