La Réunion, héroïne multimédia d’“mes métisses”

Le dévédérom dont vous êtes le héros

23 janvier 2006

Support pédagogique, témoignage d’un vivre ensemble réunionnais, guide culturel, le projet multimédia “mes Métisses” vise aussi bien le public scolaire, les touristes, les amateurs de produits culturels et les structures de conservation et de diffusion du patrimoine. À son origine : des jeunes réunionnais formés à l’ILOI et à l’école des Gobelins.

Elisabeth Rivière sort de la Sorbonne avec une licence en Histoire et Archéologie quand elle entre à l’ILOI (Institut de l’image de l’océan Indien) où elle rencontre Laurent Picard titulaire d’une maîtrise d’informatique obtenue à l’université de Montréal. Avec Jean Kelly Niloky, ils obtiendront tous trois un DEST en conception et réalisation multimédia en partenariat avec la prestigieuse école des Gobelins.
Au cours de leur formation, ils travaillent à la réalisation d’un CD-ROM autour de l’hindouisme à La Réunion. Tous passionnés par le questionnement identitaire, ils ont voulu pousser ce travail plus loin, pour le mettre sur le marché : "Notre travail s’inscrit dans un contexte post colonial, à la recherche de nouveaux repères, pour dépassionner le débat et apporter un regard contemporain ouvert sur le monde parce que ouvert sur nous-même."

De Ikré à Möbius

Ils sont alors entrés en contact avec l’ADCAM (Association pour le développement du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia) et ont trouvé finalement dans le premier concours Ikré, un raccourci qui tombait à pic. Ils ont été les lauréats dans la catégorie Cédérom/dévédérom culturel, puis obtiennent lors du carrefour de l’image une mention spéciale hors concours du jury du prix Möbius. "Nous nous orientons désormais vers un DVD hybride insérable dans un ordinateur comme dans un lecteur DVD de salon", nous confie Laurent Picard, et Elisabeth Rivière poursuit "nous avons toujours voulu un produit vivant qui prenne en compte toutes les expressions de La Réunion." Le projet veut mettre en valeur "cette idée d’unité possible dans la diversité. L’idée-force est de révéler à travers l’histoire, les religions, les expressions artistiques, les pratiques sociales, les facteurs qui participent à l’émergence d’une identité commune et plurielle à la fois."

Chemin initiatique de la créolisation

Le dévédé comprendra un film documentaire où les jeunes veulent faire intervenir des universitaires, des religieux, des artistes sur les différentes facettes culturelles de La Réunion. Mais le plus intéressant à nos yeux, reste l’autre partie : la fiction interactive qui offre la possibilité de voyager dans cinq périodes : peuplement, esclavage, engagisme, départementalisation, de nos jours. Vous pourrez, à terme, voyager dans ces époques, dans divers lieux de La Réunion, aller à la rencontre de personnages historiques ou emblématiques, découvrir des modes de vies... d’un clic de souris ou d’une pression sur la télécommande en choisissant votre parcours dans cet univers numérique. Il vous sera également possible de pousser l’exploration un peu plus loin avec des archives, des analyses, des vidéos...
Le but des auteurs est de constituer autour d’un collectif qui puisse s’exprimer sur cette créolisation qui a forgé nos âmes métisses. Ainsi sont-ils partis à la rencontre de personnalités comme Christina Barrat, Firmin Lacpatia, Daniel Saingany, Carpanin Marimoutou, Daniel Honoré... Véritable chemin initiatique qui a pour but d’offrir une diversité de regards tout en ouvrant également la porte à une nouvelle génération de doctorant comme Fanie Précourt, ethnomusicologue, Valérie Paüs qui travaille sur l’indianité ou encore le jeune spécialiste du bébétik William Kali.

Recherche éditeur multimédia

Si cette équipe n’a aucun mal à se constituer, le projet reste pourtant, malgré ces distinctions, sur la ligne de départ. Élisabeth Rivière nous en donne la cause : "Comme tout gros produit culturel cela demande des fonds, or il n’y a pas de boite d’édition multimédia en tant que telle, à La Réunion, il y a des sociétés de services multimédias, mais elles ne s’occupent pas de la création proprement dite." Même si le partenaire qu’ils trouveront peut être sûr de compter sur une aide conséquente de la Région, aucun interlocuteur n’est prêt à investir. C’est que la filière n’existe pas et que tous doutent de la rentabilité économique du dévédérom en général. L’intérêt pour ce travail est cependant constant et l’optimisme est de mise.
"Alors on travaille avec la foi, en nous confrontant à la réalité économique" dit Laurent Picard. "Nous allons nous tourner vers les producteurs audiovisuels locaux, il nous faut un éditeur. Nous ne pouvons pas nous occuper de la conception et dans le même temps gérer toute l’administration", ajoute Elisabeth Rivière. Et cette recherche d’éditeur multimédia devient vraiment pressante puisque les jeunes créateurs ambitionnent de participer cette année au Prix Möbius international des Multimédia à Montréal en novembre 2006.

Eiffel


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Témoignages - 82e année


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