La Réunion : une identité métissée confondue dans un partage de cultures qui enrichit et consolide notre société.

9 janvier 2009

La civilisation réunionnaise est le fruit d’une construction réalisée tout au long d’un cheminement de notre douloureuse histoire marquée par l’esclavage. La société réunionnaise repose sur une identité conditionnée par l’histoire : nous sommes alors un peuple métissé partageant les valeurs de l’Afrique, de Madagascar, de l’Asie et de l’Europe.
La MCUR valorisera ces civilisations de nos ancêtres, mettra en valeur chacun de ces apports, permettra à chaque réunionnais de se reconnaître, de mieux s’intégrer, d’être ouvert à toutes les cultures sans jamais être assimilé.
La MCUR mettra aussi en avant l’histoire d’un peuple issue de plusieurs vagues d’immigration. Nous pourrons ainsi apprécier la reconnaissance de notre culture métissée qui a construit notre unité. L’histoire explique dans un premier temps cette identité.

Cette culture métissée repose sur quatre étapes du peuplement :

1/ 1663-1715 : c’est la première phase du peuplement de l’île qui signe dès le départ ce fort métissage originel avec l’apport de plusieurs populations venant de la France, du Portugal, de l’Inde, de Madagascar.

2/ 1715-1848 : le temps de la ségrégation imposée avec l’esclavagisme.
Les Lettres patentes de 1723 officialisent l’esclavage et entraîne une ségrégation entre les deux groupes : les colons libres et les esclaves. Nous entrons alors dans ce que les sociologues appellent la période du « blanchissement forcé » qui ne met pas fin pour autant au métissage.

3/ 1848-1945
 : la complexité ethnique accrue.
Cette période marquée par l’abolition de l’esclavage va voir se développer un nouveau système de main d’œuvre fondée en 1827. L’engagisme va amener sur l’île de nouvelles populations en majorité issues d’Asie, Inde, Chine..., des immigrants libres indo-musulmans accompagnent ces mouvements. Notre cuisine variée, épicée, parfumée reflète ce métissage.
A la différence de ces esclaves, tous ces immigrants ont le statut libre et ont le droit de pratiquer leur religion. Ce qui entraîne de nouvelles pratiques culturelles et cultuelles dans l’île.
Néanmoins, la ségrégation raciale et sociale, héritée d’un siècle et demi de l’esclavagisme, limite fortement le brassage des communautés. Mais beaucoup d’engagés indiens, comme dans toute migration de travail, sont restés dans l’île après leur contrat et deviennent créoles par mariage.

4/ De la départementalisation à nos jours
 : le retour aux sources.
La départementalisation va entraîner de nouveaux flux migratoires dans les deux sens : arrivée de Français (surtout Métropolitains et Mahorais), émigration de Créoles avec le BUMIDOM...
L’amélioration des transports multiplie les échanges en accentuant donc une meilleure approche de l’autre. L’île de La Réunion enregistre entre les années 1982 et 1990 le plus de mariages entre gens d’origines différentes.
Ainsi, après la tragique coupure de l’esclavagisme, La Réunion retrouverait sa situation de départ, un fort métissage ethnique et social.

Ces évènements historiques nous amènent alors à dire que la culture créole, exprimée par sa langue, est la base de l’identité réunionnaise. Cette identité créole faite par acculturation de diverses valeurs apportées par les différentes composantes de la population induit une conception ouverte de la créolité qui est enrichissante.
Notre musique créole : le maloya, le séga, la musique indienne, le quadrille créole s’inscrivent dans cette culture créole métissée.
L’histoire et la géographie sont nécessaires pour enrichir cette identité plurielle. Rappelons qu’à La Réunion, de gros efforts ont été faits, efforts soutenus, encouragés par la Région et le Département, pour équiper l’enseignement primaire et secondaire, encore faut-il que les programmes nationaux imposés nous permettent librement de les enseigner à nos élèves.

Enfin, n’oublions pas l’ancestralité. Dans notre île, le respect des ancêtres est une valeur forte, à condition de ne pas en faire un alibi pour rejeter l’autre ou pour justifier des comportements passéistes. Au contraire, ce patrimoine immatériel, un héritage de nos ancêtres, doit unir davantage les Réunionnais et être valoriser. Le maloya est une constante de ce patrimoine longtemps rejeté, opprimé. Le maloya ouvre les portes de la liberté, c’est un langage, la langue créole métissée de notre identité plurielle enrichie par tous ces apports de civilisations qui cimentent notre société réunionnaise d’aujourd’hui.

Aline Murin Hoarau,
Adjointe au maire de Sainte-Suzanne


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