La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
22 décembre 2006

Dans le cadre des commémorations du 20 désanm, le Père Jean Dubray a donné, à l’invitation du CNAM, une conférence sur l’Abbé Grégoire et l’abolition de l’esclavage, mettant en exergue les écrits et les actes par lesquels ce prêtre révolutionnaire a combattu l’esclavage et la traite, faisant passer pendant toute sa vie ses idéaux avant tout autre considération - y compris sous la menace d’assassinat. L’Abbé Grégoire a laissé à la postérité un exemple de droiture morale et politique à méditer.
Le sénateur Lazare Carnot (1753-1823) a dit un jour de l’Abbé Grégoire : « Si l’Eglise chrétienne savait être fidèle à la pensée de son fondateur, si elle mettait au rang des premières vertus l’amour de l’égalité, au rang des premiers devoirs la charité envers ses semblables, au rang des premiers mérites celui de souffrir pour sa foi, cet homme serait dans l’église chrétienne honoré comme un saint ».
L’Abbé Grégoire n’est pas honoré comme un saint et nul ne s’en plaindra, leurs icônes étant trop éloignées des réalités dans lesquelles nous nous débattons. En revanche, il a laissé l’exemple d’un homme d’Eglise engagé avec clairvoyance dans les combats de son temps, qu’il a servis avec une droiture exemplaire : comme prêtre conventionnel qui rédigea la constitution civile du clergé et milita pour une Eglise constitutionnelle ; comme citoyen très attaché à l’égalité, il supprima le droit d’aînesse, réclama le suffrage universel, milita pour les droits civils et politiques reconnus aux Juifs ; comme député, il fit voter la première abolition de l’esclavage, dont Jean Dubray dit qu’elle fut « victime de la guerre que se livraient alors Montagnards et Girondins », il se prononça pour l’abolition de la royauté et contre la peine de mort, s’occupa de réorganiser l’instruction publique ; comme évêque enfin - il fut nommé à Blois, en 1791 -, il se prononça pour la liberté des cultes, s’opposa depuis le Sénat, où il entre en 1801, à l’établissement de l’Empire, vota contre le concordat et démissionna de sa fonction d’évêque, pour protester contre les dérives impériales (à commencer par le rétablissement de l’esclavage).
Le seul de ses engagements que l’on peut considérer aujourd’hui comme partiellement démenti par l’Histoire fut la guerre aux langues minoritaires régionales - les patois - au nom d’un centralisme organisateur qui, en liant la construction de la Nation à la maîtrise d’une langue unique, proposa « d’extirper cette diversité d’idiomes grossiers qui prolongent l’enfance de la raison et la vieillesse des préjugés » comme le dit l’Abbé Grégoire devant le comité de l’Instruction publique, le 20 septembre 1793. Sans nier l’utilité de faire reposer le développement de l’instruction publique sur une langue unificatrice - le français n’était parlé, selon l’enquête de l’Abbé Grégoire, que par 3 millions de Français sur 28 - il n’était pas utile pour cela d’insulter les autres pratiques linguistiques. Par ailleurs, comme le créole ne faisait pas partie du recensement de l’Abbé Grégoire, ces considérations nous éloignent du combat qu’il mena contre l’esclavage et la traite.
Jean Dubray a exposé selon 4 thèmes le positionnement de l’évêque conventionnel - une position qui a toujours uni la foi et les idéaux révolutionnaires. Opposé aux manifestations anti-religieuses, l’Abbé Grégoire siégeait sur les bancs de la Montagne et présidait la Convention en habit violet : la Révolution était pour lui l’accomplissement du message évangélique.
Les 4 thèmes dont Jean Dubray dit qu’ils traversent la pensée et l’action de l’Abbé Grégoire sont : 1) L’unité profonde de la famille humaine ; 2) l’éloge du métissage et l’inanité des arguments racistes ; 3) la réfutation de l’infériorité esthétique et intellectuelle des Noirs ; 4) le fondement chrétien de l’égalité raciale.
Science et foi
En soutenant la thèse d’une unité de la famille humaine, l’Abbé Grégoire souligne « ce qui lui paraît être une convergence entre la science et la foi ». Il a écrit plus tard (en 1826) un opuscule intitulé “De la noblesse de la peau”, dans lequel il s’appuie sur les travaux du naturaliste Blumenbach (1752-1840) pour conclure « à l’unité de type dans l’espèce humaine, proclamée par la Révélation et, en général, avouée par les naturalistes ». Jean Dubray relève que cette position l’oppose au botaniste et géographe Bory de Saint Vincent (1778-1840) qui soutenait « “la pluralité possible des espèces humaines” et leur éclosion simultanée en divers points du globe ». Jean Dubray note encore que « cette thèse du polygénisme... illustrée plus tard par Teilhard de Chardin », est contredite par « les hypothèses du paléontologue Yves Coppens sur l’émergence d’un rameau unique de l’homo sapiens... » qui donnerait plutôt crédit « à la lecture monogéniste que notre auteur fait du récit de la Genèse : l’unité a donc précédé la diversité ». « Cette conviction de l’unité biologique de la nature humaine constitue le socle sur lequel Grégoire s’appuiera pour mener le combat contre le racisme et l’antisémistisme ». Aux côtés des arguments scientifiques, « l’argument biblique tient chez lui une place prépondérante », poursuit l’orateur, « un homme en vaut un autre : c’est le cœur du Nouveau Testament ».
Abolition graduée
L’Abbé Grégoire était membre de la Société des Amis des Noirs, et tout en apportant « une contribution déterminante à cette émancipation », il se démarque en lui insufflant une « dimension théologique » : soulignant « l’incompatibilité de l’esclavagisme... avec l’esprit de l’Evangile ». Dans le même temps, il se range à l’avis de Condorcet prônant une progression “par étapes”... même si l’objectif reste l’abolition de la traite et de l’esclavage. « La raison fait des conquêtes étendues et rapides... Anglais et Français, et surtout les Amis des Noirs méditent d’amener graduellement les esclaves à la liberté, leurs efforts seront couronnés de succès ; encore quelques années et dans nos annales, il restera seulement le souvenir d’un forfait dont une postérité plus sage rougira pour les générations antérieures », cite Jean Dubray. C’est pour souligner qu’entre le début des Etats généraux, au moment où l’Abbé Grégoire écrivait son “Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de Saint-Domingue et des autres îles françaises”, et les âpres débats ayant conduit à la première abolition, l’évêque de Blois élu de la Montagne passe de la défense des métis et Noirs libres victimes de discriminations, à celle des esclaves considérés comme des biens meubles et auxquels il restitue le statut d’être humain.
Il existe encore aujourd’hui de vives polémiques sur le rôle joué par les uns et les autres, et sur le décret du 16 Pluviôse de l’An II (4-5 février 1794). L’option de Jean Dubray, contre Luis Sala-Molins dans “Le Code noir ou le calvaire de Canaan”, est que « l’intervention de Grégoire (à la séance de la Convention - NDLR) fut brève mais décisive » : en introduisant dans le texte du décret le mot esclavage, qui n’y figurait pas. Dans le même temps, l’option du christianisme permettait aussi tous ces atermoiements, justifiés par un souci de pragmatisme et d’efficacité. Et Jean Dubray de conclure par cette citation : « Le Christ n’a pas voulu s’immiscer dans les institutions politiques et, par cette raison, ne proclama pas d’une manière formelle l’abolition de l’esclavage... ».
Eloge du métissage : des motifs biologiques
La polémique continue avec les “critères raciaux” dont Jean Dubray réfute qu’ils aient pu guider le choix de l’abolition par étape, en raison « des conceptions monogénistes de Grégoire ». Il faut se souvenir que Condorcet proposa un “calendrier de l’abolition” sur 70 ans et que l’Abbé Grégoire y était favorable, dans le souci de ne pas effaroucher ses contemporains et de rendre l’abolition possible, soutient Jean Dubray.
Il ne faut pas confondre - dit-il - « le “tempo” d’une réforme et sa finalité ultime », toujours justifiée par référence à l’Evangile. « La résistance à l’oppression est un droit émané de Dieu et reconnu par l’Assemblée nationale », selon l’évêque de Blois.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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Messages
28 avril 2007, 20:50, par Ferrière
Bien que polygéniste (partisan de l’existence de plusieurs souches humaines), J.-B. Bory de Saint-Vincent (1778-1846) se montre pourtant clairement opposé à l’esclavage. Il cite même avec respect les écrits de l’Abbé Grégoire (dans son livre "Homme" en 1827) et donne de nombreux exemples de l’intelligence, de la culture et de l’inventivité des Noirs et des Métis (il cite Lislet-Geoffroy.) Son opinion est en cette époque (1825-1827) assez peu courante pour être signalée. Des monogénistes (partisans d’une souche unique pour l’Homme et donc d’accord sur ce point avec Grégoire) comme J.-J. Virey sont clairement esclavagistes et racistes. Bory quant à lui défend l’idée de l’apparition de 15 espèces humaines différentes mais il prétend aussi que ces espèces ne sont pas toutes apparues en même temps. Certaines seraient, selon lui, plus anciennes et donc plus "civilisées" en "général." Elles auraient donc "l’obligation morale" de protéger les espèces les "moins avancées" et de les défendre des esclavagistes. C’est donc une vision paternaliste (à la limite d’annoncer la politique coloniale à laquelle Bory va d’ailleurs participer en Algérie en 1839-1842), raciale, aristocratique et polygéniste que développe Bory de Saint-Vincent et malgré l’opposition sur l’origine (unique ou multiple) de notre espèce, il se disait très proche des conclusions de l’Abbé Grégoire concernant l’abolition. Victor Schoelcher citera d’ailleurs en 1848 Grégoire et Bory parmi ses nombreuses sources d’inspiration... Opposer monogénistes et polygénistes sur le plan de l’esclavagisme n’est pas aussi simple qu’il y paraît à l’origine...
23 février 2008, 12:41, par Jean-Daniel Piquet
L’abbé Grégoire intervint les 16 et 17 an pluviôse an II.dans un débt qui s’est montré assez long. Un seul journal semble-til le Mercure universel fait état de ces deux interventions traitant du même thème "le mot esclavage. Deux autres périodiques au moins, le Journal de Paris et l’Auditeur national signalent sa seconde intervention du 17 pluviôse. Il n’téait pas le seul à défendre ce décret. Mais en sa qualité chrétien Grégoire fut très isolé. La filiation du décret clairement rédigé vient du siècle des Lumières, malgré une allusion de Danton au "vertueux Las Casas".
D’autre part, la question des patois n’est pas hors-sujet. Dans son grand discours du 4 juin 1794 sur la nécessité et les moyens d’élimner les patois, il n’oublie pas de dire que "les nègres de nos colonies dont vous avez fait des hommes ont une espèce d’idiome pauvre comme celui des Hottentots , comme la langue franque qui ,dans tous les verbes, ne connaît que l’infinitif."
1er mars 2008, 19:39, par Jean-Daniel Piquet
Je pense devoir revenir sur l’abbé Grégoire et l’esclavage pendant les deux journées des 16 et 17 pluviôse an iI -4 et 5 février 1794, avant de donner un avis sur les interprétations de Louis Sala-Molins.
Dans la première des deux journées Grégoire participe, en effet birèvement, à l’élaboration d’un décret qui sera en fait rédigé par Jean-François Lacroix l’ami de Danton, l’un et l’autre avec le député de la Sarthe René Levasseur intervenants pleinement abolitionnistes. Mais des réticences apparaissent chez d’autres députés, sous la pression de colons, à la Convention pour assumer pleinement voter ce décret. Ce qu’avait montré Yves benot dans son article "Comment la révolution française a-t-elle voté la liberté des Noirs en l’an II ?" Le 16 pluviôse Grégoire entend que la Convention Nationale assume son vote et insiste avec succès pour que l’expression "abolition de l’esclavage" figure. c’est ce que nous en dit alors l’unique témoignage écrit : "Le Mercure Universel ". Mais le lendemain 17 des députés apparemment procolons reviennent à la charge pour édulcorer le texte du décret. Grégoire répète ses propos, mais en leur conférant une dimension internationale, déjà invoquée la veille par Danton : "le mot esclavage doit retentir dans les colonies anglaises et espagnoles." Le plus intéressant ici c’est que cette fois-ci plusieurs journaux prennent conscience par leur silence passé sur l’intervention de Grégoire d’avoir sous-estimé l’ofensive pro-colons du 16. Ainsi pour lla seconde intervention du17 en plus du Mercure Universel, au moins trois journaux(et non plus deux comme le hasard de ms recherches à la BNF me l’a fait découvrir hier ) citent Grégoire : "le Journal de Paris", l"’Auditeur national" et "le Journal de hommes libres de tous les pays" (’appelé aussi "le Républicain") . Ce troisième journal est particulièrement important. Son rédacteur Charles Duval, montagnard jacobin, abolitionniste convaincu militera sous le Directoire avec Grégoire à une nouvelle Société des Amis des Noirs : "la Société des Amis des Noirs et des colonies".
A prospos des critères raciaux invoqués par Louis Sala-Molins, je signalece que j’avais déjà dit dans mon livre édité en 2002 l’émancipation des Noirs dans la révolution française (1789-1795)"et avant moi M. Claude Wanquet en 1998.(La France et la première abolition de l’esclavage dans l’Océan Indien Karthala).
M. Sala-Molins dans son pamphlet modifie gravement les mots traduit, interprète mais ne cite pa. Il transforme ainsi le mot "frères" employé pr Grégoire dans sa brochure de juin 1791 (lette aux sang-mêlés) qui lie, selon Grégoire les mulâtres aux esclaves en "géniteurs". Louis Sala-Molins attribue à Grégoire une relation basée sur une quantité de coups de fouets des mulâtres à "leurs géniteurs" les esclaves,elle-même tout-à fait imaginaire. Bien qu’ayant lu le livre de Claude Wanquet, à la préface duquel il fait allusion dans l’ avant-propos d’une récente édition du Code Noir, M. Sala-Molins ne répond pas à cette remarque.
Pour conclure provisoirement je dirais qu’Il y a bien une relation de fratenité entre tous les hommes chez grégoire. Mais elle n’est pas seulement évangéliques : elle est également républicaine avatn la lettre. Dans ses premières brochures de 1789, anticipant la loi du 1er juillet 1972, il demande des poursuites pénales à l’encontre des injures racistes (antimulâtres) et antisémites.