Culture et identité

Langue créole à l’école : Lantant LLKR, la FCPE, l’UNAAPE et la FSU interpellent le Rectorat de La Réunion

Après la promulgation de la loi sur la protection et la valorisation des langues régionales

Témoignages.re / 9 juillet 2021

Lantant LLKR, deux associations de parents d’élèves (FCPE et UNAAPE), et le syndicat FSU ont adressé hier une lettre ouverte commune à la Rectrice de l’Académie de La Réunion. Ils rappellent tout d’abord l’avancée considérable permise par la loi sur la protection des langues régionales. Rappelant qu’au moins 80 % des Réunionnais ont le créole comme langue maternelle, les auteurs de la lettre rappellent que « l’instance de réflexion légale, le CALCR, ait été mise au point mort malgré nos relances ». La dernière réunion date de la rentrée 2020, bientôt un an !

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Madame la Rectrice,
Nous sommes heureux que la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion ait été promulguée ce 22 mai 2021. Certes, les discussions se poursuivent, tantôt dans une optique d’ouverture vers un bilinguisme équilibré, tantôt avec un sentiment de rejet face à un hypothétique remplacement de la langue nationale. En ce qui concerne la Réunion où plus de 80 % de la population parlent créole réunionnais en plus du français, nous maintenons qu’un continuum d’enseignement allant de l’immersif en langue régionale vers un bilinguisme français / langue régionale pour les familles qui le souhaitent, ouvrirait sans doute de nouvelles perspectives de réussites scolaires. Le rôle à jouer par l’académie de la Réunion dans la généralisation de l’offre bilingue et la transmission de savoirs en contexte est absolument essentiel.

La route en ce sens est encore bien longue si l’on s’en tient aux 5 % d’enseignants formés au primaire et à la poignée de certifiés qui tentent d’œuvrer tant bien que mal au secondaire. Cette situation que nous pointons depuis des années reste la même malgré la nécessité maintes fois démontrée d’une politique linguistique davantage en phase avec l’environnement de nos enfants.
Nous poursuivons de ce fait nos rappels pour que le rectorat prenne les responsabilités qui sont les siennes en matière de langue et de culture, leviers parmi d’autres de la réussite du plus grand nombre des élèves.

Le vote de cette loi traduit le chemin engagé dans notre société pour renforcer et développer les possibilités d’éducation de nos enfants réunionnais en accord avec les principes de la République et leur identité. Nous contribuerons à faire en sorte qu’à la Réunion, chaque parent, et donc chaque enfant aient le droit et le choix de s’inscrire dans une éducation publique qui utilise et se base plus habilement sur la langue et la culture réunionnaises ; une éducation qui valorise et qui soit en mesure d’accroître de façon sereine et cohérente leurs réels potentiels.

Par conséquent, nous nous interrogeons sur le fait que l’instance de réflexion légale, le CALCR [1], ait été mise au point mort malgré nos relances. Notre dernière concertation date d’avant la rentrée 2020 [2], les commissions de travail prévues dans ce cadre avec les différents acteurs n’ont toujours pas eu lieu. Vous nous aviez affirmé le 29 mars 2021 que « ces acteurs, seront associés à la rédaction de fiches-actions qui incluront : constat, levier, programmation, objectif et indicateurs. » Une urgence se fait ressentir face à ce qui s’apparente et qui est vécu comme un manque d’engagement. La réglementation exige pourtant la tenue de cette instance deux fois par an.

Nous sommes obligés de regretter, qu’à la fin de cette année scolaire, nous soyons encore en train de réclamer que ces travaux soient menés à bien avec l’ensemble des représentants de la communauté éducative. Nous nous réservons le droit d’interroger, auprès des instances habilitées, cette non-conformité vis-à-vis du cadre légal dont le rectorat doit être garant.

Daniel Amouny (FCPE)
Guillaume Aribaud (FSU)
Giovanni Prianon (Lantant LLKR)
Jean René Lefèvre (UNAAPE)

[1NDLR : « Le conseil académique des langues régionales participe à la réflexion sur la définition des orientations de la politique académique des langues régionales qui sont arrêtées après consultation des comités techniques départementaux, des comités techniques académiques, des conseils départementaux de l’éducation nationale et des conseils académiques de l’éducation nationale. A ce titre, il est consulté sur les conditions du développement de l’enseignement de ces langues et cultures régionales dans le cadre de l’élaboration d’un plan pluriannuel.
Il examine le suivi de cette politique. Il donne son avis sur les moyens propres à garantir la spécificité de l’apprentissage du bilinguisme. Il veille notamment à la cohérence et à la continuité pédagogique des enseignements bilingues, dont celui dispensé par la méthode dite de l’immersion.
Il est également consulté sur toute proposition d’implantation des enseignements en langue régionale, notamment sur les projets de création d’écoles ou d’établissements " langues régionales " ou de sections d’enseignement bilingue ainsi que sur les demandes d’intégration dans l’enseignement public des établissements dispensant un tel enseignement. » Article D312-3 du Code de l’Education

[2NDLR : « Le conseil académique des langues régionales est réuni au moins deux fois par an, en séance plénière sur convocation du recteur d’académie qui le préside ou, en cas d’absence ou d’empêchement, par un représentant qu’il désigne et sur un ordre du jour déterminé. » Article D312-39 du Code de l’Education