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Karl Bichik retrace le Kanal bishik
19 juillet 2006

Azalées Éditions vient de faire paraître un nouvel ouvrage sur la route du Littoral. L’idée vient de l’éditeur Christian Vittori qui s’est tourné vers Karl Bichik, pseudonyme d’un auteur énigmatique qui ne dévoile pas son identité.
Quelle est l’historie de la naissance de ce livre ?
- Christian Vittori : C’est un peu comme pour le livre rouge “Le chik, le choc, le chèque”. Quand la falaise s’est effondrée, je me suis rappelé qu’il y a eu beaucoup d’articles sur cette route mythique, notamment ceux de Jacques Lougnon. Je suis allé voir Karl Bichik qui, de manière imagée, habite dans une forêt au fond d’une ravine, et nous avons fait “La Route du Littoral, Histoire et devenir”, le livre bleu.
Quel est l’objectif de ce livre ?
- Beaucoup de gens parlent de cette route. Ici, c’est une initiative d’éditeur pour aboutir à un ouvrage de référence historique. En tant que Directeur de publication, j’ai aussi mené tout le travail de recherche bibliographique ainsi que les recherches parallèles. Il y a des gens pour, des gens contre. Nous pensons qu’il faut avant tout donner des éléments de réflexion. Qu’il n’y ait pas, dans un sens ou dans l’autre, de prise de décision trop rapide. À notre sens, la première décision à prendre était bien de rouvrir la route. Si on relativise, les dangers restent minimes par rapport aux nombres de routes réunionnaises qui sont bien plus dangereuses. Le gros point noir de la route du Littoral se situait pendant longtemps au niveau de la Grande Chaloupe, avant la mise en place de la bretelle. C’est d’ailleurs là qu’est mort Jacques Lougnon.
Le deuxième objectif est d’apporter des éléments de réflexion à travers l’histoire pour être à l’écoute de tout ce que les gens ont dit, ou du moins les meilleurs passages. Ce n’est pas un livre orienté. Nous donnons vraiment la parole à un maximum de personnes, y compris aux poètes, aux chansonniers, aux écrivains. Plusieurs propositions ont déjà été formulées, et depuis longtemps. C’est un enjeu de société, et chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. Le projet Defaud-Lougnon par exemple proposait l’instauration d’un espace de 25 mètres entre la route et la falaise en empiétant sur la mer, mais quand le cyclone arrive, le problème se repose. Ce n’est pas facile.
À qui destinez-vous cet ouvrage ?
- C’est un livre qui se lit facilement. Il est à destination de tout le monde et pas seulement pour les décideurs politiques ou les ingénieurs. Cependant, ces derniers, qui sont en phase de décision, pourraient s’en servir pour disposer d’éléments culturels, géographiques, historiques...
Comment interpréter l’exergue : "Errare humanum est, perseverare diabolicum est" ?
- L’erreur est humaine, persévérer dans l’erreur est diabolique... Il ne faut pas continuer à ignorer les anciens, il ne faut pas décider sans entamer une vraie réflexion. Il ne faut pas que l’ingénieur ou le politique coupe et tranche sans prendre en compte tout ce qui se dit. C’est un ouvrage citoyen. Si on avait tenu compte à certaines époques de certaines propositions, plusieurs erreurs auraient pu être évitées. La mort de Jacques Lougnon, suite à son accident du 5 novembre 1997, aurait pu être évitée. Il ne faut pas qu’on nous impose une solution pour les décennies à venir, sans l’aval de tous et de chacun. Il faut entendre cette voix citoyenne.
Il ne faut pas chercher un responsable, un coupable, comme on l’a fait vis-à-vis de Paul Vergès après l’éboulement. Sur cette route, tout est affaire de co-responsabilité collective, à tous les niveaux. Pour le prochain projet, il faudrait que tout le monde signe. Parce que si à chaque fois qu’un galet tombe, on veut toujours que ce soit de la faute de quelqu’un, on ne s’en sortira pas. C’est un choix profond qui engage le développement économique de La Réunion.
Entretien réalisé par Francky Lauret
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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