La Région marque le 10 mai

La révolution culturelle est en marche

18 mai 2006

Pour marquer le 10 mai, le Conseil régional accueillait hier soir une conférence publique de la vice-présidente du comité pour la mémoire de l’esclavage, Françoise Vergès qui, au-delà de l’historique menant à cette journée, donne la perspective des luttes à venir.

Avant l’intervention de Françoise Vergès, les deux vice-présidents de la Région Radjah Veloupoulé et Raymond Mollard ont réaffirmé à quel point le 10 mai est un tournant historique dans l’évolution des mentalités et dans l’histoire de la France qui ainsi, comme le déclarait ensuite la vice-présidente du comité pour la mémoire de l’esclavage : « Pour la première fois, la France, en tant que nation, en tant qu’État, se souvient de cette histoire qui est la sienne. » Quelle histoire ? Celle de l’esclavagisme colonial qui a mis en branle la mondialisation et qui est à l’origine de la genèse de nos sociétés créoles ultramarines.

Résistance

Pour arriver au discours que le président de la République Française a tenu le 10 mai dernier, il a fallu un long cheminement, une réelle bataille qui ne s’est pas faite sans rencontrer, aujourd’hui encore de multiples résistances. Ces résistances ont été débattues hier avec la salle. Elles sont de différents ordres et semblables à celles qu’a pu rencontrer ici-même la commémoration du 20 décembre avant de devenir la fête réunionnaise de la liberté. Il semble que ceux qui résistent à ce devoir qu’a la France d’intégrer dans l’histoire de la nation, l’étude de la traite et de l’esclavage, résulte souvent d’un point de vue aveugle, beaucoup ne comprenant pas la légitimité de la démarche et voulant la taxer de communautarisme.

Changer les mentalités

Au contraire, c’est bien en voulant limiter cette commémoration à un groupe de gens, les noirs, que les opposants tombe dans le communautarisme, car il s’agit bien de l’histoire de tous les Français. Paul Vergès notait par ailleurs que si ce devoir d’histoire avait été entamé plus tôt, bien des conflits sociaux actuels auraient pu être évités en métropole. En effet, s’il ne fait aucun doute à La Réunion que quelles que soient nos origines, nous sommes tous Français, la métropole n’a pas encore effectué cette révolution dans les mentalités.

Le 10 mai pourquoi ?

Le 20 décembre nous appartient, depuis 1983 c’est un jour férié. Au 10 mai, il nous appartient de faire connaître à La France une partie de son histoire trop longtemps ignorée. Cette date sera consacrée principalement, dans toute la France, à expliquer dans tous les cours, quelles que soient les matières, ce que fut la traite et l’esclavage. Il nous revient d’engager ensemble une réflexion tant sur le système colonial que sur les personnes pour voir que derrière le terme esclave, il y a des personnes, des hommes, des femmes qui ont vécu la déshumanisation la plus complète.

Un travail de tous les jours

La révolution culturelle est en marche, la réflexion engagée par La France rejoint un thème international qui trouve son écho en tous les points du globe : celui de crime contre l’humanité. La lutte pour sortir l’histoire du fénoir n’est pas à son terme, ce premier 10 mai en appelle d’autres et le travail sera long pour vaincre les résistances, la recherche difficile pour faire connaître la vérité.

Eiffel


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus