“Intérieur Nuit”

Le Jaco Blanc

11 février 2008

Vendredi soir, les propositions culturelles foisonnent. On hésitait entre le Théâtre en Plein Air, où se produisaient De Wilde & Otisto 23, et le Théâtre de Champ-Fleuri ,où nous nous sommes finalement rendu pour un énigmatique “Intérieur Nuit”, bouleversant au sens propre du mot.

En déplaçant les points de vue, “Intérieur Nuit” interroge sans cesse le quatrième mur, celui qui n’existe pas a priori au théâtre.
(Photo Fred Mons)

On pensait aller voir du théâtre, mais “Intérieur Nuit,” c’est de la danse et du numérique. Pas une parole, pas un mot pour cette proposition scénique à couper le souffle. Juste des bruits d’avion mêlés aux chants des oiseaux, une chanson bien douce et deux pans de murs où l’acteur-danseur se retrouve comme prisonnier du dehors.

Le quatrième mur interrogé

Enigmatique. Le discours du corps flirte sans cesse avec la folie, au bord des dépressions intérieures. Les murs comme espace de jeu, et un acrobate qui virevolte, défiant doublement les lois de l’apesanteur par ses mouvements et par le jeu des points de vue. La danse est filmée de côté, déplaçant le regard du public. Les murs deviennent un sol où il s’assoit, marche, court, se jette, se hisse... Ce que ce spectacle ne cesse d’interroger, c’est avant tout le quatrième mur, celui qui n’existe pas a priori au théâtre.

Les mains dialoguent avec les pieds

La performance de Jean-Baptiste André fait penser au personnage du Jaco par ses contorsions, par son vocabulaire corporel et par sa folie. Un Jako blanc, sans aucune peinture, mais lâché dans cette ville asile reconstituée sur scène. Plusieurs scènes nous reviennent encore comme celle des vêtements où il ne trouve pas pantalon à sa jambe, ni chemise à son bras, ou encore ce final où il fait dialoguer les mains avec les pieds, le tout filmé en gros plan et projeté au mur. Comment ne pas encore être secoué par les tremblements de ce torse nu, sous les éclairs d’un néon qui bat de l’aile, ce corps comme torturé de spasmes et de douleurs.
On a beau chercher dans les programmations des autres salles, mais non. “Intérieur Nuit” ne sera joué qu’une fois à La Réunion. Le Théâtre de Champ-Fleuri n’a pas fait salle comble, le public pourtant y aurait trouvé de quoi s’ébahir et voyager.

Francky Lauret


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