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par le Dr Raymond Vergès

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Lambrakis revit par la solidarité des Portois

Le Port se souvient :

mardi 23 mai 2023, par Kalouma


Il y a soixante an, le 22 mai 1963, Grigoris Lambrakis (Γρηγόρης Λαμπράκης) , un dirigeant communiste grec de grande renommée, élu deux fois député, est assassiné par des fanatiques d’extrême-droite, dans le contexte de la « guerre froide ». Il décède le 27 mai, à l’âge de 40-41 ans. Les Portois se souviennent qu’en 1971, la toute jeune municipalité démocratique conduite par Paul Vergès, a choisi de donner le nom de ce résistant et combattant grec de la liberté au stade municipal. Par solidarité.


Les épreuves n’ont pas été épargnées à la Grèce au cours du 20e siècle. Après la première Guerre mondiale, elle connaît l’occupation allemande, puis la guerre civile (1946-1949). Après la guerre civile, dans un contexte économico-social très dégradé, le KKE – parti communiste grec – met en place un système d’aide sociale qui lui vaut une grande popularité. Qui lui vaut aussi, parce qu’il n’est pas au pouvoir, d’être pourchassé par les autorités en place, puis interdit.

Grigoris Lambrakis était un jeune résistant, un patriote grec né en 1912 dans le Péloponnèse ; il s’est formé comme médecin gynécologue-endocrinologue ; il était pacifiste et c’était aussi – et surtout, dans l’histoire rappelée ici – un sportif de haut niveau, coureur marathonien, qui ne manquait jamais de lier les événements sportifs auxquels il participait aux luttes sociales et politiques de son peuple. Il a été élu député à deux reprises, la deuxième fois sous un nom de clandestinité parce que le KKE était frappé d’interdit.

L’annonce de l’attentat, le 22 mai 1963, puis celle de sa mort cinq jours plus tard, a été un grand traumatisme pour le peuple grec tant étaient grandes l’admiration et la sympathie qu’il lui portait. Une enquête menée sur l’assassinat de Lambrakis a mis en évidence l’existence d’un crime d’État, qui a provoqué la chute du gouvernement de Caramanlis.

Une grande manifestation a eu lieu, organisée par le musicien Mikis Théodorakis. Fondateur des Jeunesses Lambrakis, M. Theodorakis a été emprisonné à Oropos sous le régime des colonels (1967-1974), torturé puis arraché à ses tortionnaires par une puissante campagne de solidarité en Europe, et particulièrement en France, où sont venus se réfugier bon nombre d’intellectuels grecs.

Ces faits et la quête de vérité qui les a mis au jour, ont été d’abord racontés dans le roman de Vassilis Vassilikos (1967), dont s’est inspiré Costa-Gavras pour écrire, avec Jorge Semprun, le scénario du film « Z » sorti à Paris en février 1969.

Tel est le contexte, à la fin des années 60-début 70, dont s’inspirent Paul Vergès, élu maire du Port en mars 1971, et les communistes portois lorsqu’est convoqué le conseil municipal du 29 octobre 1971, qui mentionne, en 7e point de son ordre du jour, la « dénomination du stade municipal ». Pour la petite histoire, cette dénomination était déjà inscrite à l’ordre du jour du CM du 31 août… qui a été reporté, peut-être en raison de l’absence de Paul Vergès à ce moment-là. Toujours est-il qu’un débat a eu lieu dans le conseil municipal et au sein de la majorité, dont deux conseillers proposaient de choisir le nom d’un sportif réunionnais.

Mais la solidarité envers les luttes des peuples du monde l’a emporté : du Chili à l’Afrique du Sud ou Madagascar, des Etats-Unis au Mozambique, à Cuba ou à la Colombie… Elle a été de longue date une caractéristique des conseils municipaux portois à direction communiste.

Il suffit de marcher dans les rues et ruelles du Port pour faire un tour du monde des luttes populaires, célébrées le plus souvent pour leurs avancées démocratiques, quelquefois aussi pour leurs tragédies…

Kalouma

« Z » de Costa-Gavras :
Un film engagé contre la dictature des colonels grecs

Le 21 avril 1967, un coup d’État militaire en Grèce porte au pouvoir un « quarteron » de colonels emmenés par le colonel Georgios Papadopoulos. Ils y resteront jusqu’au 24 juillet 1974.

C’est sur ce coup d’État d’une junte militaire que finit (dans un raccourci temporel de fiction) le film « Z » (pour ζῇ / zi, Il vit) réalisé par Konstantinos Costa-Gavras en 1968. Quand il sort en février 69, la presse française salue « un premier grand film politique français » – Costa-Gavras, né en 1933 en Grèce, vivait en France depuis 1952 – et Z a en effet reçu de nombreux prix : prix du jury à Cannes et prix d’interprétation pour Jean-Louis Trintignant (dans le rôle du juge) ; Oscar du meilleur film étranger et du meilleur montage, à Hollywood où il fait un triomphe.
Le cinéaste Jules Dassin et la chanteuse grecque en exil Mélina Mercouri font connaître la cause grecque.

C’est un film à suspens qui raconte l’histoire d’un juge (incarné par J-L. Trintignant) et d’un journaliste (Jacques Perrin) enquêtant sur l’assassinat politique du député communiste Grigoris Lambrakis (Yves Montand), victime d’un attentat, à Thessalonique, le 22 mai 1963. Renversé par un triporteur que montaient deux éléments de l’extrême-droite fasciste, le député est atteint gravement à la tête et décède cinq jours plus tard, le 27 mai. C’est alors qu’apparait sur les murs d’Athènes et un peu partout en Grèce, la lette « Z ».


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Messages

  • J’encourage vivement les camarades à revoir ce beau film politique, sur une plateforme, you tube, ou en DVD trouvé dans une brocante, un vide grenier ou encore sur le Bon Coin par exemple qui relate un évènement tragique en Grèce, avec de très bons acteurs français, et un cinéaste fier de ses origines et qui a bien su retranscrire cette histoire à laquelle on ne peut pas s’empêcher de penser en ce moment d’incertitude dans le monde avec des retours de l’extrême droite conservatrice, les guerres, jusqu’en Grèce justement où des élections viennent d’avoir lieu, suivie d’un second tour, finalement un peu comme la Turquie toute proche avec là aussi un risque de retour "risqué" sous couvert de changement, enfin, là encore, nous verrons bien les résultats et la suite de ce qui va se passer dans ces deux pays, les problèmes à résoudre ne manquent pas, c’est sur malheureusement, Arthur qui attend le train TER Ste Rose-St Joseph....

  • Une précision : lors de la séance du Conseil Municipal du Port du 31 Août, séance présidée par Ariste BOLON, premier adjoint qui remplaçait ce jour notre camarade Paul Vergès, absent du département, la décision a été prise, à deux voix près, celles de deux élus qui souhaitaient que le Stade porte le nom d’un sportif portois, de dénommer le stade du nom du héros grec Georges Lambrakis.
    La préfecture a demandé que cette décision soit annulée car susceptible de diviser l’opinion porteuse.
    Le 29 0ctobre, le conseil, présidé par Paul, a confirmé sa décision.
    Les deux documents que je vous joins par ailleurs l’attestent ?


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